Voir plus haut, p. 14", n
3. L'histoire et l'architecture de l'église de Nardô ont été étudiées dans les articles suivants : C. de Gionsi, Anhimo Salenlino, 1834, numéro unique, p. 41 et suiv. ; Rassegna nazionalc, juillet 1896 et février )8<J7 ; - [I.. Ceci], 11 Campanile délia cattedrale di iïardà (Xapoli nob™, IX, 1900, p. 93-94).
L'ARCHITECTURE APULIENNE 637 de la nef latérale du côté de l'Évangile appartiennent à l'édifice du xme siècle. Les piliers rectangulaires en pietra leccese étaient flanqués de deux colonneltes qui portaient les arcades en plein cintre de la nef. Les feuilles des chapiteaux, détaillées minutieusement dans la pierre tendre, ont encore les pointes tranchantes des chapiteaux byzantins. La nef centrale, assez large, était couverte d'une charpente '. La basilique élevée quelques mois avant la mort de Frédéric II était une imitation très libre et toute locale de l'église de San Nicola de Leece, cet édifice bourguignon fondé par le dernier prétendant normand d'Italie.
Pendant que les basiliques sans tribunes conservaient dans la Terre d'Otrante leurs formes archaïques, à peine modifiées par l'emprunl de piliers « romans » cantonnés de colonnes, l'architecture à coupoles se maintenait dans les campagnes. A deux milles de Gallipoli, l'église de San Pietro di Samari, qui, d'après une tradition, aurait été bâtie vers 1270 à l'endroit du débarquement de saint Pierre -, est couverte de deux coupoles qui, à l'extérieur, se trouvent à demi masquées sous une terrasse plate3. Les arcades en tierspoint qui portent les coupoles sont du ïiu* siècle. Le petit édifice est comme une répétition en style moins primitif et moins populaire de l'église-/r»//o des Turri (fig. 172).
L'activité artistique qui, sous le règne de Frédéric II, multipliait les grandes constructions d'un bout à l'autre de la Terre de Bari, depuis Alfamura jusqu'à Trani, se donna carrière jusque dans les landes de la Capitanate.
Le modèle des hautes basiliques à tribunes ne fut pas transport.' dans culte plaine d'alluvions où il fallait véhiculer des matériaux de constructions tirés soit du monf Gargano, soildes carrières voisines de l'Apennin, soit même de la Terre de Bari. Mais, à la fin du xii" siècle et au commencement du xm% le type des églises à coupoles, qui s'était formé dans la région pierreuse des trulli, fut reproduit non loin du littoral sablonneux qui s'arrondil entre l'embouchure de l'Ofanto et la falaise du Gargano. Peut-être les coupoles avaient-elles été connues avant lexif siècle dans la ville de Siponto, qui avait entretenu, depuis la lin de l'Empire romain, des rapports avec l'Orient, et où des mosaïstes de Byzance étaient venus travaille!' au temps des expéditions de Théodorie. L'ancienne cathédrale de Siponto, abandonnée dans un désert fiévreux, est un édifice de plan carré, qui portail sur trois de ses faces
1. C'est seulement après le tremblement de terre de 1456 que les bas côtés auraient été voûtés d'arêtes.
2. Cette tradition est relatée dans une inscription .lu m« siècle, gravée sur un bâtiment moderne qui précède 1 entrée de l'église : Hmjo Lmvjnanm crocc signatorum dux e Palestina redux amo domini HCC LA'., templum hoc ubi divus Peine c Samaria ad hsec Utlera nppulsus pressit i-estigia. Hugues III fut roi de Jérusalem de 1269 à 1284. Les historiens des royaumes de Chypre et de Jérusalem ne mentionnent aucun voyage Tait par lui en Italie. La tradition qui attribue au roi de Jérusalem la fondation ,1e l'église voisine de Gallipoli est, pour le moins, aussi suspecte que celle qui place au lieu de Samari I.' débarquement de saint Pierre.
3. Voir une médiocre gravure publiée par II. IUven.na, Uemoric storiche delta Cittàdi Gallipoli, Naples, 1836, p. 421. L'inscription apocryphe n'est pas reproduite sur cette gravure ; L'auteur .le la monographie ne la cite pas.
trois absides, disposées en croix1. Ce plan, très rare en Occident, est à peu prés celui de l'église de Germigny-les-Prés, bâtie au commencement du ixe siècle par Théodulphe, évêque d'Orléans. La cathédrale de Siponto, comme l'église carolingienne, reproduisait un plan oriental, dont plusieurs exemples se sont conservés en pays grec2.
