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CHAPITRE Ier L'ART SICULO-CAMPANIEN DU XIIIe SIÈCLE

Longue interruption dans l'activité des artistes siciliens après la fin de la dynastie normande. L'art sicilien, acclimaté aux rives du golfe de Salerne, est imité dans toute la région campanienne au temps de Frédéric IL

I. Mosaïques à décor géométrique. ■ — Chefs-d'œuvre de Fart siculo-campanien clans la cathédrale de Sessa. L'ambon; sa

parenté avec la chaire et Fambon de Salerne ; les prophètes et la sibylle ; les mosaïques ; leur richesse. Inscriptions qui donnent les dates extrêmes; l'ambon contemporain de Févêque Pandolfo (1224-1259) ; l'escalier sculpté ajouté par l'évêque Giovanni (1259-1283), avec le candélabre du cierge pascal. — Les mosaïques de la transenna, œuvre du marbrier Taddeo. Le pavement, identique aux pavements siciliens. — Ambon de Caserta Vecchia. — Fragments d'ambon du xin'! siècle, dans la cathédrale de Capoue ; candélabre orné de mosaïques et de reliefs. — Ambon et trône épiscopal, dans l'ancienne cathédrale de Calvi. — Ambon de San Vittore del Lazio, près du Mont-Cassin ; il marque la limite atteinte par Fart siculo-campanien sur la Via latina. — Les marbriers romains dans le royaume de Sicile ; leurs ouvrages dans les villes voisines de la mer Tyrrhénienne ; marbres de Gaète. Le trône de la cathédrale de Fondi et Fambon signé par maître Giovanni di Nicola. Artiste romain de ce nom connu dans la seconde moitié du xuc siècle ; sa généalogie. L'ambon de Fondi diffère entièrement des ouvrages romains par sa forme et par la richesse de ses mosaïques; sa ressemblance avec Fambon de Sessa. L'ambon et le candélabre de Traetto Minturno, œuvre probable de maître Giovanni ; le candélabre daté de 1264. Giovanni di Nicola est sans doute un artiste romain du milieu du xiiî0 siècle, qui n'a laissé aucun ouvrage dans l'État pontifical. — Mosaïques siculo-campanien nés a, Terracine. — Les dernières mosaïques de ce style après la conquête angevine : ambon de Ravello, tabernacle de Montevergine, ambon de Bénévent.

II. Mosaïques à figures humaines de style sicilien en Campanie. — Mosaïque de Giovanni de Procida dans la cathédrale de

Salerne (vers 1260). — Mosaïques détruites de la cathédrale d'AmalÛ; leurs rapports avec la décoration des églises palatines de Sicile.

III. V architecture ajourée et polychrome. — Façade et loggia de la cathédrale d'Amalfi. Cloîtres d'AmaUî. — Le motif des arcs entrelacés. Il est fréquent en Sicile, en Normandie et en Angleterre. Origine musulmane de ce motif. Importé de Sicile à Amalli, il prend au bord du golfe de Salerne une richesse et une légèreté nouvelles. — Colon nettes et arcatures dans la décoration des édifices ; campanile de Ravello ; église voisine d'Eboli. — Incrustations de pierres de couleur. — Edifices d'architecture sicilienne: campaniles à. cinq coupoles d'Amalfi, de Gaète et de Caserta Vecchia; arcatures entrecroisées et incrustations de faïence. — Basiliques latines à sanctuaire voûté : Santa Maria di Gradillo, à Ravello; cathédrale de Caserta Vecchia: coupole arabe et voûtes d'ogives. — Edifices profanes de style siculo-campanien. Le palais Rufolo, à Ravello. Ses coupoles cannelées, ses arcatures entre-croisées. Comparaison avec les édifices religieux; fantaisies nouvelles. — L'art dont le palais Rufolo est le chef-d'œuvre s'est développé en Campanie sans aucune intervention personnelle de Frédéric IL

L'art sicilien du xue siècle ne disparaît pas avec la dynastie normande, pour qui s'était faite cette combinaison unique et merveilleuse de toutes les splendeurs de l'Orient

chrétien et de l'Orient musulman. Pourtant les écoles de mosaïstes et de sculpteurs qui avaient travaillé à la basilique de Monreale languissent dans l'inaction où elles sont réduites par les troubles qui accompagnent l'avènement de Henri VI et la minorité de son fils. Pendant le long règne de Frédéric II, les architectes siciliens ne bâtissent plus aucun palais à l'orientale, dans le genre de la Zisa et de la Kouba. La série d'églises neuves, commencée avec la fondation de la Chapelle palatine, se trouve interrompue à la mort de Guillaume le Bon. Les artistes de l'Ecole panormitaine semblent employés à peu près exclusivement à des travaux de reconstruction et de restauration, dont les plus importants sont exécutés vers 1230 à la cathédrale de Cefalù.

