‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 313 sur 433 · I. Voir plus liaut, p · texte numérisé non relu

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de Carsoli et les deux vantaux de bois que ce portail encadre ont été sculptés par la même main. Les palmettes dont la file sépare les deux reliefs de la Visitation et de l'Annonciation aux bergers, semblent continuer, agrandies au triple, sur l'archivolte de marbre. Le linteau est divisé en cinq compartiments, dans lesquels sont rangés les quatre symboles des Évangélistes et l'Agneau de Dieu, silhouettes plates et difformes, découpées comme les figurines sur la porte de bois (fig. 253) '. A San Pietro d'Alba, comme à Carsoli, la porte de bois et son encadrement de marbre sont l'œuvre du même sculpteur, qui a donné aux rinceaux disposés autour des compartiments du battant de droite et sur les montants du portail les mêmes feuillages de palmettes et les mêmes rameaux, qui s'enroulent autour de la maîtresse branche, à la façon des vrilles de la vigne. Le souvenir des ouvrages en bois fut conservé

dans les Abruzzes par quelques tailleurs de pierre: il se laisse reconnaître non seulement sur des portails, mais encore suides piliers et des chapiteaux.

Dans la crypte de Sant'Eusanio Forconese, les piliers rectangulaires sont comme des poutres Kir,. 20i. — Tnois chvpitbaot de la crypte db sant'kusanio forconese. plantées droit, dont les angles

auraient été abattus et creusés à la gouge. Plusieurs des chapiteaux qui surmontent ces piliers sont décorés de simples moulures, qui ont l'air d'avoir été profilées avec des outils de menuisier. L'un de ces chapiteaux peut être cité comme une curiosité unique dans l'art du moyen âge, à côté des modillons français en l'orme de copeaux : il imite en pierre un assemblage de rondins noués avec des racines [fig. 264).

Les motifs qui avaient été magnifiquement développés par les sculpteurs d'ambons reparaissent dans la sculpture monumentale. Les grandes rosaces, épanouies comme îles soleils, tournent sur deux chapiteaux archaïques de la crypte de San Giovanni, près de Borcocollefegato. Au portail de Santa Giusta, prés Bazzano, des fleurons d'iris se suivent en file, comme sur les ambons de Pianella et de San Pellino ; des fleurons semblables s'entrelacent dans les volutes qui ornent l'un des montants. Deux pilastres de forme prismatique soutiennent les deux petits lions qui semblent sortir de la façade pour porter l'archivolte saillante. Chacune des faces de ces pilastres est creusée et de tout petits animaux, très frustes, semblent monter dans le sillon [fig. 205). Le portail de l'église Santa Maria de Luco, placée autrefois sur le rivage du lac Fucin, et un portail conservé dans la petite ville

1. Dans la ville môme de Carsoli, l'Agneau de Dieu et les quatre symboles des Kvangélistes ont été sculptés, avec les mêmes silhouettes grossières, sur le linteau d'un portail du xir' ou du xmc siècle, et qui est resté encastré dans l'église de la Madonna délia Vittoria; une image de saint Michel est sculptée dans le tympan. Ce portail est cité par Sclïulz (III, p. 81), qui n'a pas vu le curieux portail de l'église du cimetière.

forte de Celano, dominait le lac, ont exactement les mêmes formes et les mômes proportions que le portail du monument voisin d'Aquila. Ces trois portails ne diffèrent les uns des autres que par la richesse de leur décor. Sur le portail de Luco, les montants, le linteau et l'archivolte sont nus ; sur le portail de Celano, ils sont couverts de reliefs: rinceaux, fleurons d'iris, figurines et monstres mêlés aux volutes' ; l'auteur inconnu de ce portail avait autant de verve et de virtuosité, en fouillant le marbre, que maître Nicodemo, en taillant le stuc de ses ambons.

Le portail de San Pietro ad Oratorium a été restauré vers la fin du xne siècle : au-dessus du linteau et do l'archivolte, donL les fleurons byzantins sans relief remontent à l'année 1100-', les montants et les chapiteaux ont un décor végétal vigoureusement accentué; ils ont été certainement sculptés par l'artiste qui a érigé le tabernacle de l'église3. Deux reliefs de grandeur inégale sont encastrés à gauche et à droite des montants refaits; tous deux représentent des ligures humaines. L'une est debout : c'est un saint, au corps trapu et carré: il lient nu livre serré à deux mains sur sa poitrine ; le costume est sans caractère et la tète est mutilée; l'inscription seule permet d'identifier le personnage, qui est le diacre saint Vincent (S. Vincensus diacon'us). L'autre image est celle d'un roi vu à mi-corps, et qui lève le regard et la main vers le ciel : c'est le prophète David (SCS DD) ; il montre du doigt une inscription incorrecte et bizarre, qui présente la silhouette à demi effacée comme un rêve du sculpteur inconnu :

SCOLTORI MEO APAHUIT ITA INSOMiNUS HEC4.

Ces deux figures de prophète et de saint, dont la date est inconnue, sont, avec les symboles des Évangélistes et le saint Michel sculptés sur le portail d'une église de Carsoli, les seules images du cycle sacré qui accompagnent, dans les Abruzzes, un portail

1. Entre l'archivolte et les pilastres prismatiques de ce portail i! reste la place des lions qui ont disparu.

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