ET MO.NT1S NATUS RODELGRIMI VOC1TATUS
HANC F1ERI TUMIÎAM JUSSEHUNT III DUO l'ULCHRAM.
FlG. 323. — L'ANNONCIATION AUX BEHGEAS. CHAPITEAU .V HONTE SA.Nt'a.NUELO.
D'après schulz.
1. Celte seène a été reproduite, au pied du Gargano, sur l'un des chapiteaux du portail de San Leonardo (p. 604, pl. XXXII).
2. Le sens de ces représentations a complètement échappé à Schulz, qui les décrit comme une succession d'animaux, de monstres et de scènes de chasse (I, p. 253-254).
3. Voici ies légendes correspondantes, gravées à côté des figurines damasquinées: -j- Ubi angélus Dotnini uocavit Abraham dicens: Xe extentlas manum luam super puerum.
Ubi angélus Domini apparuil pastoribus dicens : Ecce enim annuntio vobis gaudium magnum, quia natus est vabis hodie Sdlvatov.
Quelques mots de ce grimoire, déchiffrés sans doute par un chanoine do la grotte, le nom lombard de Rodelgrimi et le mot tumbam auront donné naissance à la légende qui fait de cet édifice le « tombeau de Rotaric ». Lue d'un bouta l'autre, l'inscription fait connaître les fondateurs du mystérieux monument : l'un est un anonyme, natif de Parme, qui s'était fixé à Montepagano, dans le nord des Abruzzcs, non loin de Teramo ; l'autre est un certain Rodelgrimi, qui était né sur le mont Gargano, et probablement à Monte Sant'Angelo '. L'édifice lui-même est appelé tumba. Mais où chercher la sépulture désignée par une inscription placée au-dessus d'une porte? Pourquoi cette inscription dédicatoire ne mentionne-t-elle ni le nom du mort, ni la date de son dernier jour '? Qu'est-ce que cette tombe sans épitaphe? Quel monument funéraire du moyen âge pourrait se comparer à un si gigantesque mausolée? Il est évident qu'ici le mot tumba a, comme dans un passage du Chronicon Casauriense, le sens de « voûte- ».
L'escalier à vis, auquel donne accès la petite porte surmontée de l'inscription, monte dans l'épaisseur de la muraille. Le palier auquel il aboutit csL continué par une galerie qui circule autour de l'édifice, à la hauteur du premier étage : trois baies ouvertes dans chacune des faces du monument font communiquer de plain-pied cette galerie avec le plancher établi au-dessus de la chapelle inférieure. Au niveau du plancher, la construction qui s'élève commence à changer de forme. Quatre trompillons, disposés dans les angles du carré du plan, préparent le passage à l'octogone. Au-dessus des trompillons, les lits de l'appareil s'avancent progressivement en encorbellement. Dès la cinquième ou sixième assise, les angles de l'octogone se trouvent émoussés, et le plan dessine une ellipse. Une corniche très saillante et pesamment ornée coupe le tronc de cône irrégulier ; à partir de cette corniche, les parois opposées s'inclinent plus franchement les unes vers les autres. Enfin, une dernière corniche, réduite à une simple moulure, marque le plan à partir duquel les assises, toujours posées de champ, se rapprochent assez rapidement de l'axe de la construction pour arriver à former une coupole [fig. 322).
Ce bizarre édifice apprend-il, par sa forme, quelle a été sa destination? A mesure que l'on en suit l'élévation, il devient plus manifeste que ce monument à plusieurs étages n'est point un tombeau. 11 n'est pas davantage un baptistère, en dépit du nom du saint auquel il a été dédié à une époque inconnue. Pour expliquer l'édifice, il faudrait avant tout découvrir quelque utilité au premier étage et à la pyramide qui le surmonte. Une corniche toute chargée de monstres fait sur la paroi une saillie aussi forte que la corniche destinée à porter le plancher du premier étage. Peut-on supposer que cette corniche supérieure ait porlé, elle aussi, les poutrelles d'un plancher? Quel eût été le moyen d'accéder à ce réduit sans air ni lumière, emprisonné entre le plancher de bois et l'épais dôme de pierre ? Une seule
1. Les habitants du Gargano donnent encore à la ville sainte qui est la capitale de la montagne isolée le nom abréeé de Monte.