Pendant ce temps, l'art sicilien, acclimaté aux rives du golfe de Salerne, pénétrait dans l'intérieur de la Campanie. Dès le temps de l'abbé Mari no, vers 1170, il avait franchi, pour atteindre la Gava, le défilé qui fait communiquer Salerne et Naples, à travers l'éperon montagneux qui s'avance vers Capri. Sous le règne de Frédéric II, il continua sa route vers le nord.

La cathédrale de Sessa, à mi-route entre Capouo et Gaète, conserve un mobilier de marbre et d'émaux, qui est depuis longtemps célèbre'.

L'ambon, de forme rectangulaire, est porté par six colonnes ; entre les chapiteaux et le parapet sont interposées des archivoltes décorées de mosaïques sur trois des faces, et de bas-reliefs sur la face qui regarde l'entrée de l'église. Par sa disposition, cet édicule est une sorte de compromis entre la chaire et l'ambon de Salerne, dont l'une est carrée, avec archivoltes, l'autre, rectangulaire, sans archivoltes. De môme, les sculptures de l'ambon de Sessa sont d'évidentes imitations des sculptures de la chaire et de l'ambon de Salerne. Sur les acanthes des chapiteaux corinthiens semblent voltiger des figurines d'hommes et de femmes, drapées à l'antique ; entre les archivoltes, des figures du même style, allongées en manière de colonnettes, sont debout sur des lions minuscules ; enfin, dans les écoinçons des arcades, trois prophètes et une sibylle tiennent des phylactères. Le sculpteur ne s'est écarté du modèle dont il se souvenait qu'en introduisant ce personnage de sibylle, déjà représenté dans les fresques de Sant'Angelo in Formis; il a ajouté, comme supports des six colonnes, des lions de ronde-bosse (Pl. XXVIII).

Les mosaïques des parapets offrent clans le dessin de leurs polygones étoilés les combinaisons les plus riches que l'on connaisse en Italie et en Sicile, et celles qui se rapprochent le plus du décor compliqué des marqueteries sarrasines ; au centre de deux plaques

I. L'ambon de Sessa se trouve déjà cité, parmi les chefs-d'œuvre de l'ancien art italien, dans l'Histoire universelle de Cantù 12e époque; Beaute-arts; sculpture).

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chrétien et de l'Orient musulman. Pourtant les écoles de mosaïstes et de sculpteurs qui avaient travaillé à la basilique de Monreale languissent dans l'inaction où elles sont réduites par les troubles qui accompagnent l'avènement de Henri VI et ta minorité de son fils. Pendant le long règne de Frédéric II, les architectes siciliens ne bâtissent plus aucun palais à l'orientale, dans le genre de la Zisa et de la Kouba. La série d'églises neuves, commencée avec la fondation de la Chapelle palatine, se trouvé" interrompue à la mort de Guillaume le lion. Les artistes de l'École panormitaine semblent employés à peu près exclusivement à des travaux de reconstruction et de restauration, dont les plus importants sont exécutés vers 1230 à la cathédrale de Cefalù.

Pendant ce temps, l'art sicilien, acclimaté aux rives du golfe de Salerne, pénétrait dans l'intérieur de la Campanie. Dès le temps de l'abbé Marino, vers 1170, il avait franchi, pour atteindre la Cava, le défilé qui fait communiquer Salerne et Naples, à travers l'éperon montagneux qui s'avance vers Capri. Sous le règne de Frédéric 11, il continua sa roule vers le nord.

La cathédrale de Sessa, à mi-roule entre. C&poue Si Gaète, conserve un mobilier de marbré et d'émaux, qui est depuis longtemps célèbre1.

