CHAPITRE II
I. Reproductions des types d'édifices créés sous la domination normande. Imitations de Saint-Nicolas de Bari. Cathédrale
de Bitonto. Cathédrale de Bisceglie, — Église palatine d'Altamura; les deux voûtes en demi-berceau des tribunes; arceaux-diaphragmes de la nef ; restaurations de l'époque angevine. — Additions faites au xm° siècle à des édifices du xn0 ; façade et campanile de la cathédrale de Trani
II. La cathédrale de Matera, basilique sans tribunes ; elle se ral tache à la fois par sa décoration aux édifices de la Terre de
Bari et à ceux de la Terre d'Otiante. — Cathédrale de Nardn, près Gallipoli ; imitation très libre de San Nicola e Cataldo de Lecce. — L'église de San Pietro di Samari et ses deux coupoles.
III. Les églises de Capilanate. Cathédrale de Siponto ; plan archaïque à coupole centrale et à trois absides en croix ; arcatures et losanges; date probable de la construction. — Église de Santa Maria Maggiore, à Monte Sant'Angelo (1 198); arcatures, coupoles, voûtes en demi-berceau. — Église de San Leonardo, près Siponto ; plan des églises apUliennes à trois coupoles ; coupole et voûte en berceau brisé. Histoire de l'église ; sa date approximative. — La cathédrale de Troja : restauration et agrandissements du xm° siècle ; la vieille cathédrale sert de modèle à un groupe d'églises. Les façades de la collégiale de Foggia, de la cathédrale de Termoli et de la cathédrale de Bénévent.
Les types de l'architecture apulicnne, créés sous la domination normande, furent reproduits, depuis l'avènement de la dynastie de Hohenstaufen jusqu'au milieu du xmc siècle, dans des constructions gigantesques.
Saint-Nicolas de Bari continua de servir de modèle aux basiliques à tribunes ; mais les architectes copièrent la vénérable église avec les additions dont elle avait été enrichie à la fin du xue siècle : arcades latérales surmontées d'une galerie à jour et chevet carré flanqué de deux tours. Lorsqu'aux environs de l'année 1200, les habitants de Bitonto voulurent élever, dans leur petite ville commerçante, une cathédrale aussi haute que les édifices dont s'enorgueillissait le grand port voisin le plan adopté par les architectes de l'église nouvelle ne fut pas celui de la cathédrale de Bari, mais bien celui de Saint-Nicolas. La cathédrale de Bitonto conserve les détails propres à l'église palatine : à l'extérieur, les arcades des contre-
1. Les dates de la cathédrale de Bitonto sont inconnues. M. le comte E. Rogadeo di Torrequadra (Artc e storia, XI, 1892, p. 57) a cru déchiffrer le millésime MCC sur le livre que lient ouvert un ange placé à la clef de l'archivolte du portail: on lit, en réalité, le sigle bien connu : IC XC. Le même éruditattribue la consécration de l'égliseaun évéque Guglielmo di Tripaldo (u2.,p. 59), qui n'a jamais existé. L'inscription DXO WÔ DE TlPAO qui se lit autour d'une croix, au bas du mur de l'abside, n'est, comme les inscriptions voisines, que l'épi taphe d'un inconnu, enterré contre le chevet de l'église. Enfin il n'y a aucune raison pour confondre la cathédrale de Bitonto, dédiée à la Vierge, avec une église de San Valentino qui fut fondée, en 1 175, par un habitant de Bitonto et donnée par lui au monastère de la Cava [Arte e stoi ia, VIN, Iss8, p. 12).
forts continuant l'alignement du mur du transept ; à l'intérieur, le pilier cantonné de deux colonnes qui, de chaque côté de la nef, est intercalé dans la file des quatre colonnes antiques. L'architecte de la cathédrale de Bitonto reproduisit jusqu'à la crypte de Saint-Nicolas, et jusqu'aux balustrades ajourées des deux escaliers qui donnaient accès dans cette crypte. Pour la façade seulement, il laissa de côté le modèle déjà archaïque et démodé que lui offrait la façade de Saint-Nicolas, avec ses deux tours inachevées; il s'inspira directement de la façade de la cathédrale de Bari, élevée après le désastre de 1156, en donnant plus d'ampleur aux ouvertures. Il perça le mur élevé devant la nef de deux magnifiques fenêtres géminées ; pour la première fois en Bouille, il lit saillir au-dessus de la rose une archivolte qui retomba sur deux colonnettes, surmontées de deux statues de lions, et sembla répéter en haut de la façade l'archivolte de la grande fenêtre qui décorait le mur du chevet (fig. 286).