L'élévation de l'édifice est difficile à reconstituer. En effet, la cathédrale de Siponto a été rasée par les tremblements de terre, au-dessous de la naissance de ses voûtes. Auxvi" siècle ou peut-être même au xvm", l'enceinte carrée, formée par les murs anciens, a été couverte d'une coupole basse, reposant sur quatre piliers, et contrebutée par des voûtes en demiberceau3. Si la construction moderne reproduit les dispositions de l'édifice écroulé, il faut supposer que l'architecte de cet édifice avait adapté à un plan carré fort ancien les systèmes de construction employés dans les églises apuliennes dont la nef de basilique était surmontée de trois coupoles, tandis que les bas côtés étaient couverts de voûtes en demi-berceau.
D'ailleurs, les parties anciennes de l'église de Siponto, bâties en calcaire d'istrie, fin comme un marbre, diffèrent notablement, par la décoration architecturale, de toutes les églises de la Terre de Bari. Les arcatures portées par des colonnes adossées, les grands losanges creusés dans le mur même, entre les colonnes, rappellent , au premier coup d'œil, les façades de la cathédrale de Troja ; dans l'église de Siponto, la polychromie a été remplacée par un relief' accusé. Les pilastres des absides sont couverts de petits losanges nettement découpés dans la pierre. Arcades et corniches sont finement ciselées et dentelées (fig. 289) K
Ce singulier monument, dont les formes déconcertent l'analyse par leur complexité, ne porte ni inscription ni date. Pompeo Sarnelli, l'historien de Siponto, raconte qu'en 1 1 1 T le pape Pascal II, se trouvant dans la ville, où il présidait un concile, aurait consacré la cathédrale. L'existence du concile est attestée par une chronique; mais la consécration dont parle l'historien local n'a laissé aucune trace dans les documents. De toute manière, l'église dont trois façades se sont conservées presque intactes ne peut être attribuée au commencement du xue siècle. On ne trouve pas en Apulie, avant la fin de ce siècle, des moulures aussi fermes et un portail aussi riche5. Les animaux mutilés qui, de chaque côté de l'entrée, s'avancent au-dessous et au-dessus des colonnes, font penser aux lions et aux griffons qui se trouvent ainsi disposés au portail de Bitonto. Il est probable que la cathé-
1. Deux de ces absides sont conservées; la troisième a été remplacée par une porte qui donne accès dans la crypte au-dessus de laquelle est élevée la cathédrale de Siponto.
2. Églises de Saint-Hélie, à Thessaloniqne (Texibb et 1'. Pillam, l'Architecture byzantine, pl. LII-LIV), de Saint-Nicolas, à Platani, près Pairas, et à Méthana. Ce plan tréflé s'est combiné avec celui des églises dont l'abside principale est flanquée d'une prothesis et d'un diaconicon (Églises de Saint-Nicolas àAulis, et d'Agathon, près d'Ilypati) (Lampakis, Mémoire sur les antiquités chrétiennes de la Gréée, Athènes, 1902, p. 18-22).
3. Voir les relevés publiés par M. Avena {Monumenti dell' llalia merid.; Relaiione dcll' Vffleio région., 1902, p. 210-21 1).
4. Je ne sais comment H. Avena, dans son intéressante monographie de l'église de Siponto, a pu reconnaître, parmi les rosaces gravées dans le champ des losanges, la croix de Jérusalem, ni pourquoi il considère les losanges qui décorent les murs et les pilastres de l'église comme un emblème héraldique des Normands (Monum. dell' Ital. merid., p. 203).
5. Lenobmant, Gazette archéologique, 1883, pl. XXXVIII et XXXIX. La description de la façade donnée par l.enormant dans la Gazette des Beaux-Arts (2« pér., t. XXII, p. 230) est inexacte.
L'ARCHITECTURE APUUENNE 039 drale de Siponlo a été rebâtie après le retour des habitants de la ville, qui avaient émigré en masse, quand les bandes du roi Guillaume le Mauvais ruinèrent la Capîtanate, après la Terre de Bari, en 1 1 50 1 .
A la fin du xue siècle, Siponto avait perdu sa prospérité; elle se trouvait déjà séparée de la mer par des lagunes que les sables envahissaient : un demi-siècle encore, et la ville, avec sa cathédrale, sera abandonnée par la population, pour laquelle le fils de Frédéric H
Fis. 289.
