I1IEL-RE DE LA CATHEDRALE DE RUV
le tympan est orné d'une demi-figure de saint Michel vainqueur du dragon ; enfin une large rose surmontée d'une petite niche dans laquelle est assis un évôque inconnu. Le petit cercle placé au centre de cette rose est rempli d'une fine dentelle de marbre ajouré; le
I. Cotte inscription n'est qu'une prière : elle ne donnait point de date.
cadre est fait d'oves et de denticules classiques d'un beau relief et d'une régularité savante. A côté des détails qui relèvent de la tradition locale, les colonnettes prismatiques ou torses qui forment les rayons de la grande roue de marbre, les chapiteaux à crochets de ces colonnettes et les moulures des arcs tréflés qui reposent sur les chapiteaux font penser à l'élégante sobriété de l'architecture française importée en Italie par les
Cisterciens '.
La nef tout entière, comme la rose de la façade, rappelle bien moins les basiliques apuliennes que les églises monastiques de France ou d'Allemagne. Dans les cinq travées, les colonnes antiques des églises de Bari et de Trani ont fait place à des piliers rectangulaires, dont chacun est cantonné de deux colonnes et de deux pilastres régulièrement appareillés. Les colonnes supportent les arcades en plein cintre de la nef; quant aux pilastres, ceux qui regardent la nef latérale portent des doubleaux, entre lesquels sont établies des voûtes d'arêtes ; ceux qui font saillie dans la nef centrale montent d'un élan jusqu'au niveau des petites fenêtres Fig. 322. — Campakilb, dit le tombeau db noiinic, a monte sant'axoelo. ouvertes au-dessus des baies de la
fausse tribune. Les pilastres de la nef portent tous des arcs formerets en plein cintre, donl une toiture moderne masque en partie la courbe (fig. 321). Sur deux des pilastres ont été établis quelques claveaux d'un arc doubleau, flanqué de deux tores, et l'amorce peu distincte de deux branches d'ogives. Ces voûtes de la nef principale n'ont jamais élé construites. Les travaux de la cathédrale de Ruvo ont subi en effet des interruptions qui ont donné lieu à des irrégularités bizarres dans l'élévation : du côté de l'Épitre, pilastres et colonnes descendent jusqu'au sol et reposent sur des bases, tandis que, du côté de l'Évangile, ils sont interrompus audessous des chapiteaux des piliers et reposent sur des consoles en forme de bouquet de feuilles ou de tète humaine. D'un coté, les chapiteaux des colonnettes du triforiùm sont
t. Pour ne prendre en France qu'un exemple entre cent, les deux roses des transepts de la cathédrale de l.yon qui remontent aux premières années du xme siècle, sont à peu près identiques à la rose de la cathédrale de Ituvo.
pareils à ceux du trifarium de Bitonto'; de l'autre, ils portent des crochets français ou germaniques, à la façon des chapiteaux du triforiwn d'Altamura ; d'un côté, les petites fenêtres de la nef sont en plein cintre, avec un reiiiplage de marbre découpé; de l'autre, trois fenêtres sur cinq sont tracées en tiers-point, et aucune d'entre elles n'a eu de remplage1. En dépit, de ce manque de symétrie dans l'exécution, le dessein de l'architecte est clair : la cathédrale de Ruvo a été conçue comme une basilique apulienne à tribunes dont la nef devait être voûtée d'ogives. Les tribunes et les voûtes sont restées à l'état rudimentaire ; les baies trilobées uni été transformées en fenêtres et les poutres d'une charpente apparente ont été plantées dans les murs do la nef, à côté des formercts inutiles.
Les contreforts qui eussent été nécessaires à l'achèvement des voûtes n'ont pas même été prévus; peut-être l'expérience et la science manquèrentelles également au constructeur apulien. Mais il reste certain (pie ce constructeur a eu l'idée de jeter sur la nef principale d'une basilique, imitée des grandes cathédrales de Bari, de Trani et de Bitonto, une suite de voûtes qui n'étaient pas (les coupoles : c'était là, dans la Terre de Bari, une tentative nouvelle, qui n'a pu être suggérée que par une connaissance plus ou inoins directe de l'architecture du Nord.
