‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 322 sur 433 · ABBAS RAVNALDUS HOC OPUS FIERI FEC1T · texte numérisé non relu

ABBAS RAVNALDUS HOC OPUS FIERI FEC1T

L'abbé Rainaldoest cité à la date de 1230. Si les sculptures que cet abbé a fait tailler dans les marbres du temple de Vénus étaient l'œuvre d'un artiste des Abruzzes elles prouveraient que, dans les cinquante années qui séparent les deux portails de San Clémente a Gasauria et de San Giovanni in Venere, les ateliers locaux avaient fait un progrès décisif. Les proportions des ligures sont encore trapues, mais le relief est rond sous les draperies, dont les plis striés gardent une sécheresse archaïque. Quelques tètes viriles, imberbes ou barbues, semblent copiées de l'antique, de même que les volutes d'acanthe. Le groupe de la Circoncision de saint Jean-Baptiste, avec ses nombreux personnages disposés sur deux plans différents, peut être cité parmi les lias-reliefs italiens qui annoncent le chef-d'œuvre de Nicola Pisano.

En vérité les seuls détails qui rappellent encore, dans celte œuvre de la première moitié du xme siècle, les sculptures exécutées dans les Abruzzes vers la lin du siècle précédent, sont les rosaces qui l'ont saillie entre les arcatures : encore ces rosaces n'onl-elles point les folioles épineuses qui s'étalent sur les ambons de San Clémente et de Prata. Un artiste venu de loin a pu travailler au portail de San Giovanni. Les reliefs qui débordent sur la paroi delà façade, les arcatures en tiers-point avec leurs rosaces boursouflées, le mélange des scènes qui ont un sens religieux avec un décor monstrueux, la rondeur des corps et la finesse des plis gravés sur les draperies, le groupe même des deux femmes dont les corps, déformés par la maternité prochaine, se touchent avant les visages, — tous ces détails se retrouvent au portail de San Zeno de Vérone. 11 est probable qu'un maître lombard, descendu vers le Sud, en suivant l'Adriatique, s'est mis au service de l'abbé Rainaldo.

Le portail de San Giovanni in Venere resta dans les Abruzzes une œuvre unique. Au temps où un maître inconnu, qui n'était sans doute pas un artiste des Abruzzes, sculptait les reliefs destinés à la façade d'une église bénédictine, de nouveaux centres de vie sociale commençaient à se constituer, en dehors des monastères. Les villages épars dans les conques se liguaient entre eux de proche en proche. Dès 1220-, les habitants des comtés d'Amiternum

1. Antinori parle, sans indiquer ses sources, d'un sculpteur nommé Giacomo et originaire du port de Vasto, qui aurait travaillé à la décoration de San (iiovanni in Venere. L'époque a laquelle vivait cet artiste est inconnue; aucun ouvrage ne peut lui être attribué.

2. HuiiAARD-BaÉHOIiES, Historié, diplom. Frideriei II, III, p. 160; — Sghulï, II, p. 58; — E. Gotbkin, Die Culturentwickehtmj Sud-Italiens.

et de Forcone demandaient au pape l'autorisation do réunir leurs forces dans une ville qui serait placée sous l'immédiate protection de Rome. Frédéric 11 réalisa le projet à son avantage, en fondant la ville qu'il nomma Aquila, « en l'honneur de ses aigles victorieuses » '. Manfred rasa la ville pour la punir de sa défection . Après la conquête angevine, les premières églises d'Aquila s'élevèrent dans l'enceinte rebâtie. Les portails de ces églises ne ressemblent point au portail de San Clémente a Casauria; leurs nefs ne contiennent plus d'ambons analogues à celui de Prata. Au moment où s'éveillait dans les Abruzzes la vie municipale, les écoles d'art qui ont laissé des œuvres précieuses dans les églises des monastères et dans les oratoires isolés avaient cessé de vivre.

I. Huillard-Br£holles, Hist. diplom. Friderici ÏI, V, ri, p. 108.

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