‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 320 sur 433 · Pansa, p. 17 et · texte numérisé non relu

Pansa, p. 17 et

2. C'est seulement on 1077 que le pape Urbain II prit le monastère impérial sous la protection de l'Église romaine. Alors le pape donna à l'abbé Grimoald la crosse pastorale, en échange du sceptre que les aventuriers normands n'avaient pas respecté. Le groupe du pape Urbain et de l'abbé de Casauria est dessiné sur un feuillet de manuscrit de la chronique conservé à la Bibliothèque nationale de Paris ([" 238 1- Deux vers précisent le sens de l'acte du pontife :

Cesaris ob sceplrum baculum tibi porrîffo dextrum Quo bette sis frctvs plus Césure dtxl libi Petrus.

(Pansa, p. 82).

Un quatrième groupe, à l'extrémité de l'architrave, met en scène les formalités par lesquelles l'île de la Pescara fui affranchie, selon le désir de l'empereur, de toute dépendance temporelle ou spirituelle. En 871, un feudataire nommé Sisenandus, qui possédait une grande partie de l'île, céda ses droits entre les mains d'Audoalt, représentant de Louis II. Des églises qui s'étaient élevées dans l'île avant le monastère appartenaient encore au diocèse de Penne; l'évêque Griboald renonça à toute autorité sur elles. Eribald, comte du palais, fut commis pour juger des contestations qui s'étaient élevées au sujet des premiers domaines reconnus au monastère impérial. Sur le bas-relief du portail de San Clémente, l'empereur, suivi du comte Eribald (Heribaldus comes), qui tient son épée nue sur l'épaule, comme le comte Suppo, désigne du geste une sorte de table, chargée de fruits, qui représente l'île de la Pescara, « paradisi floridus horlus ... En face de l'empereur, le feudataire Sisenandus (Sisenandus miles) et l'évêque Griboald (Gribaldus episcopus) présentent chacun un cartel. Le premier dit : César vestiu sit bec insula piscarie; le second : Damtjs vobis omne jus nostrum in iiac insdla. Le sens des deux renonciations est commenté dans deux vers gravés sur l'encadrement :

INSULA PISCARIE, QUE NOSTRI JUR1S HABETUR, LIBERA PEHPETUO TUA CESAR JURE VOCETUR.

Les figurines accompagnées de ces commentaires abondants sont l'œuvre du sculpteur qui a taillé le groupe de saint Clément et de l'abbé Léonas. Ce maître inconnu a rempli les angles du tympan au moyen de deux rosaces identiques à celles qui décorent l'ambon élevé dans l'église même de Casauria; il a logé au-dessus de l'une des rosaces un petit aigle pareil à celui qui porte le lutrin pour la lecture de l'Evangile. Le sculpteur du portail de San Clémente a travaillé le. même calcaire fin qu'employaient à la lin du xir siècle les sculpteurs des ambons : il appartient au groupe de ces artistes. En collaborant avec un maître d'oeuvre étranger, venu du pays qui avait créé la grande sculpture religieuse, le sculpteur des Abruzzes a pu prendre l'idée de développer largement sur son portail la représentation de la figure humaine. 11 es! possible, d'ailleurs, que ce sculpteur ait exécuté des images saintes isolées comme des icônes, en dehors de l'île de la Pescara. Avec ses vêlements aux plis lins, tout ciselés de menus ornements, le saint Clément assis sur son trône semble être l'œuvre de l'artiste qui a sculpté la Madone vénérée dans la crypte de la cathédrale de Sulmona '.

Pour composer les groupes qui racontent en détail un chapitre d'histoire impériale et monastique, le sculpteur a trouvé des modèles dans l'abbaye même dont il décorait l'église. Les figures de l'empereur, du pape et des moines, la façade de l'église en miniature, avec son porche et son campanile, sont de véritables copies des dessins dont un scribe, sans doute maître Rusticus, a illustré le manuscrit de la Chronique de Casauria conservé à Paris. Le

1. Pl. XXVI et lig. 206. On remarquera, comme un détail caractéristique, tes plis qui s'arrondissent autour du genou et qui s'évasent ensuite en éventail.

Ùè» L'ART DANS LES PAYS DE MONTAGNES

Un quatrième groupe, è l'extrémité de l'architrave, met en scène les formalités par lesquelles l'Ile de la Pescara fut affranchie, selon le désir de l'empereur, de toute dépendance temporelle ou spirituelle. En 871, un feudalaire nommé Sisenandus, qui possédait ii r t <> grande partis de l'Ile, céda ses droits entre les mains d'Aud< mit . représentant de Louis U. Mes églises qui s'étaient élevées dans l'île avant le monastère appartenaient encore au diocèse de Penne; l'évôque Griboald renonça à toute autorité sur elles. Erihald. comte du palais, fut commis pour juger des contestations qui s'étaient élevées au sujet îles premiers domaines reconnus au monastère impérial. Sur le bas-relief du portail de San Clémente, L'empereur; suivi du comte Eribald (Herihaldus comes), qui tient son épée nue sur l'épaule, comme le comte Suppo, désigne du geste une sorte de table, chargée de fruits, qui représente l'Ile de la Pegcara, « paradisi floridtts horlus <t. En face de l'empereur, le feudalaire Sisenandus (Sisenandus miles] et l'évèque Griboald (Grïbaldcs episcopus) présentent chacun un cartel. Le premier dit : César vestrà sit hec insui.a piscarie; le second : Damws vobis (imne .ils nostrum in MAC [NSOEA. Le sens des deux renonciations est commenté dans deux vers gravés sur l'encadrement :

JNSULA PISCARIE, QUE NOSTRI .ICIIIS UAISKTi.H. T.IBERA PEHI'ETUO TUA CESAR JURE TOCBTUR.