L'hypothèse d'une influence de l'art septentrional est encore la seule qui puisse résoudre en partie l'énigme proposée parle monument, le plus mystérieux de l'Italie méridionale, — l'étrange pyramide qui s'élève sur le Gargano, à Monte Sant'Angelo, derrière l'église ruinée de San Pietro, el à quelques pas de la grotte miraculeuse. Pour le peuple, celte haute coupole ovoïde, juchée sur une chapelle carrée, est le tombeau de liotaric. Schulz, qui a public le plan et la coupe du singulier édifice [fig. 322)2, a cru y reconnaître un baptistère, qui au rail été dédié dès l'origine à saint Jean-Baptiste, dont il porte encore le nom.
Le monumenl est resserré entre deux habitations. La seule face visible montre, audessus d'une sorte d'abside saillante, deux étages de fenêtres étroites, surmontées d'une calotte de pierre dont la surface rugueuse est couverte de lichen et d'herbes. L'entrée de l'édifice esl contiguëà l'abside de San Pietro. Le portail a un tympan à moitié brisé, sur le-
1. Sur ces irrégularités, voir les observations de M. Avena, Monument! delC llalia Méridionale, p. 127, et les dessins de M. Bcrnich [/irj. 8(5 et 91; cf. les photog., /!</. 92-91).
2. SCBUU, Allas, pl. XI. Il ; reproduit par Deiuo et Bbzold, pl. 201, flg. Il) et 1 1 .
Fig. 32*. — IÎalaam. Relu d'un cual'itkau a monte sa nt ANGELO. D'aI'UÈs SCHULZ.
quel des figurines sculptées en bas-relief s'agitent dans tous les sens. Ces figurines semblent à peine tenir sur leurs jambes trop courtes; leurs draperies volantes ont des plis larges et raides ; les visages sont aplatis ; le globe des yeux est énorme. Celte course de pantins, dont les proportions difformes et l'agitation désordonnée contrastent avec la noblesse et la gravité de l'art byzantin, est censée représenter la capture du Christ au jardin des Oliviers, le Crucifiement et les Saintes Femmes au tombeau (fig. 323).
Le portail ruiné donne accès dans une chapelle de plan carré, qui était autrefois séparée de la partie supérieure de l'édifice par un plancher. En face do l'entrée, une niche qui fait fonction d'abside est ouverte sous une arcade en tiers-point, composée de cinq voussures en retrait les unes sur les autres; deux arcades plus larges et moins profondes ornent les murs latéraux. Les colonnes qui supportent les archivoltes ont des chapiteaux trapus, dont la plupart sont ornés de feuillages. Trois de ces chapiteaux sont couverts de figurines, qui représentent des scènes tirées de l'histoire des Anges, honorés avec saint Michel dans la grotte voisine : l'Ange arrêtant Abraham qui lève le bras pour sacrifier son fils; l'Ange apparaissant à Balaain qui s'avance à côté de son âne {fig. 824)' ; l'Ange, qui, une croix à la main, annonce la Nativité du Sauveur aux bergers entourés de leurs animaux- (fig. 325). Sur le tailloir qui surmonte ce dernier chapiteau est gravé le passage de sainl Luc : [Annuntio] vouis gaudium magnum. Deux des sujets représentés sur les chapiteaux figuraient sur la porte de bronze exécutée en 1076 à Constantinople pour le sanctuaire souterrain du Gargano3; mais le sculpteur n'a pas essayé d'imiter la svelle élégance des dessins gravés par les artistes byzantins; ses figurines sont aussi courtes de jambes et aussi grossièrement modelées que celles du portail.
Une inscription à peine visible dans la pénombre, et qui a échappé à Schulz, est gravée en caractères bizarres, avec des abréviations compliquées, au-dessus d'une petite porte, ménagée dans la paroi à gauche de l'entrée, et qui s'ouvre sur nu escalier. Le texte est composé des trois hexamètres suivants :
f INCOLA MONTA»! PARMENSIS FROLE PAGANI