Cathédrale de siponto:
bâtira la ville qui a gardé son nom. 11 est étonnant que des travaux artistiques de quelque importance aient été exécutés dans une ville menacée par la lièvre des marécages et qui bientôt sera condamnée. Cependant une comparaison avec un monument daté, qui s'est conservé à quelques milles de Siponlo, donne une raison solide de croire que la cathédrale isolée dans le maquis du Tavoliere a bien été rebâtie au temps de Henri VI ou de Frédéric 11.
Les semis de rosaces qui couvrent le champ des losanges disposés sur la façade de l'église de Siponto se retrouvent, identique, pour le dessin et le relief, sur la façade de
i. L'auteur anonyme du Brcec ehronicoa de rébus siculis, rédigé sous Charles I" d'Anjou, parle de la destruction de Ban, de Trani et de Siponto. Il ajoute : «, Habitatores Trani et Siponti non redierunt ad loca propria, nisi post mortem
imperatoris llenrici C'est cependant entre [156 et U98 que Barisanus de Trani fondit la porte de bronze destinée
a la cathédrale de sa ville natale.
l'église Santa Maria Maggiore, à Monte Sant'Angelo, au sommet du Gargano (Pl. XXX). D'après une inscription gravée au-dessus du portail et encore inédite, cette église fut commencée en 1198, dans l'année même où Frédéric 11, tout enfant, commença de régner sous la tutelle de sa mère, l'impératrice Constance :
T ANNO DOMINI M° C" NONAGESIMO OCTAVO, PRIMO ANNO REGNANTE ET [MPERANTE DOMINA CONS- TANCIA IMPERATRICE ROMANORUM, ET REGNI SIC1LIE REGE CUM EA DOMINO FREDERICO FILIO SL'O, M EN SE IUNII DECIMA STANTE INDICTIONE, EGO BENEDICTUS SACERDOS ET PREFECTUS 1IU.IUS ECGLESIE IIANC FABRICÀM AD HONOREM DEI ET BEATE MARIE SEMPER VIRGINIS FIERI INGEPI PRO REMISSIONE OMNIUM FIDELIUM CHRISTIANORL'M. OMNES ENIM QUI HANC SCRIPTURAM LEGITIS ET ASPICITIS ROGO ORATE PRO ME AD DOMINUM. AMEN.
Les arcatures portées par de minces pilastres, qui forment, avec les losanges découpés dans l'épaisseur du mur, la décoration extérieure de la petite église du Gargano, rappellent, plus directement encore que les arcatures de Siponto, la décoration des façades de la cathédrale deTroja. A l'intérieur de l'église de Santa Maria Maggiore, les bas côtés ont
m I.'AUT CAMPAMES ET APULIEN AU TEMPS DE FRÉDÉRIC II
l'église Sanla Maria Maggiore, à Monle Sant'Angelo, au sommet du Gargano (Pl. XXX). D'après une inscription gravée au-dessus du portail et encore inédite, cetle église fut commencée en 1198, dans l'année même où Frédéric II, tout enfant, commença de régner sous la tutelle de sa mère, l'impératrice Constance :
7 ANNO DOMINI M" c" NONAGES1M0 OCT.WO, PBIMO ANNO REGNANTE ET IMPËRANTB DOMINA i'.ONS- TANCIA IMPERATRICE IlOMANORUM, ET REGNI S1C1LIE IÎEGE. CUM EA DOMINO FREDERIC!) PILIO SUO, MENSE 1UNII DECIMA STANTE INDICTIONE, EGO BENEDICTOS SACERDOS ET PREFECTUS HU.IUS ECOLESIE BANC FABRICAM AD HONOREM DEI ET BEATE MARIE SEMPER VIRGINIS FIERI INCEPI PRO REMISSIONE OMNIUM FIDEL1L1M CIIRISTIANORFM. OMNES ENIM QUI H ANC SCRIPTURAM LEGITIS ET ASPICITIS ROGO ORATE PHO ME AD DOMINUM. AMEN.
Les arcalures portées par de minces pilastres, qui forment, avec les losanges découpés dans l'épaisseur du mur, la décoration extérieure de la petite église du Gargaoo, rappellent, plus directement encore que les arcalures de Siponto, la décoration des façades de la cathédrale dcTroja. A l'intérieur de l'église de Santa Maria Maggiore, les bas cotés ont
L'ARCHITECTURE APULIENNE 641
conservé des voûtes en demi-berceau. La nef est couverte d'une coupole sur pendentifs, à laquelle l'ont suite des voûtes modernes en arcs decloitro, qui semblent remplacer une voûte en berceau; l'imitation des églises à coupoles de la Terre de Bari est manifeste.