L'église tout entière a été bâtie sans interruption apparente, depuis la crypte jusqu'aux tours. La sculpture décorative est à peine plus sèche et plus sommaire sur les petits chapiteaux de la crypte que sur les énormes chapiteaux de la nef. La décoration du portail et celle de la grande fenêtre absidale sont visiblement l'œuvre d'un même artiste.
La cathédrale de Bitonto, construite d'un seul élan, n'a subi, depuis son achèvement, qu'une mutilation et reçu qu'une addition. L'un des campaniles du chevet s'est écroulé. Au xiv" siècle, les murs latéraux furent éventrés, et, comme dans toutes les autres cathédrales de la Terre de Bari, des chapelles furent établies sous les arcades fermées par un mur léger, dans lequel furent ménagées des fenêtres en lancette '. En 1721, l'évêque Giovanni Battista Capano dépensa 12.000 ducats pour faire établir des voûtes sous la charpente de la nef et des coupoles inutiles sous les voûtes d'arêtes des bas côtés ; mais celte construction postiche appliquée sur l'édifice ancien n'en altéra pas l'économie1-'. De nos jours, il a suffi que l'intelligente restauration de M. Bernich jetât fias tous les stucs pour rendre à l'étude des historiens et à l'admiration des architectes l'église contemporaine de Frédéric II3.
La cathédrale de Bitonto, exemplaire complet et définitif du type de basilique progressivement élaboré par plusieurs générations de maîtres apuliens, servit à son tour de modèle. Vers le milieu du xm8 siècle, elle fut reproduite à Bisceglie, à Giovinazzo et à Aquaviva délie Fonti avec des formes plus molles et une décoration moins nerveuse. Ces trois églises ont des cryptes qui gardent une partie de leurs chapiteaux anciens. La cathédrale de Giovinazzo passe pour avoir été bâtie par Frédéric II ; elle fut consacrée en 12834.
1. En 1332, un certain Nicola Attivissimo fait établir dans Tune des arcades de la cathédrale une chapelle sous te vocable de saint Nicolas ( Carabellkse , liapoli Nob VIII, 1899, p. 28).
2. A l'extérieur de l'église, la toiture des galeries du premier étage fut enlevée, pendant le siècle dernier ; on démolit, en même temps, le mur qui séparait primitivement la cloison extérieure do la tribune et la file de colonnettes et d'arcades élevée au-dessus des grandes arcades latérales. La disposition ancienne se laisse deviner, à travers les dégradations modernes, sur la vue de la cathédrale, prise du haut d'une maison de la place, avant les restaurations qui viennent d'être achevées (flgt 286).
.'I. Cette restauration a été justifiée dans une étude approfondie, accompagnée d'une suite importante de photographies et de dessins (A. Ave.na, Monumenli deW Italia méridionale ; Relazione dell' Ufflcio régionale, Home, 1902, p. 03-93). 4. l'oiiKLLï, Italia sacra, VII, col. 988.
L'ARCHITECTURE APULIEN'XE 03, La nef, qui avait sans doute la forme commune dans les basiliques apuliennes à tribunes a ete rebâtie au xv„r siècle; elle est surmontée d'un toit moderne. Seules les façades du transept méridional et du chevet se sont conservées; elles ont été restaurées de
Fio. 286. - La catbédraj
B DE BITO.NTO, AVANT LA RESTA DBA
nos jours '. L'une des tours de l'abside est encore debout. Sur le transept et sur le chevet courent des arcatures entre-croisées, imitées du chevet de la cathédrale de Molfetta-. La cathédrale de Bisceglie, qui ne fut consacrée qu'en 1295, a conservé des arcades latérales surmontées d'un,, galerie à jour cl un chevet carré orné d'arcatures et flanqué de deux
1 . A ykna , Monum. deMtalia mcritl., p. 1 OM-J I i (dessin de M. Bernich).
