SANTA MARIA LA N U "VA, A MATERA
triarcats de Jérusalem et de Nazareth, se groupa une véritable colonie des colonies franques d'outremer.
L'église du Saint-Sépulcre est le monument qui conserve encore le souvenir de cette colonie. L'édifice bourguignon élevé à Barletta par les chanoines de Jérusalem ressemble aux églises bourguignonnes et françaises de la Terre Sainte : il a eu pour architecte, non point un disciple des Cisterciens d'Italie, mais un clerc ou un laïc amené à Barletta par un vaisseau qui venait de Syrie. Cette église ne doit pas être rattachée à la série dispersée des églises que les moines de Cluny et île Citeaux ont bâties d'un boni à l'autre de l'Europe occidentale : elle appartient au groupe des monuments français de l'Orient latin.
En pleine Basilicate, l'église San Giovanni Battistade Matera, qui portait au xiue siècle le nom de Santa Maria la Nuova, est, à l'intérieur, une pure église cistercienne, dont les trois nefs étaient autrefois voûtées d'ogives3, et dont les chapiteaux sont ornés de crochets vigoureux (fig. 332).
1. Sur les rivalités tles Hospitaliers de Barletta avec le clergé de la ville et l'archevêque de Trani, voir les textes cités dans ma thèse latine, p. 40.
2. Paoli, Codicc diplomatico (Ici Sucro Online Bierosolimitano, l.ucques, 1733-1737, I, p. 4:i8. A la lin du xuic siècle, après la prise de Saint-Jean-d'Acre, l'archevêché de Nazareth fut transféré à Barletta, dans la collégiale de Santa Maria.
3. Les voûtes d'arêtes qui couvrent aujourd'hui la nef et le carré du transept sont modernes.
A l'extérieur, cette église est un monument d'architecture apulienne : sur le chevet carré l'ait saillie le cadre sculpté d'une fenêtre absidale, flanquée de deux éléphants'. La Terre d'Otrante possède un édifice aussi composite, et que l'on dirail formé de deux constructions différentes, emboîtées l'une dans l'autre: c'est l'église San Nicola de Lecce, cette église bourguignonne étroitement serrée dans une enveloppe murale dont la décoration est de style local [fig. 137 et 138). Il est possible que l'architecte de l'église de Matera ait connu l'église de Lecce et qu'il se soit souvenu de son aspect singulier ; mais les voùles d'arêtes et les berceaux brisés de l'un des édifices n'expliquent pas les ogives de l'autre: des chapiteaux de galbe corinthien n'ont pu servir de modèle à des chapiteaux à crochets
Fig. 334. — Façade restaurés de la caïuédrale de cosenza.
ifig. 333). Les deux églises, qui se ressemblent par leur caractère mi-français, mi-apulien, ne sont pas de la même génération : l'église de Matera reproduit des modèles français postérieurs à ceux qui ont été imités à Lecce.
L'église fondée par le comte Tancrède avait été achevée en 1180; l'église de Matera n'était pas encore achevée en 1233. Cette date est donnée par un document inédit '. D'autres documents, dont le principal est eilé par Ughelli, aident à comprendre
1 . t. a paroi du chevet est la seule qui soit à peu [très intacte sous les couches de crépi ; la façade latérale, dont la petite porte sert aujourd'hui d'entrée à l'église, a été grossièrement restaurée en I7:J3; l'autre façade latérale et la façade principale sont engagées dans des constructions modernes.
2. Le document se trouve rapporté dans la chronique manuscrite de Nelli (1751), dont un exemplaire est conservé à Naples, dans la bibliothèque de la Sociclit îïapoletana tli Storia patria, el l'autre à Matera, chez M. le sénateur Gattini. Voici le texte de ce précieux document :
« Anno Dominice lncaruafionis millesimo durenlcsimo trigesimo tertio, et anno tertio decimo imperii Domini nostri Frederici Dei gratia liomanorum Imperatoris semper Augusti, regni ejus Hyerusalem octavo et regni Sicilie trigesimo sexto, mense Jauuarii die octava ejusdem Indiclione sexla. Nos Maria et lîerla, Priorissa Monialium novarum pœnilentium in Ecclesia Sancli Augustini in civilate Maillera in presentiam Domini Nicolai de Letabundo et Domini Nicolai de Prondo Malhere venerabilium sacerdolum, Domini Luce el Domini Jacobi [mperialinm Malhere judicuin,
qu'une église élevée au bord d'une des gravine qui descendent vers la mer Ionienne soit une réplique de l'église d'Arbona, qui, du haut de la colline où elle se dresse, domine l'embouchure de la Pescara. L'église Santa Maria la Nuova fut élevée par des religieuses de l'ordre de Citeaux, qui s'étaient établies à Matera vers 1530. Cette communauté ne venait pas du nord. Elle se composait de religieuses qui, à la suite de l'expédition de Frédéric 11 en Chypre et en Syrie, avaient quitté le couvent de, Sainte-Madeleine, à Saint-Jean-d'Acre, pour gagner l'Italie méridionale'. La maison-mère, d'où relevaient les Cisterciennes de Matera et qui était établie dans l'un des rares ports de la Terre Sainte où les chrétiens tussent encore les maîtres, possédait une autre succursale à Nicosie, en
Chypre2. Ainsi la singulière église de Matera réunit en elle, avec l'influence de l'art original et vivant qui s'était formé dans la Terre de Bari et la Terre d'Otrante, les deux influences françaises qui ont pu être discernées dans une église des Abruzzes cl dans une église d'Apulie : par sa forme, elle l'appelle Santa Maria d'Arbona; par son histoire, elle fait penser à l'église du Saint-Sépulcre de Barletta. L'architecture des Cisterciens de France, qui avait été introduite dans le nord Fie 335. — rosacb de la CATHÉDRALE de cosgNZA, du royaume de Sicile par les moines de