Chapiteau de l'abside de l \ cathédrale de cosenza
ou à Foggia, vers 1230, ps
Cosenza son! exécutés avec la môme ampleur que les célèbres chapiteaux de l'église de la Madeleine, à Troyes; les fenêtres des absides latérales sont les fenêtres de la cathédrale de Laon et de l'abbatiale de Montiérender. L'église de Calabre n'a qu'une ressemblance lointaine avec les constructions des Cisterciens : elle est cousine des églises de Champagne. Quelle route a pu suivre l'architecte qui est venu bâtira Cosenza la cathédrale consacrée en présence de Frédéric II? Aucun document ne l'indique et toute conjecture est impossible. Le monument seul, avec sa sculpture décorative, d'une exécution souple et grasse, attesle que son architecte n'était pas un Allemand, venu avec Henri VI ou avec son lils: ce maitro inconnu sortait d'un atelier français.
L'église champenoise de Cosenza, qui ne peut être directement rattachée ni à la famille des églises cisterciennes, ni au groupe des églises bâties en Italie pour des communautés venues de l'Orient latin, n'a été imitée par aucun architecte calabrais. Les autres monuments d'architecture française bâtis à la tin du mi" siècle et au commencement du xm" dans la Terre de Bari et la Basilieato ont éveillé chez les artistes locaux des curiosités nouvelles. Dans ces édifices aux formes étrangères il est possible de désigner les modèles de plusieurs détails d'architecture et de décoration sculptée qui oui été relevés dans des monuments de l'art apulien.
Les chapiteaux de la cathédrale de Matera sont des variantes développées avec verve sur le thème donné par les chapiteaux à crochets do la petite église voisine, qui avait été bâtie vingt ou trente ans avant la cathédrale par les Cisterciennes venues de Saint-Jean d'Acre. L'église du Saint-Sépulcre fut imitée en partie dans la ville même de BarJetta. Les ogives des voûtes qui, dans la collégiale Santa Maria, couvrent les bas-côtés des deux travées ont à peu près le même profil que les ogives de l'église bâtie pour les chanoines de Jérusalem. La porte latérale, qui est précisément ouverte dans l'une dés travées voûtées d'ogives, reproduit la forme et les proportions d'une porte latérale de l'église du Saint-Sépulcre, avec ses pilastres et son fronton triangulaire. Le stylobate cannelé do ces deux portails a été copié par le sculpteur Siméon de Raguse, habitant de Trani, au portail de l'église Sant'- Andrea de Barletta (fig. 308).
L'architecte de la cathédrale de Ruvo, en élevant contre des piliers rectangulaires cantonnés de colonnes ces pilastres élancés qui, dans le projet primitif, devaient soutenir des arcs doubleaux et des branches d'ogives, se souvenait manifestement des pilastres bourguignons de l'église du Saint-Sépulcre. C'est peut-être encore par l'intermédiaire des maîtres étrangers qui ont travaillé à Barletta que l'architecte apulien du bizarre clocher de Monte Sant'Angclo a connu le type si caractéristique des pilastres trapus ornés de
« congés » énormes, qu'il a placés au premier étage de sa tour, et qui rappellent, sur un sommet du Gargano. les maisons romanes de Cluny.
Peut on aller plus loin? Est-il permis de croire que le petit foyer d'art bourguignon établi à Barletta par une colonie de l'Orient latin ait exercé une influence sur les sculptures mêmes qui couvrent de leurs flgurines grossières le portail et les chapiteaux du mystérieux clocher de .Monte Sant'Angelo? En vérité, les modillons de l'église du Saint-Sépulcre sont d'un style bien plus ample et plus vivant que ces fantoches. Quant aux chapiteaux signés par Alfano de Termoli et par Gualticrode Foggia, le proto-type de leurs « crochets » et de leurs guivres ne se trouve pas dans l'église bourguignonne de Barletta. L'existence de cette église n'explique point les détails d'architecture du Nord qui ont été introduits au xme siècle dans la reconstruction partielle de la cathédrale dcTroja; de même les chapiteaux à crochets de la basilique d'Altamura n'ont pu être imités des chapiteaux de l'église des Cisterciennes de Matera, qui sont d'un style beaucoup moins mûr. Pour achever une enquête sur les influences septentrionales qui ont pénétré l'art apulien, au temps de Frédéric II, il faut rechercher encore s'il n'a point existé dans l'Italie du Sud, à côté des monuments d'architecture française, quelque édifice de style germanique, exécuté par un artiste qui aurait rejoint en Italie le roi de Sicile, empereur (l'Allemagne.
Fig. 338. — Chapiteau de l'abside de la cathédhale de cose.nza.