‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 333 sur 433 · EN.\E CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

EN.\E CATHÉDRALE

Un maître appelé Giovanni di Nicola a signé le ciborium de l'église de Sanla Maria de Corneto avec son frère Guittone, en 1166. Ce Romain était l'oncle d'un autre Giovanni, fils de Guittone, qui est très probablement l'auteur de l'ambon d'Alba FucenseL

Si l'on croit que l'ambon conservé dans l'église bénédictine des Abruzzes et l'ambon de Fondi sont l'œuvre de deux artistes étroitement unis par le sang, il faudra reconnaître que les deux monuments n'ont aucun air de parenté. L'un est encore l'ambon byzantin, posé sur un piédestal massif et flanqué de ses deux rampes d'escalier triangulaires comme des moitiés de fronton ; l'autre a la forme de la chaire de Salerne et repose sur des animaux, à la manière du grand ambon de Sessa. Il est vrai que, dès le xne siècle, le type de l'ambon à colonnettes étaitadopté dans la Campanie etlaTerre de Labour, concurremment avec le type archaïque et oriental dont la cathédrale de Ravello a gardé un modèle unique: les lions mis à part, l'ambon dessiné vers 1110 sur le rouleau d'Exuttel qui a passé de Fondi à Paris a la même silhouette que l'ambon conservé dans la cathédrale de Fondi. Maître Giovanni di Nicola a pu construire un édicule de type campanien pour le revêtir de mosaïques romaines : des étoiles d'émail identiques à celles qui brillent sur le mobilier des églises de Home ne décorent-elles pas à Rocca dei Botti et à Corcumello des ambons dont l'architecture et les sculptures relèvent de l'art local des Abruzzes? Mais les mosaïques qui couvrent l'ambon de Fondi ne sont pas plus romaines que l'architecture de cet ambon. Les marbres de couleur n'y sont pas employés en menus fragments; les figures géométriques, moins savantes que celles des mosaïques siculo-campaniennes, sont composées d'émaux clairs cl chatoyants. Aux angles de l'un des parapets, quatre silhouettes de couleur vive et de contour incertain représentent les symboles des Évangélisles. Entre le bœuf et l'aigle, le lion et l'ange, deux rosaces, dont les courbes entre-croisées sont dessinées sur un champ multicolore par de longues baguettes d'émail blanc, ont l'air de vouloir imiter, au moyen d'un jeu de compas élémentaire, les étoiles dodécagonales dont le tracé a demandé une épure compliquée au mosaïste de l'ambon de Sessa.

En vérité l'ambon de Fondi tout entier, depuis les lions qui portent ses colonnes jusqu'aux mosaïques de ses parapets, ressemble étonnamment, par les proportions et par la couleur, plus encore que par le détail, au merveilleux monument que trois évêques de Sessa ont contribué à décorer. Mais pour admettre que le marbrier romain appelé à Fondi eût connu maître Taddeo ou quelqu'un des mosaïstes ses émules, il faudrait avoir levé une grave difficulté de dates. C'est entre 1224 et 1259, sous l'épiscopat de Pandolfo, que l'ambon de Sessa fut orné de mosaïques; c'est entre 1259 et 1284 que le chœur fut entouré de sa clôture de marbre incrusté d'émaux. Or le marbrier Giovanni di Nicola dont la généalogie est connue faisait œuvre de maître à Corneto en 1106; comment supposer qu'il soit venu

verra plus loin l'épithète de doctor appliquée à un sculpteur de Trani, contemporain du marbrier Giovanni di Kicola. Le texte donné par Salazaro contient plusieurs lectures inexactes (marmorca, doclore, etc.), qui sont reproduites par M. Clausse (les Marbriers romains, p. 212-213).

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