ŒUVRE DU MARBRIER ROMAIN GIOVANNI DI NICOLA
f QUARTUM SEX DENIS MILLENOS ADDE DUCENTIS CIIRISTI NATALIS ANNOS COLUMNA TOTALIS HAC PETRA SCULPTA PANDET POST TEMPORA MULTA-. I. F. RiccAiiDELLi, Minturno c Traetto, .\aples, (873, p. 347.
2 Ciuffl dans une brochure snr Traetto (p. m, note), donne pour le dernier vers la lecture suivante, sur la foi d'un
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Il est difficile d'indiquer en termes plus contournés que ce candélabre de marbre, grossièrement imité du candélabre de Sessa, a été achevé en 1264. Si cette date est aussi celle de l'ambon, dont les mosaïques ressemblent aux mosaïques de l'ambon de Fondi comme des œuvres du même temps et du même artiste, on devra admettre que le maître Giovanni di Nicola, qui travaillait auprès de Gaète, sous le règne de Manfred, était un personnage distinct du marbrier romain, son compatriote et son homonyme, qui avait été appelé à Corneto un siècle plus tôt. Nicola, filsdeRanucio, avait eu un fils appelé Giovanni, dont l'existence est connue par des inscriptions parfaitement explicites Il est possible que Nicola, fils d'Angelo et petit-fils dePaolo, qui travaillait entre 1170 et 1180, ait eu lui aussi un fils appelé Giovanni, dont aucune œuvre ne se serait conservée dans l'État romain, et qui serait l'auteur de l'ambon de Fondi.
Une chose tout au moins est certaine : le marbrier romain qui a gravé son nom sur un ambon dans la première ville du royaume de Sicile, après la frontière, a connu et adopté l'art siculo-campanien. Cet art se propagea jusqu'à Terracinc, la première ville en territoire pontifical. L'ambon encore debout dans la cathédrale de cette ville est décoré d'émaux qui dessinent de grands polygones entrelacés {fig. 276); les quatre colonnes reposent sur deux lions et deux béliers, de même que celles de L'ambon de Fondi. Il est très probable que les deux ambons élevés dans les deux villes voisines, que séparait seule une frontière politique, sont tous deux l'œuvre du marbrier Giovanni di Nicola. Les mosaïques du pavement, dans la cathédrale de Terracine, se distinguent, comme celles de l'ambon, des ouvrages ordinaires dos décorateurs romains : les oiseaux affrontés parmi les méandres rappellent, à l'entrée de l'État pontifical, le pavement de la Chapelle palatine de Païenne ou celui de la cathédrale de Sessa. Au bord de la mer Tyrrhénienne l'art des marbriers romains vint se mêler à l'art des marbriers campaniens par une pénétration réciproque, de même qu'il voisina avec l'art des sculpteurs des Abruzzes autour du lac Fucin.
Tels sont les points extrêmes qui marquent, dans l'histoire du décor sicilien, ce qu'on peut appeler ses limites dans l'espace. Quant à ses limites dans le temps, on a déjà remarqué que les monuments de la Terre de Labour, décorés de mosaïques de style sicilien, qui sont datés par des inscriptions, — comme l'ambon et la transenna de Sessa ou le candélabre do Traetto, — appartiennent soit au règne de Manfred, soit même aux premières années de Charles d'Anjou. Au bord des golfes de Salerne et de Naples la tradition du brillant décor importé de Sicile par des prélats qui avaient vécu à la cour des deux derniers rois normands se maintint sous la dynastie angevine jusqu'aux premières années du xiv" siècle.
Le magnifique ambon sculpté à Ravello en 1272 par un marbrier venu de Pouille, Nicola de Foggia, fut incrusté de mosaïques sur les parapets et jusque sur les colonnes par des ouvriers locaux. Dans le coloris, d'une sévère magnificence, dominent l'or et
i. En dehors de l'inscription di Corneto, on peut citer celle de Ponwmo Romano : t Nkolam eum mH filiis Johannes etGuitlone fecerunt hoc opus (Stevenson, Bull. Marchai, cmtiana, 1830, p. 59; Mostra délia Ciltà di lioma a Torino, 1884, p. 177).