Les dispositions essentielles de l'église de Monte Sant'Angelo se trouvent reproduites dans l'église de San Leonardo, élevée à un mille environ de l'étrange cathédrale de Siponto et isolée de même hors des routes frayées, dans le domaine inculte des troupeaux trans-
ite 291. — Façade de l'église de san leonardo, près siponto.
humants. Le plan de San Leonardo est celui de San Francesco de Trani et de la cathédrale de Molfetta. L'un des bas côtés est engagé dans une construction moderne; l'autre a conservé sa voûte ancienne en demi-berceau1. Quant à la nef, elle comprend une travée voûtée en berceau brisé, entre deux travées couvertes d'une coupole sur pendentifs (fy. 290)2. La coupole qui louche à la façade, la seule qui soit intacte, est enfermée dans un tambour octogonal, orné à l'extérieur d'arcatures identiques à celles qui courent en haut de la façade; la pyramide qui sert de toil à cette coupole est en pierres plates, étagées comme les cMancareïle sur le toil des caselle et des églises dans la Terre de Bari (fig. 291). L'un des
1. I.a chapelle voûtée d'ogives qui se Irouve accolée à l'un des bas-côtés est une addition du xv siècle. •2. La coupole du côté de l'abside a été reconstruite.
piliers qui, à l'intérieur de l'église, soutiennent la première coupole et la voûte en berceau, est identique à ceux du chœur de Molfetta et à l'un des piliers du portique de l'église d'Ognissanti à Trani (fig. 292, pl. XVII). Comme dans cette dernière église, l'abside centrale
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FlG. 21(2. — l\TKniF.rn DK [,'SGLISE DE SAN LEONARDO. PRÈS SIPONTO.
est ornée d'une fenêtre surmontée d'un griffon. Sous la corniche de cette abside sont suspendues des grappes de monstres en haut relief.
L'église de San Leonardo a appartenu aux Teutoniques. Des actes authentiques prouvent que, dès le xuc siècle, cette église était déjà desservie par un prieur et un chapitre. Elle est citée, à côté du monastère de Monte Sacro, sur le Gargano, dans le Liber
L'ARCHITECTURE APULIENNE 0Î3 eensuum de l'Église romaine'. Dans plusieurs documents datés de 118-1 •', 1201» 12024etl2075 il est fait allusion à l'église de San Leonârdo, à sou prieur et à son chapitré. On ignore à quelle date l'église passa aux Teutoniques, et si ce fut un chevalier allemand, compagnon du grand-maître Bermann deSalza.ou bien un prêtre italien qui lil bâtir l'édifice destyleapulien encore debout dans la lande.
A juger d'après la richesse du portail sculpté qui donne accès dans la nef latérale de gauche, et qui a été construit en même temps que la paroi ou il est encastré, l'église des Teutoniques doit être contemporaine de l'empereur Frédéric II.
La cathédrale de Siponto et
l'église de Santa Maria Maggiore,
à Monte Sant'Angelo, nous ont
rappelé, par leur décoration extérieure, la cathédrale de Troja,
dont elles diffèrent entièrement
par le plan cl l'élévation. Au
temps de la dynastie normande,
la majestueuse basilique qui, du
haut de son acropole, dominait
la plaine de Capitanaté, étail, au
nord de l'Ofanto, le seul monument rival de toutes les hautes
églises qui, l'une après l'autre,
surgissaient le long du littoral
de la Terre de Bari. L'église
unique, qui représentait eu vue de l'Adriatique le vieil art pisan, ne semble point avoir suscité d'imitation aussitôt après son achèvement; mais elle ne l'ut pas abandonnée par les artistes. Sous le règne de Guillaume, roi de Sicile, en 1169, un magnifique ambon avait été sculpté pour la cathédrale
Fie. 293, — Abside de la catiiédiiale de Troja, REDATTE AL: XIIIe SIÈCLE.
I. Fadhe, le Liber Commun, p. 33. L'Éditeur a confondu avec l'église voisine de Siponto l'église Soncti Uonardi in Umavolari, citée en U37, et qui se trouvait sur le territoire de Melfl, près d'Oliveto (Pfll'uh-Harttm;, Aeta, 11, p. 2!I0 et 292;
I affé-Wattenbach . Regesta, I, p. 876, n" 7843 et 7846).
2. Del Giudice, Codke iliplom.di Carlo l d'Angii, I, n"' xlvii et xlmi (Appendice).