■1. Voir plus haut, p. :;i8. Cf. un passage .lu roman français de Perceval, cité par F. Godefroy, Glossaire de l'ancienne langue française, t. VII, s. v. tombe.
hypothèse parait vraisemblable : sur la corniche on a pu monter le bâti de bois auquel était suspendue une cloche. Si l'étrange monument fait fonction de clocher, les fenêtres supérieures, inaccessibles à ceux qui étaient arrivés au premier étage, prennent une utilité : elles sont ouvertes, non pour la vue, mais pour le son.
Aucun édifice de ce genre n'existe en Italie : la pesante pyramide de Monte Sant'Angelo, couronnée d'une coupole de pierre, ressemble aussi peu que possible au campanile élancé de la cathédrale de Trani. La construction de l'édifice en litige présente assurément des détails apuliens : sa coupole est bâtie comme celle des rustiques trulli, et les grappes do monstres pendus dans l'ombre, sous la corniche supérieure, ont le même relief gras et mou que ceux qui grouillent sur l'abside do San Leonardo di Sponto ou sur les larges façades de Loggia et de Troja. Mais d'autres détails rappelleront les édifices romans du Nord. Sans parler des arcades en tiers-point de la chapelle, les baies du premier étage, avec leurs pilastres trapus, les larges feuilles de leurs chapiteaux et leurs moulures profondes, amorties sur des « congés », se retrouvent dans les églises bâties en Bourgogne vers la lin du xii" siècle.
Devant les histoires des Anges, racontées sur les chapiteaux de la chapelle basse, et devant la niche d'abside, qui semble consacrée aux puissances célestes, il est permis de rappeler que les clochers français du moyen âge étaient dédiés le plus souvent à saint Michel1. Le prétendu tombeau du roi lombard restera une absurdité architecturale, si l'on ne consent à reconnaître en lui un clocher bâti par des maçons apuliens, sur les indications d'un maître d'oeuvre qui connaissait l'art bourguignon.
Les motifs de sculpture et d'architecture étrangère qui ont été imités au commencement du xm" siècle par les artistes de la région apulienne ne peuvent s'explique]' par un souvenir persistant des rares monuments de style français qui ont été élevés dans l'Italie méridionale sous la domination normande. L'église Saint-Nicolas de Bari, qui avait été le modèle des cathédrales voisines et qui fut encore imitée par les constructeurs des églises de Bitonto et de Ruvo, était sans doute apparentée aux anciennes églises deCaen; mais les imitations successives qui avaient été faites de cet édifice, déjà tout apulien par le détail, comptent parmi les œuvres les plus hardies et les plus originales de l'architecture italienne. Quant aux églises monastiques du xuc siècle, qui avaient donné des modèles de construction française en Basilicate, en Campanie ou dans les Abruzzes, la plupart d'entre elles étaient
i. « Quand i] y avait plusieurs clochers sur une église française du moyen âge, le second était consacré à l'archange Gabriel, le troisième à l'archange Raphaël. Des autels étaient dressés en conséquence dans les étages placés immédiatement sous les cloches, rarement au re/.-de-chaussée des tours » (ÀNTHTMÈ Saint-Paul, Histoire monumentale de ta France, éd. de 1809, p. 91).
LES INFLUENCES SEPTENTRIONALES 683 restées seules de leur espèce et comme inconnues sur le sol étranger où elles se trouvaient transplantées. D'ailleurs ni les églises à déambulatoire de Venosa et d'Aversa, ni le porche de San Clémente a Casauria n'offraient aux artistes locaux le type des chapiteaux dont un Alfano de Termoli a sculpté les « crochets „ et les guivres, ni le profil des ogives ,|ue des architectes inconnus ont établis sur les bas-côtés de la cathédrale de Barletta et sur le sanctuaire de la cathédrale de Troja. Le travail de deux ou [rois générations avait Iransformé et renouvelé l'art du Nord; pour faire connaître cet art à l'Italie, tel qu'il était constitué au commencement du xm« siècle, il fallait une importation nouvelle.
En effet, après les monuments d'art étranger élevés pendant le xu' siècle, une nouvelle génération d'édifices de style français parut dans l'Italie méridionale.
