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Fig. 10. — Vue [ntémeure de la chapelle de santa matrona, a san prisco, pres capoue. — Tombeau de la sainte, rétable du xvie siècle et mosaïque du vie, dapres monachus (Sanctuarium Capuanum, 1630).
Dans les œuvres de cette école, on démêle à première vue des éléments locaux. Ce sont des groupes de martyrs campaniens, qui. dans l'église de San Prisco, formaient presque tout le décor de la coupole et de l'abside; de même, les huit saints porte-cou-
chapelle de Santa Matrona : aux angles du carré, les symboles des Evangélistes, dans quatre médaillons ; au centre, un grand médaillon du Christ, assez bien conservé, et qui, avec sa barbe en pointe, a le type accentué et exotique du ChHst de San Prisco (Garrucci, H, pl. 105; Salazaro, I, pl. IV).
1. Il n'est pas douteux que la chapelle représentée par Monaco sous ce titre : Saccllum et scpulchrum beatœ Matronx, et sur la voûte de laquelle le graveur n'a figuré aucun dessin, ne soit le petit édifice qui est encore debout. Le savant cnmpanien écrit en effet, en parlant de la sainte : « Mortuum corpus honorifice conditum et in arca marmorea perpolita intra sacellum cujus testudo, rnusico opère decorata, quatuor cohtmnis innitifur; et parietes candidis mnrmoreis politisque Inbulis incrustate ad avorum usque tempora perdurarunt. » Il est question, un peu plus loin, de la manne miraculeuse qui s'écoulait d'un saint tombeau par un trou ménagé à cet effet ; ce trou est visible sur la gravure : c'est tout simplement le trou foré, pour l'écoulement de l'eau, dans la baignoire de porphyre, provenant de quelques thermes, qui servit de sarcophage à la sainte. M. Mûntz (Rev. arch. 1801, I, p. "8) a cru que le retable et la mosaïque ne faisaient qu'un : dans son étude, une faute typographique a altéré le nom de l'un des deux évèques de Capoue représentés sur le triptyque : S. PRISCVS et S. DECOltOSIVS (ce dernier siégea au vne siècle, plus de cent ans après la décoration en mosaïque de la chapelle funéraire).
ronnes, rangés au bas de la coupole du baptistère de Naples, sont, suivant toute vraisemblance, des martyrs napolitains1.
Certains détails, dans la composition et dans les groupes, diffèrent de tout ce qu'on observe dans les mosaïques du v" et du vie siècle et restent uniques.
La division des coupoles de Naples et de San Prisco par les zones et les fuseaux triangulaires peut rappeler le mausolée de sainte Constance, à Rome ; mais, à Naples, les scènes sacrées, au lieu d'apparaître dans une éclaircie ménagée parmi les cariatides el les rinceaux, sont limitées par les lignes d'un cadre arrêté et ressortent en premier plan. A San Prisco, le damier dessiné sur la coupole est encore plus serré. Quant aux couples de saints, logés dans les caissons de cette dernière coupole, aucune mosaïque ancienne n'en offre de semblables; il faudra de longs siècles pour qu'un groupement analogue se trouve réalisé de nouveau dans les sculptures de Moissac et de Bamberg, et dans les fières figurines d'apôtres et de docteurs que Donatello, à Florence, mit aux prises deux à deux dans des conversations ou des controverses ardentes, sur la porte de bronze delà sacristie où devaient être réunis les tombeaux des Médicis ;.
Pour la technique, les mosaïques du baptistère de Soter se distinguent de toutes les mosaïques connues. Elles montrent, rapprochées dans un seul ouvrage, deux « manières » fort différentes. L'une est une imitation savante du coloris éclatant des grandes mosaïques de pavement pompéiennes ou gréco-romaines. Les fruits des guirlandes et les plumages divers des oiseaux sont nuancés au « petit point », comme les plus délicates décorations des antiques villas campaniennes. Le lion de saint Marc, avec ses yeux fulgurants dans l'ombre de la niche, est plus lier encore et plus proche des modèles gréco-romains que le lion tant admiré sur la mosaïque de Sainte-Pudentienne. Les personnages humains sont traités par l'artiste d'une manière toute différente. Qu'on regarde, par exemple, l'homme ailé qui fait pendant au lion de l'Évangéliste : par sa face carrée et son regard impassible, il ressemble aux gladiateurs de la grande mosaïque du Latran ; mais il n'a pas leur teint hàlé et brun; son visage est livide et les ombres de son cou sont d'un bleu dur. De même les martyrs debout se détachent comme un camaïeu, sur un fond bleu dégradé : le visage est du même ton que le vêtement. Pas une touche de couleur qui, sur les joues, éveille la vie : partout des gris jaunâtres, bleuâtres ou verdàtres. Le procédé deviendra plus frappant encore, quand on aura remarqué, dans deux scènes évangéliques, certaines figures toutes différentes des autres et qui semblent être des restaurations du vi" siècle : le Christ du Don de Dieu et la Samai ritaine, qui ont été entièrement refaits, plaquent, parmi les figures anciennes, de grandes taches brillantes, avec leurs visages d'un ton rosé et leurs vêtements audacieusement bariolés.
