Scuulz, I, p
I. Voir la coupe longitudinale sommairement dessinée dans V Atlas de Sciiulz, pl. X.V, tig. 1.
L'ARCHITECTURE APULIENNE 633
deux systèmes d'architecture adoptés dans la Terre de Bari. La tentative était dangereuse, car les voûtes ainsi établies devaient, d'un double effort, « pousser » vers l'intérieur de la nef, sans se trouver contrebutées par une voûte centrale ou une coupole. Aussi, pour obvier au danger, fallut-il bander en travers de la nef deux arcs destinés à étrésillonner les murs, au-dessus des baies du triforium. On ne peut savoir si ce travail de consolidation, analogue à celui qui devait être entrepris au xv" siècle à Saint-Nicolas de Bari, a été exécuté dans l'église d'Altamura dès le temps de Frédéric II ou plus tard.
Le 29 janvier 1316, un tremblement de terre fil tomber une partie de l'édifice, qui fut aussitôt reconstruite par des maçons venus de Bitonto1. La façade actuelle, avec son riche portail et sa rose finement découpée, appartient au règne du roi Robert d'Anjou. Elle est surmontée de deux tours, qui dominent l'entrée de l'église, au lieu de couronner le chevet, comme dans la plupart des cathédrales apuliennes. Peut-être deux tours existaient-elles à cette place dès le temps de Frédéric II; en (ont cas les tours actuelles font partie de la construction angevine. Les bandeaux d'arcatures tréflées qui marquent la division des étages, et le remplage gothique des fenêtres trilobées ne peuvent être antérieurs au xiv siècle. Tandis que la façade principale élait reconstruite, les façades latérales furent notablement remaniées au temps du roi Robert. Les maçons de Bitonto ne se contentèrent pas d'établir des chapelles entre les contreforts, en éventrant les murs latéraux de l'église et en fermant les arcades par une cloison, ainsi qu'eux-mêmes ou d'autres entrepreneurs le firent à la cathédrale de Bitonto : une porte latérale aux armes d'Anjou fut établie sous la seule arcade restée ouverte et, au-dessus des contreforts, la colonnade de la galerie extérieure fut remplacée par une série de baies trilobées, disposées comme des arcades de cloître et qui ont les mêmes remplages que les fenêtres des campaniles -'. Le tout fut exécuté dans le style francoapulien de l'époque angevine (fy. 287).
Deux siècles plus lard, le vice-roi Pedro de Tolède fit appliquer sur la façade rebâtie par le roi Robert d'Anjou la grande aigle à deux têtes de l'empereur Charles-Quint, avec
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(O. Sebena, Vna lapide commemorafiua dei 1310, Troni . 1887.) 2. Les chapiteaux el les bases de la galerie extérieure ne différent pas notablement île ceux du Irilbrium parle galbe el le profil. Mais les bases de 1 époque angevine sont octogonales, landis que celles de l'époque impériale étaient rondes.
Fi.;. 287
GALERIE EXTERIEURE DE LA CATHÉDRALE d'aLTAHURA.
son écusson, aussi bariolé que la carte de l'immense empire : cet écusson confirma les droits de l'église affranchie de la juridiction de l'ordinaire, et directement soumise au roi et au pape1. En 1543 le chœur de l'église fut entièrement rebâti. Enfin, en 1800, le olergé d'Altamura entreprit une restauration complète de l'intérieur de l'édifice. Toute l'architecture ancienne disparut sous une couche de stuc, guillochôe d'ornements dans le style gothique faux et criard que les romantiques napolitains avaient baptisé « style angevin ». A NapleSj sous les Bourbons, les stuquages de ce genre, entrepris depuis le milieu du xix° siècle, sous prétexte de raviver la couleur locale du moyen âge, avaient rendu méconnaissables les monuments authentiques de la Maison d'Anjou. A Altamura, les oripeaux du faux style angevin n'ont respecté ni une paroi, ni une moulure : ils n'ont laissé intacts que les chapiteaux de la nef et les colonnettes du triforium. Tant que l'épais badigeon de stuc n'aura point été effacé, il sera impossible de faire, pour bien des détails, et en particulier pour l'architecture des grandes arcades établies en travers du vaisseau, la part de la construction impériale et de la restauration angevine.
La liste des églises fondées et achevées dans la Terre de Bari pendant le xiu* siècle doit être complétée par l'indication des constructions importantes qui furent ajoutées à des églises du xu" siècle pendant le règne de Frédéric II. La plus considérable de ces additions fut la nouvelle façade élevée devant les deux églises superposées qui forment la cathédrale do Trani. Aucun texte, aucune inscription ne donne la date de cette reconstruction ; il est seulement visible, sur les joints de l'appareil, quela façade fut bâtie avant le campanile qui vint s'appuyer sur elle, en s'adossant au flanc de l'église. L'architecte qui a élevé sur une puissante arcade les deux étages inférieurs de ce campanile a signé son ouvrage audessus de la galerie du premier étage :
NICOLAUS SACERDOS ET l'HOTOM AGISTER ME FECIT.
La môme signature se lit dans la cathédrale de Bitonto sur l'ambon qui en est la plus riche parure; là, près du nom de maître Nicolas, architecte et sculpteur en même temps que prêtre, a été gravée la date de 1220. C'est probablement peu d'années avant ou après celte date que fut terminée la construction de la façade de Trani, suivie de l'érection du campanile. Ce dernier édifice resta assez longtemps inachevé; on y travaillait en 1313, et c'est seulement entre 1353 et 1305 que l'archevêque Jacopo Tura Scoltini donna à ce minaret son couronnement octogonal'-. Alors seulement la cathédrale maritime prit l'air de fierté sans pareille dont elle délie les éléments, à côté du campanile que la Boni, sifflant à travers l'Adriatique, l'ait vibrer comme un phare (fig. 152) ■'.
1. Voir l'inscription île 1531, cilée par Schulz, qui a tort d'y voir le témoignage d'une restauration (I, p. 83). C'est également par erreur que le savant allemand aUribue à Pedro de Tolède l'établissement des chapelles, dont les fenêtres en tiers-point ont les caractères ordinaires des constructions angevines d'Apulie.