L'Ordre clunisien a terminé son rôle dans l'histoire de l'architecture avant la lin du xu* siècle ; les moines qui appartenaient à cet Ordre n'avaient élevé hors de France que des monuments épars, dont les abbatiales de Venosa et de Sant'Anlimo sont en Italie les exemples les plus remarquables. L'Ordre cistercien, qui avait supplanté l'ancien Ordre bénédictin dont il était issu, exerça une action bien plus étendue et plus prolongée dans le domaine de l'art. Les moines de Cîteaux eurent une architecture à eux, sévère et nue comme l'exigeait leur règle ; appliquant le système de la voûte d'ogive à des plans archaïques, ils combinèrent les inventions nouvelles avec la tradition bourguignonne et, repoussant toute décoration polychrome et toute figure sculptée, ils ne cherchèrent la beauté que dans la simplicité et la solidité. Celle architecture trapue, dont la gravité archaïque ignorait les libres audaces des cathédrales, était facile à reproduire partout. Les Cisterciens en portèrent avec eux les plans d'un bout à l'autre de l'Europe occidentale. Tous leurs établissements, depuis l'Espagne et le Portugal jusqu'à l'Angleterre, à l'Allemagne et aux pays Scandinaves, eurent, à côté des mêmes dortoirs et des mêmes cloîtres, les mêmes églises françaises, uniformes et coupées droit, comme un habit monastique ,1e bure grise '.
Dans l'Italie septentrionale et centrale, les Cisterciens ont bâti une dizaine d'églises
qui se ressemblent fraternelle ni: elles oui, pour la plupart, trois nefs couvertes de voûtes
d'arêtes ou de voûtes d'ogives; la croisée du transept est couverte d'ordinaire d'une voûte d'ogives de plan octogonal, dont la calotte est surmontée d'un lanternon à jour: le chevet est souvent carré; les fenêtres sont toujours étroites; une moulure courant au-dessus des arcades de la nef est, avec les colonnettes, le seul ornement de la nudité des parois. Deux monuments de ce type se sont conservés dans des vallons malsains de l'État pontifical: c'est l'abbatiale de Fossnnova, entourée d'un bois humide, dont la végétation a recouvert les dallesdela Via Appia, et l'abbatiale de Casamari, voisine du coursdu Liri et de la frontière de l'ancien royaume de Sicile. Ces deux églises ont été consacrées l'une en 1208, l'autre en 1217 -. Les Cisterciens de l'État romain oui pénétré dans la Terre de Labour et les Abruzzes. Une
1. Cf. Dïbio et BbzolDj Hic KirM. Bau/amst des Abendtandet, Il p 217 et suiv
2. C. E.,la«t, Ori^ ftonçatedawhitecturegothiqueenmu, p. 30, 40 et» Deh.o et Bbold, II, a, p, 099-302.
église bénédictine élevée au confluent du Liri et du Fibreno, et qui avait été dédiée en 1104 par le pape Pascal II, fut donnée en 1222 à l'abbaye voisine de Casamari1 : devant l'ancien édifice, aujourd'hui modernisé et dont les piliers rectangulaires étaient pareils à ceux de San Liberatore - , les Cisterciens commencèrent une église neuve sur le modèle de Casamari: il ne reste de cette église inachevée que deux piliers. Une communauté venue de l'abbaye des Trois Fontaines, isolée dans la campagne de Rome, au-delà de Saint-Paul-hors-les-Murs, fonda, en 1208, sur une colline voisine de Chieti, l'église de Santa Maria d'Arbona \ L'édifice est resté inachevé : la nef n'a qu'une travée et demie, eL un mur grossier sert de façade. Mais l'intérieur est intact: avec son chevet carré et la voûte du carré de son transept, soutenue par quatre brandies d'ogives et quatre bernes, l'église d'Arbona est une copie à peu près littérale de celle do Casamari \
Fie. 320. — Plan iies deux églises de SANTA ma ni a di g ALEX a, son LS GARGANO (zii'-xiu* siècles).
A côté du plan commun des églises à trois nets, entièrement couvertes de voûtes d'arêtes ou d'ogives, les Cisterciens avaient conservé un plan archaïque et rustique, celui des églises bourguignonnes dont les bas-côtés sont couverts de berceaux perpendiculaires à l'axe de la nef. Ce plan est commun dans les petites églises cisterciennes de France et de l'étranger. Il est représenté, comme l'a remarqué M. Enlart, aux extrémités opposées de la carte d'Europe: au nord, par l'église suédoise d'Alvastra; au sud, par l'église Saint-Nicolas de Girgenti, en Sicile"'. Un édifice de ce type s'est conservé dans l'une des régions les moins accessibles de l'Italie méridionale : cet édifice est l'église de l'ancien monastère de Santa Maria di Calena, isolée à la pointe du promontoire du Gargano. Ce monastère, voisin de la mer et du petit port de Peschici, dépendait probablement, dès le xir siècle, de l'abbaye insu-