1. Cf. les peintures des catacombes napolitaines : Garrucci, pl. 92 et 103.
2. On trouve des martyrs groupés Jeux à deux, comme sur l'ancienne coupole de San Prisco, parmi les fresques du v» siècle conservées dans la catacombe napolitaine de San Gennaro (Garrucci, pl. 100).
LES MOSAÏQUES CAMPANIÈNNES ANTÉRIEURES A JUSTIN IEN 55
L'artiste du ve siècle semble imiter, avec ses cubes d'émail, non pas une fresque, mais un marbre. Il n'existe, ni à Rome, ni à Ravenne, des mosaïques aussi « sculpturales » que celles du baptistère de Naples. Si l'on se souvient que nous avons trouvé au baptistère de Naples les deux sujets du Don de Dieu et de la Samaritaine, rapprochés comme ils le sont sur plusieurs sarcophages, et comme ils ne le sont dans aucune mosaïque connue, on sera tenté d'imaginer une école napolitaine de mosaïstes, qui, au ve siècle, se serait directement inspirée de la tradition des décorations de villas et en même temps des œuvres des premiers marbriers chrétiens. Ces mosaïstes ont imité aussi les ouvrages des peintres, avec lesquels ils avaient collaboré à la décoration des chambres funéraires : les bergers, les agneaux et les cerfs, représentés dans le baptistère de levèque Soter, au-dessus des niches qui occupent les angles de l'édifice, semblent sortis des catacombes napolitaines, oii l'on a retrouvé, à côté des fresques du Ve siècle, quelques restes de mosaïques.
Peut-on croire que l'art des mosaïstes campaniens soit sorti tout entier de l'art des décorateurs pompéiens et de celui des premiers peintres cl sculpteurs chrétiens? A côté de motifs directement inspirés d'une tradition locale, des compositions entières dans les mosaïques de Naples, de Nola et de Capoue, nous ont aussitôt rappelé telle mosaïque célèbre de Rome ou de Ravenne. Il sera donc nécessaire de déterminer d'où sont venus, dans les mosaïques campaniennes, les éléments que les mosaïstes n'ont pas trouvés en Campanie. Avec plus de force et de précision se pose à nous la question que nous avions entrevue, après avoir tenté de reformer une image des constructions immenses élevées par sainl Paulin.
De quelle tradition artistique relèvent les mosaïstes qui ont été réunis à Nola par le magnifique donateur, ceux qui ont travaillé à Naples pour levèque Soter, à Capoue pour levèque Symmaque, à San Prisco pour les fidèles capouans'? Est-ce de Rome que ces artistes avaient reçu des modèles et des motifs '? Est-ce peut-être de l'un des foyers d'art chrétien qui brillaient dès lors au delà de la Méditerranée? «Rome ou Orient?» Nous voici engagés de force dans le problème redoutable que les Allemands ont appelé la «question byzantine ».
M. Kraus a montré plus clairement que personne comment la question débattue de nos jours entre les archéologues de l'Europe entière doit être subdivisée en deux questions distinctes, qui se posent à des périodes diverses de l'histoire de l'Art et dans des termes différents1. Peut-être faudra-t-il, pour serrer de plus près les difficultés à vaincre, considérer successivement trois « questions byzantines». La science s'est attaquée tout d'abord à la troisième question, en se demandant quelle influence l'art chrétien d'Orient avait exercée, au milieu du moyen âge, sur le réveil et le développement des arts de l'Occident. Le problème, sous cette forme, nous le rencontrerons en travers de notre route, quand