L'ART SICULO-CAMPANIEN DU XIII" SIÈCLE 613 les émaux noirs. Le décor animal, oiseaux et dragons, est plus riche encore qua Salerne et à Sessa. A côté de polygones étoilés qui reproduisent exactement la complication géométrique des entrelacs arabo-siciliens, on remarque, sur le parapet qui fait face à l'entrée, un médaillon de fine mosaïque, représentant la Vierge à mi-corps avec l'Enfant dans ses bras, et les armoiries du donateur, Nicola Rufolo, le puissant marchand de Ravello, qui prêta en quelques années, d'énormes sommes au roi Charles d'Anjou. Les mêmes armoiries étaient également figurées en mosaïque sur le toit de marbre du tabernacle élevé en 1279 par Matteo Rufolo, fils de Nicola, et qui portail la signature d'un maître Matteo de Narnia qui «Hait probablement le sculpteur, et non le mosaïste '. Il ne reste de ce tabernacle que les quatre architraves. L'une, qui porte l'inscription dédicatoire et le nom de l'artiste, sert de degré dans une chapelle moderne ; les trois autres, qui sont
Fie. 270. — Parapet de l'ambon de la cathédrale de tbrracinb.
incrustées de mosaïque d'émail, forment les gradins du trône épiseopal : elles sont très richement décorées de rinceaux et d'oiseaux-.
On se fera une idée suffisante du tabernacle de Ravello d'après le tabernacle qui fut donne à l'église de Montevergine par Charles-Martel, fils de Charles I" d'Anjou, mort en 1301. Ici les armoiries du royaume de Hongrie, dont le [ils du roi de Sicile porta la couronne,
1. L'inscription a été reproduite par Scnui-z (II, p. 270) d'après la copie fautive de Pansa U724, t. II, p. 83), qui donne la date ,1e 1271. Elle a été copiée fort exactement d'après l'original par le chanoine L. Mansi {Ravello sacra-monumentale Ravello, 1887, p. 75).
2. I.'ambon de l'ancienne cathédrale de Scala, près de Ravello, est un petit édicule carré, qu'une restauration a défiguré en 1727; les parapets élaient revêtus de mosaïques; les colonnes ont été coupées et les chapiteaux sont modernes. I.e candélabre du cierge pascal, qui se trouvait autrefois dans la même église, a été détruit; il n'en reste que le chapiteau, qui est conservé au palais Rufolo, à Ravello : la corbeille de marbre est entourée d'hommes demi-nus, imités du' candélabre monumental de Salerne l/ii/. 277).
sont disposées de loin en loin sur les colonnes octogonales qui soutiennent le baldaquin. Des entrelacs compliqués, identiques à ceux du chancel de Salerne, forment une tresse tout le long des architraves1.
A Naples, les mosaïques siculo-campaniennes sont encore imitées au commencement du xiv" siècle. Le pavement de la chapelle Minutolo, fondée dans la cathédrale et décorée par l'archevêque Filippo Capece-Minutolo, mort en 1303, est identique au pavement de la
cathédrale de Caserta, avec ses méandres incrustés de marbre et d'émail, encadrant des disques de marbre blanc, où sont gravés des animaux et des monstres. Dans la cathédrale de Naples, le sarcophage sur lequel repose la statue couchée du pape Innocent IV a conservé des restes de mosaïques pareilles à celles du tabernacle de Montevergine : ce tombeau, très fortement restauré, a été érigé par l'archevêque Humbert d'Ormont, un Bourguignon qui occupa le siège de Naples de 1310 à I3202. Quelques étoiles d'émail noir, vert et or, sont encore incrustées dans les deux ambons de Bénévent, datés de 1310. Ces restes de mosaïques sont le dernier ouvrage connu de l'école campanienne qui, pendant le xm° siècle, avait appliqué au décor du mobilier de marbre tout brillant de nouveauté, dont un grand nombre d'églises furent alors enrichies, la technique qui, en Sicile, ne servait plus guère qu'à des restaurations.
Fin. 277.
PROVENANT ItE
hv d un candelabre iie cierge pascal :ala. Palais rufolo, a ravello.
La mosaïque à ligures humaines reprit quelque vitalité dans les ateliers siciliens au xiv° et au XVe siècle, quand les rois de la dynastie aragonaisc entreprirent la réfection ou l'achèvement des mosaïques de la Chapelle palatine et la décoration des absides de la cathédrale de Messine. Mais, au temps de Frédéric II, l'œuvre des mosaïstes, qui avaient exposé sur les murs de la basilique de Monreale toute l'épopée des deux Testaments, semble se borner aux quelques figures de saints et de chérubins qui couvrent, dans le chœur de la cathédrale de Cefalù, le haut des parois et les voûtes d'ogives. Dans cette période obscure,