L'ambon, de forme rectangulaire, est porté par six colonnes; entre les chapiteaux et le parapet sont interposées des archivoltes décorées de mosaïques sur trois des faces, et de bas-reliefs sur la face qui regarde l'entrée de l'église. Par sa disposition, cet édicule est une sorte de compromis entre la chaire et l'ambon de Salerne, dont l'une est carrée, avec archivoltes, l'autre, rectangulaire, sans archivoltes. De même, les sculptures de l'ambon de Sessa sont d'évidentes imitations des sculptures de la chaire et de l'ambon de Salerne. Sur les acanthes des chapiteaux corinthiens semblent voltiger des figurines d'hommes et de femmes, drapées à l'antique; entre les archivoltes, des figures du même style, allongées en manière de colonnettes, sont debout sur des lions minuscules ; enfin, dans les éooinçous des arcades, trois prophètes et une sibylle tiennent des phylactères. Le sculpteur ne s'est écarté du modèle dont il se souvenait qu'en introduisant ce personnage de sibylle, déjà représenté dans les fresques de Sant'Angelo in For mis; il a ajouté, comme supports des six colonnes, des lions de ronde-bosse (Pl. XXVIII).

Les mosaïques des parapets offrent dans le dessin de leurs polygones étoilés les combinaisons les plus riches que l'on connaisse en Italie et en Sicile, cl celles qui se rapprochent le plus du décor compliqué des marqueteries sarrasin 68 ; au centre de deux plaques

I. L'ambod de Sessa se trouve déjà cité, parmi les chefs-d'œuvre de l'ancien art italien, dans /'Histoire universelle de

Canlù 12' époque; Beaux-arts; sculpture).

Pl. XXVIII

A M BON ET CANDÉLABRE DU CIERGE PASCAL DANS LA CATHÉDRALE DE SESSA (Milieu du XIII» siècle.)

L'ART SICULO-CAMPANIEN DU XIII' SIÈCLE fi03 rayonnent des rosaces décagonales ; sur le fond des parapets et des archivoltes se jouent non seulement des oiseaux do couleurs vives, - pies noires et blanches, perroquets verts, — mais encore deux griffons, deux poissons et deux hippocampes. Les émaux ont une profondeur et une finesse de tons faites pour enchanter le regard. Les couleurs dominantes sont un noir de jais, un rouge pourpré et un azur verdi, avec une profusion d'or. Quelquesunes des louches bleues sont obtenues, non pas avec des cubes d email, mais avec des fragments de banni sarrasins ou siciliens à dessins foncés sur champ bleu clair, qui sont de même provenance que les soucoupes de faïence orientale employées à Ravello dans la décoration do l'ambon de San Giovanni del Toro.

Deux inscriptions ont conservé le nom de I'évêque auquel la cathédrale de Sessa doit cette merveille. L'une d'elles est gravée sur une plaque de parapet, à l'angle de l'ambon qui est tourné vers la nef et l'entrée de l'église :

HOC OPUS EST STUDIO PANDULFI PRESULIS ACTUM, QUEM LOCET IN PROPRIO REGNO VERBUM CARO F ACTUM.

Le donateur serait donc I'évêque Pandolfo, qui siégea de 1224 à 1259. Mais une seconde .inscription, gravée sur l'arcade de marbre qui s'élève au-dessus de l'entrée de l'ambon, apprend que l'ambon avait été commencé par un prédécesseur de cetévêque:

HOC PRIUS INCEPTUM PANDULFUS PRESUL AD APTUM FINEM PERDUXIT CUI CELICA CONCIO DUX SIT '.

Enfin une troisième inscription, qui n'existe plus aujourd'hui, et qui a été copiée sur place par Luigi Catalani, en 1842', donnait le nom d'un autre évêque, Giovanni, qui, après la mort de Pandolfo, aurait achevé l'ambon, entre 1259 et 1283:

Hoc opus a patribus ceptum jam pluribus annis Presulis explecit probitas memoranda Johannis.

On ne peut admettre que Giovanni ait fait travailler au corps même de l'ambon, alors que I'évêque Pandolfo a mis son nom sur l'un des parapets et sur l'arcade môme qui était comme le couronnement de l'édicule achevé. Giovanni a pu compléter l'œuvre de son prédécesseur, on décorant tout au moins l'escalier qui donnait accès à la plate-forme. Quelques fragments des rampes de cet escalier ont été encastrés clans la clôture

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