Les figurines accompagnées de ces commentaires abondants sont l'œuvre du sculpteur qui a taillé le groupe de saint Clément et de l'abbé Léonas. Ce maître inconnu a rempli les angles du tympan au moyen de deux rosaces identiques à celles qui décorent l'ambon élevé dans l'église même de Casauria; il a logé au-dessus de l'une des rosaces un petit aigle pareil à celui qui porte le lutrin pour la lecture de l'Évangile. Lé sculpteur du portail de San Clémente a travaillé le môme calcaire lin qu'employaient à la fin du xir siècle les sculpteurs des ambôns : il appartient au groupe de ces artistes. En collaborant avec un maître d'oeuvre étranger, venu du pays qui avait créé la grande sculpture religieuse, le seul pleur des Abruzzes a pu prendre l'idée de développer largement sur son portail la représentation de la figure humaine. 11 est possible, d'ailleurs, que ce sculpteur ait exécuté des images saintes isolées comme des icônes, en dehors de l'île de la Pescara. Avec ses vêlements aux plis lins, tout ciselés de menus ornements, le saint Clément assis sur son troue semble être l'œuvre de l'artiste qui a sculpté la Madone vénérée dans la crypte de la cathédrale de Sulmona '.

Pour composer les groupes qui racontent en détail un chapitre d'histoire impériale -et monastique, le sculpteur a trouvé des modèles dans l'abbaye même dont il décorail l'église. Les figures de l'empereur, du pape et des moines, la façade de l'église en miniature, avec son porche et son campanile, sont de véritables copies des dessins dont un scribe, sans doute maître Rusticus, a illustré le manuscrit de la Chronique de Casauria conserve à Paris. Le

1. 1*1. XWIel Bg. 2(>f>. On remarquera, comme un détail caractéristique, les plisqui s'arromli^seni ini m tlugenau et qui s'évasent ensuite en éventail.

Pl. XXVI

PORTAI L DE L'ÉGLISE SAN CLEMENTE A CASAURIA (Abruzzes) Vers ii 80.

portail de l'église de San Clémente, tout en essayant de rivaliser avec la richesse des portails du Nord, se trouve être le monument le plus notable de la sculpture locale des Abruzzes et de l'art monastique ranimé, pour peu d'années, dans l'île de la Pescara, par l'abbé Léonas.

Les reliefs de ce portail ne devaient être directement imités qu'une fois et près d'un siècle après leur achèvement, par le sculpteur du portail de l'église Sant'Angelo, à Pianella1. Le second portail qui, dans les Abruzzes, ait été décoré de plusieurs groupes de figures humaines est postérieur d'un demi-siècle environ au portail de Casauria ; il est placé de même à l'entrée d'une église bénédictine, San Giovanni in Venere. Les moulures qui dessinent au dessus du portail deux bizarres clochetons, réunis par une arcade tréfiée, sont prises dans la pierre grisâtre de l'appareil -. Le portail, tout en faisant corps avec l'architecture on pierre, est tout entier composé de marbres antiques, polis ou sculptés. Les montants sont en brèche verte et violette, les colonnettes en marbre cipollin ; les chapiteaux de ces colonnettes, sculptés dans un marbre grec fin comme l'ivoire, imitent les crochets français avec des feuilles légères comme des plumes frisées. Les archivoltes, le tympan et les bas-reliefs disposés des deux côtés du portail sont pris dans des plaques d'un marbre blanc plus commun. Un détail seul, dans l'architecture, parait imité du portail de San Clémente : les archivoltes sont tracées en fer à cheval. Quant aux sujets représentés, ils diffèrent complètement d'un portail à l'autre. Le portail de San Giovanni in Venere est consacré presque tout entier à célébrer le saint patron de l'église, saint Jean-Baptiste.

Dans le tympan le Précurseur paraît debout et incliné devant le Christ assis sur son trône; il fait pendant à la Mère de Dieu, à qui l'église élevée sur les ruines du temple de Vénus était également dédiée. Avec la Vierge, saint Jean-Baptiste compose le groupe de la grande Prière, dont les peintures mêmes de la crypte de San Giovanni ont offert de curieuses variantes.

Quatre grands reliefs disposés à droite et à gauche du portail racontent en abrégé l'histoire du Précurseur, depuis l'annonciation de sa naissance miraculeuse jusqu'à l'accomplissement de sa mission (Pi. XXVII). La suite des représentations commence avec le relief placé à droite de l'entrée et en bas : l'ange du Seigneur apparaît au prêtre Zacharie, qui tient l'encensoir devant l'autel des parfums; il annonce au vieillard qu'il lui naîtra un fils de sa femme Elisabeth.

Sur le relief placé en pendant au premier, à gauche de l'entrée, un second ange descend du ciel pour annoncer à Marie l'Incarnation du Sauveur ; le groupe voisin est la Visitation de la mère de Jean -Baptiste et de la mère de Jésus; le champ du relief est divisé par les deux colonnes d'un édicule en trois parties, à la manière d'un triptyque; pour

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