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RE LA CATHÉDRALE DE BITONTO, PAR GUALTIERO DE FOGGIA

Le pays le plus voisin de la Terre de Bari où l'on retrouve ces guivres, disposées deux à deux autour d'une corbeille de chapiteau, est la Dalmatie. Des chapiteaux presque identiques à ceux que Gualtiero de Foggia a sculptés pour le tabernacle de la cathédrale de Bitonto

servent de supports aux archivoltes de l'ambon érigé sous la rotonde qui servit de tombeau à Dioclétien et qui, après le triomphe du christianisme, devint la cathédrale de Spalato (ftg. 316)*. La ressemblance est si frappante qu'elle pourrait suffire à établir un lien historique entre les ateliers qui ont travaillé dans deux villes rapprochées plutôt que séparées par la mer. A part le décor des chapiteaux, l'ambon de Spalato, avec sa forme hexagonale et les six colonnes surmontées d'archivoltes moulurées qui soutiennent la plate-forme, diffère complètement d'un ambon comme celui de Bitonto. Mais les églises de la Terre de Bari ont possédé des ambons hexagonaux, dont l'élévation était identique à celle de l'ambon do Spalato. Tel était l'ambon de la cathédrale de Trani, qui fut démoli au commencement du xviii" siècle : ce monument est connu jusque dans le détail, grâce à une description ancienne2; son plan hexagonal a été récemment retrouve, d'après la trace qu'avaient laissée sur le pavement les bases des six colonnes. La date de cet ambon

Fig. 310. — Chapiteau de l'ambon de la cathédrale de spalato, d'apres Jackson.

1. Jacksox, Dalmatia, Ihe Quarncro and Istrla, II; p. 44-15, lig. 32, pl. XVII.

2. Beltrani, Una inedila dcstriiione del Duomo di Trani, 1899.

est inconnue. La cathédrale de Trani a pu s'enrichir d'un ambon dans la première moitié du xme siècle, en même temps que les cathédrales de Bari et de Bitonto et que la cathédrale de Bisceglio, dont l'ambon, — qui fut détruit, comme celui de Trani, au xvm' siècle, — portait le millésime de 1237.

Deux pièces de mobilier d'église en marbre furent exécutées d'après un même modèle et sans doute vers la même époque, l'une sur la rive italienne, l'autre sur la rive illyrienne de l'Adriatique; d'autre part, les chapiteaux de l'ambon de Spalalo appartiennent à un type qui est représenté de 1230 à 1240 par deux chapiteaux des tabernacles de Bari et de Bitonto. L'influence de l'art septentrional, dont ces divers chapiteaux sont les témoins, s'cst-elle d'abord exercée en Apulie ou en Dalmatie? Il est impossible de le savoir.

Fig. 317. Fes- alS.

Chapiteaux de la cathédrale de ï.itïiu.

D'autres chapiteaux de style français ou germanique se mollirent, non plus sur des édicules isolés, mais au milieu d'un ensemble massif d'architecture et de décoration apulienne. Dans la crypte de la cathédrale de Foggia, l'un des quatre chapiteaux trapus qui reposent sur des colonnes de brèche rouge et violette porte des « crochets » de style septentrional, fixés à de larges attaches côtelées, qui sont, elles-mêmes toutes brodées de folioles {fig. 294). Dans la cathédrale d'Altamura, les chapiteaux du Iriforium, disposés par couples, représentent deux types aussi différents que possible: des pyramides tronquées, sur lesquelles sont incisés des feuillages épineux 'd'un style tout local, voisinent avec des corbeilles ornées de « crochets» terminés par des rosettes en forme de large corolle (fig. 320).

La cathédrale de Matera, dont l'extérieur est comme un compromis entre les églises de la Terre de Bari et de la Terre d'Otrante, a une nef de basilique dont les chapiteaux, taillés dans le calcaire des plateaux voisins, différent entièrement de ceux de Bitonto et des grands chapiteaux d'Altamura. La plupart des chapiteaux de Matera sont couverts de larges feuilles de fougères, dont les pointes se recourbent pour dessiner des crochets, auxquels pendent des pommes de pin. L'un de ces chapiteaux porte aux angles quatre bustes d'hommes, en costume du xm" siècle, sculptés en haut relief. Le réalisme vigoureux des

figures fait penser, comme les ornements caractéristiques des chapiteaux voisins, à l'art du Nord (fig. 317-319).