5. Sur l'architrave du portail latéral est gravée une inscription en caractères bizarres,
qu'on n'avait point jusqu'ici
tours'. L'extérieur a beaucoup souffert et l'intérieur est complètement défiguré. L'église d'Acquaviva, qui n'était pas une cathédrale, mais qui avait rang de basilique palatine, n'a conservé de son architecture primitive qu'une partie du chevet, avec l'un des campaniles qui s'élevaient aux deux côtés de la grande fenêtre ahsidale. La façade et la nef ont été rebâties en 1594, dans un style archaïsant qui combine les formes classiques de la Renaissance avec les vieilles formes apuliennes'-.
Parmi les basiliques qui doivent être groupées dans les limites du règne de Frédéric II, une seule est datée avec exactitude. C'est l'église palatine d'Altamura. La ville même où s'élève encore ce monument superbe et qui occupe une éminence de la Terre de Bari, aux confins de la Basilicale. fut fondée par Frédéric en 1220. Au milieu de la haute enceinte, qui valut son nom à la place forte (Ma Mura), l'empereur lit bâtir une église, qui resta indépendante de l'évêché de G ravina, et dont le souverain se réserva de nommer le clergé, comme faisaient les rois, ses prédécesseurs, pour les églises de Sicile et d'Apulie qui avaient déjà rang de basiliques palatines. L'acte par lequel le premier archiprêtre fut désigné, avec l'assentiment du pape, est daté du mois de septembre de l'année 1231. Les termes de la lettre impériale, aussi bien que le fait même de la nomination, prouvent qu'en cette année l'église était achevée3.
L'église impériale, qui devait jouir des mêmes prérogatives juridiques que la basilique do Saint-Nicolas de Bari, fut encore édifiée, comme la cathédrale de Bitonto, sur le plan de l'église miraculeuse qui était le centre religieux de l'Apulie. La nef est étroite et haute ; la file des puissantes colonnes antiques est interrompue, de chaque côté du vaisseau, par un pilier rectangulaire''. Les tribunes seules diffèrent par un détail notable de toutes celles qui figurent en Apulie dans les édifices antérieurs; elles ne sont plus couvertes en charpente, mais bien voûtées en demi-berceau, comme les bas côtés des églises à coupoles; de même la galerie à jour qui règne au-dessus des arcades est couverte d'une voûte en demi-berceau, qui s'appuie à la paroi extérieure du triforium. L'architecte a essayé un compromis entre les
réussi à déchiffrer; d'après cette inscription, un inconnu, appelé Lazare, laissa par testament un legs pour la décoration de la porte, avec les figurines de lions qui portaient les colonnettes :
-J- LAZAHUS I1UIC POHTE CLAUDENS SUA LUVINA MORTE IDDIRlT HOC [IOSUM, OUOI) H1TTAKT OHA LEONUM.
Santé Simone cite une inscription gravée sur une porte de la cathédrale de Giovinazzo, et que je n'ai p« tret. louver ; Janua facta bonis ego mm quionalus arroris (?) Re„na supcnwrum capiat cnmstirpe suorum KIUmegna pughese 1879, p. 179).
T. Cf. F. Lom (AtI stor. «apol., XX, p. 669). L'église fut agrandie du côté de la façade, complètement restaurée ;i l'intérieur et de nouveau consacrée en i"ï>7.
TZ petites églises de plan basilical que l'on peut attribuer à la première moitié du s.ecle sont beaucoup moins nombreuses dans la Terre de Bari que les hautes cathédrales à tribunes L'une des plu, ^ — ■ ^ Sant'Adoeno à Bisccglie, à été entièrement refaite à l'intérieur. La façade, assez bien conservée, a une pehte rose entourée" d'— enlraût relief. Le portail a un fronton percé d'un ocuins et surmonté d'un aigie Ce fronton porte une inscription inédite qui mentionne un legs, comme l'inscription du portail latéral de la cathédrale de (uovnazzo .
+ HOC TUMULO COni'US HEQU1ESC1T BAHTOLOMEI, ALTEHA PARS THALAUIS SIT SOCIATA DEI.
EXPENSIS PHOPMIS HOC TESIPLUM srONTE PEREOIT. ORET El QUISQUIS HEC METRA QUANDO LEG1T.