Mûstz, Rev. arch., 1891, I, p
au milieu de la composition, entre saint Pierre et saint Priscus, le grand apôtre et son compagnon, qui tenaient la tête des deux groupes, la place d'honneur a été laissée à deux enfants, saint Quartus et saint Quintus. Au-dessus des martyrs, une colombe vole dans une grande couronne '.
Les mosaïques de la coupole et de l'abside de San Prisco auraient été, d'après la tradition, exécutées aux environs de l'année 500. Il n'y a aucune raison pour repousser cette date. Sans doute il est impossible de juger du style d'après les gravures du xvii" siècle, qui nous ont conservé les grandes lignes des compositions. Mais les saints de Capoue, par l'arrangement de leur toge et le jet même de leurs draperies, rappellent exactement les martyrs de Naples; de même la division do la coupole de San Prisco en zones et en compartiments est fort analogue à celle de la coupole de San Giovanni in Fonte. Ce qui distingue le décor de la petite église ruinée, qui était, non pas la cathédrale d'une ville, mais une église votive, c'est la présence de ce groupe nombreux de saints locaux, et c'est surtout leur disposition par couples.
Les seules mosaïques qui existent encore à San Prisco n'ont pas fait partie du même ensemble que celles de l'abside' et de la coupole décrites plus haut, et leur sont probablement postérieures de quelques années. Ces mosaïques décorent la chapelle qui fut bâtie pour recevoir le tombeau de sainte Matrona-.
C'est une petite salle carrée, contiguë à l'église rebâtie, et couverte d'une voûte d'arêtes, bombée à la manière d'une coupole, qui retombe aux angles de la salle sur quatre colonnes à chapiteaux antiques. La voûte est revêtue de mosaïques dont le fond est d'un bleu sombre. Quatre palmiers suivent les lignes des arêtes; chacun des triangles est ii demi couvert par des rinceaux de pampres blanchâtres, qui sortent d'un grand vase d'or, et au milieu desquels perchent deux colombes. Les parois étaient lambrissées de plaques de marbre, qui avaient déjà disparu au temps de Monaco; quatre mosaïques occupaient le champ semi-circulaire réservé entre deux retombées de la voûte. Trois des compositions sont en partie conservées : le motif principal est un médaillon du Christ entouré de rinceaux de pampres. Le visage est sévère, les traits massifs, la barbe forte; le nez busqué semble de type oriental (fig. 11). Sur les parois voisines, à droite et â gauche, les symboles des Évangélistes, parmi des nuages; d'un côté, l'ange, avec des ailes multicolores (le lion a disparu) ; de l'autre, entre le bœuf et l'aigle ailés, un trône d'or constellé de gemmes; sur le siège est posé le volume des Évangiles, et sur le dossier une colombe agite ses ailes3. La quatrième composition, qui complétait
1. Gariiucci, pl. 25Î-, n° 2. On voit encore, aux deux extrémités de la composition, deux figures de femmes debout et vues de face, sainte Agnès et sainte Félicité. J'ai peine à les croire contemporaines des deux groupes de figures viriles, parce qu'elles rompent le rythme de la composition, scandé par les deux groupes de personnages vus de profil, qui s'avancent d'un mouvement uniforme.
2. Une assez bonne chromolithographie dans Salazaiïo, II, pl. XIV. Les gravures de Garrucci (pl. 250-257) sont fort inexactes.
:i. Sur la voûte d'arètes qui couvre le cubiculum de saint Gaudiosus, l'évêque africain mort à Naples au milieu du vc siècle, était peinte à fresque une composition identique, dans ses traits essentiels, à la décoration en mosaïque de la
LES MOSAÏQUES CAMPANIENNES ANTÉRIEURES A JUSTINIEN
. ensemble, a entièrement disparu; mais l'image en est conservée, par un singulier hasard, dans un dessin du livre de Monaco (fig. 10), qui n'a reproduit aucune des mosaïques encore existantes. Ce dessin montre, au fond de la chapelle et précisément au-dessus du sarcophage de sainte Matrona, un triptyque du xv' ou du xvi" siècle, et, dans le champ semi-circulaire, une croix gemmée, plantée sur un rocher, et flanquée de douze colombes, disposées trois par trois1.
La plupart des détails qu'on peut encore examiner dans la décoration de cette curieuse chapelle, depuis les colonnes adossées aux parois jusqu'aux types des figures très sommairement modelées cl au dessin maigre des pampres blanchâtres, se retrouvent dans la décoration de San Vitale, à Ravenne. En même temps, le groupe archaïque des colombes rappelle l'abside de la grande basilique de Paulin.
Cette persistance d'un motif, reproduit, à un siècle de distance, dans deux monuments voisins, l'existence même du groupe de décorations que l'on peut reconstituer en partie à Nola, à Naples et à Capouo, prouvent qu'il y eut en Campanie, dès les origines de l'art chrétien, une école de mosaïstes non moins active que celles de Home et de Ravenne.