Quelques églises d'Apulie participent de L'art nouveau? qui, vers le commencement du xiii5 siècle, règne au-delà des Alpes, non seulement par divers détails de décoration, qui voisinent avec une série de motifs locaux, mais encore par un ou deux membres d'architecture étrangère greffés sur un corps d'édifice italien. La cathédrale de Troja fut prolongée, sous Frédéric II, par un chœur de plan carré, couvert, suivant le système adopté en France et en Allemagne, d'une voûte d'ogives, dont les nervures sont profilées en amande ; de même l'énorme rose qui fut établie au-dessus des parties anciennes de la façade et entourée d'une foule de monstres difformes, a le remplage des roses qui décorent les façades des églises cisterciennes, bâties en Italie suides modèles français 1 ; les chapiteaux intercalés entre les rayons de la grande roue de marbre et les areatures finement moulurées sont eux-mêmes des copies assez lourdes de chapiteaux à crochets,

Dans la collégiale de Barletta, les trois Innées de l'église construite avant 1154, d'après le plan cl l'élévation de Saint-Nicolas de Hari. sont suivies de deux travées qui, elles aussi, sont restées inachevées. Ces deux travées forment un excellent morceau d'architecture française. Les piliers, qui devaient soutenir des voûtes d'ogives bandées au-dessus de la nef principale, ont été simplement amorcés; la place qu'ils devaient occuper n'est marquée sur le sol de l'église que par les bases. .Mais les nefs latérales sont couvertes de voûtes d'ogives identiques à celles du chœur de Saint-Germain-des-Prés (fig. 149).

TUIFOBIUH DE LA CATHÉDRALE d'aLTAML' H A.

1. Cette rose ressemble singulièrement a celle île l'église de Fossanova, qui fut consacrée en 1208. Cf. C. Enlart, Origines françaises de Varchitecture gothique en Italie, p. 33 et suiv., pl. II.

Dans les deux églises de Troja et de Barletta, les voûtes d'ogives du xin" siècle ne sont que des additions à un édifice de plan italien déjà vieux d'un demi-siècle ou d'un siècle. Mais, au temps de Frédéric II, une église d'Apulie, la cathédrale de Ruvo, offre, dans son architecture tout entière, une véritable combinaison de l'art local et de l'art du Nord1. Le dessein d'ensemble de l'élévation était inspiré de la cathédrale de Bitonto ou de Saint-Nicolas de Bari ; des tribunes furent prévues tout d'abord au-dessus des voûtes d'arêtes des bas-côtés. Les baies de ces tribunes, maintenant vitrées comme de grandes fenêtres trilobées, sont surmontées de petites fenêtres anciennes, garnies d'un remplage de pierre ajourée. Ce triforium fut couvert d'une charpente, qui a été enlevée, mais dont la place est marquée par un sillon creusé dans le mur extérieur de la nef et du transept'. L'inclinaison du sillon3 montre que le toit s'appuyait directement sur le mur latéral de l'église, au ras du dallage de la galerie, sans laisser place à des ouvertures capables d'éclairer celte galerie ''. Les tribunes, qui restaient obscures, se trouvèrent réduites à l'état de simple appentis. Elles ne servirent pas même de galerie de service: une sorte de balcon sans garde-fou, qui passait au-dessous des baies inutiles, fut établi, à l'intérieur de la nef, sur une rangée de corbeaux à figures monstrueuses (/'.'/■ 321).

La façade de la cathédrale de Ruvo a pris une assiette pesante, depuis qu'elle a élé élargie, avec le vaisseau de l'église, pour donner place à des chapelles qui furent construites de toutes pièces. Ramenée à ses proportions primitives, la façade de la cathédrale de Ruvo diffère surtout de celles des cathédrales de Bari et de Bitonto par la suppression des bandes verticales qui, dans la plupart des grandes églises d'Apulie, divisent la façade en trois parties, correspondant aux trois nefs ; elle est comme une réduction de la haute façade de la cathédrale de Tram, qui paraît avoir été reconstruite dans les premières années du xiu" siècle5. Le mur large et nu qui est la façade de l'église de Ruvo n'est orné de motifs saillants qu'à sa partie inférieure et à son sommet. Quatre colonnes antiques, dont les fûts sont enterrés dans le sol exhaussé, portent des arcs de mémo banleur, bandés au-dessus des portails, et dont deux sont tracés en tiers-point. Ces arcs, détachés en saillie sur la paroi, étaient les amorces d'un portique, qui devait rester, comme ceux de Bari et de Bitonto, à l'état de projet. Trois ouvertures sont disposées verticalement dans la façade, au-dessus du portail: d'abord un petit oculus

1 . Cette église a élé habilement restaurée de nos jours par M. E. Bernicli.

2. La ligne du loil coupait en deux une fenêtre bilobée ouverte dans le transept: e'est une preuve que le transept, avec les trois absides, est antérieur à la nef. On remarquera d'ailleurs une solution de continuité très nette entre les arcatures qui courent au-dessus des fenêtres de la nef et les modillons étroits qui sont planlés à intervalles réguliers sous le toit du transept. Ces modillons, séparés par de larges palmettes, sont contemporains de la frise qui couronne le transept de la cathédrale de Trani.

3. Cette inclinaison est donnée encore par les rampants de la façade.

i. I.e jour ne pénétrait sous la toiture que par deux petites ouvertures en forme de losange percées dans la façade, immédiatement au-dessous des arcatures des rampants.

B. Schulz, Atlas, pl. XVI. — Dehio et Bezold, III, pl. 238, fig. I,

garni d'un remplage très fin de marbre découpé et entouré d'une inscription ruinée par les intempéries' ; puis une fenêtre b'ilobéè pareille à celles de la façade de Bitonto, et dont

Fig. 321. — Vue intè

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