CHAPITRE I" FRÉDÉRIC II ET L'ARCHITECTURE APULIENNE
Les châteaux et les palais de Frédéric II ; l'empereur n'en a point bati à Païenne. — Châteaux de Naples et deCapoue: châteaux de guerre et de chasse dans la Basilicate, la Terre de liari et la Capitanalo. — Monuments qui ont disparu ou qui ont été défigurés. — Les restes des châteaux impériaux d'Apulie ; leur silhouelte ; leur décoration. Noms d'artistes ; Melis de Sligliano, Stefano de Trani, Romoaldo de Rari, Bartolommeo de Foggia et Anseramo de Trani. — Absence de motifs septentrionaux dans les constructions de ces artistes. Ressemblance douteuse des fenêtres du château de Cioia avec des motirs allemands. — De 1220 à 1233 environ, Frédéric II semble avoir adopté l'art local de l'Apulie,
Frédéric II fut un grand constructeur. Non point que l'empereur ennemi de Rome ait été un fondateur d'églises aussi généreux que les rois normands, ses ancêtres. Qu'est-ce qu'une basilique comme celle d'Altamura, le seul édifice sacré dont Frédéric 11 ait luimême ordonné la construction, à côté des merveilles de la Chapelle palatine de Païenne, bâtie par Roger et décorée par Guillaume I", ou de la gigantesque église de Monreale, où Guill aume II est représenté offrant à la Vierge le temple sans pareil qu'il a élevé à sa gloire? Mais, si Frédéric II n'a pas contribué de sa personne au développement de l'art religieux, il pouvait exercer sur cet art une action indirecte par les formes qu'il adoptait pour l'architecture et la décoration de ses châteaux et de ses palais, bâtis, si l'on en croyait les papes et les moines, avec les revenus des évêchés privés de leurs pasteurs '.
L'architecture des résidences royales de Sicile avait été, au xue siècle, la synthèse monumentale d'une civilisation composite et bariolée. Frédéric II habita dans son adolescence les villas qui s'élevaient en couronne autour de l'enceinte de Païenne-. Plus lard il y fit exécuter les restaurations nécessaires. Mais lui-même ne parait avoir bâti aucun de ces grands cubes de maçonnerie presque aveugles, comme les maisons arabes, qui de l'extérieur avaient l'air d'une prison et qui à l'intérieur étaient égayés par tous les jeux des mosaïques, des stalactites dorés et des eaux jaillissantes. Lorsque, vers 1239, Frédéric entreprit en Sicile
t. « ... Proventus ecclesiarum vacantium, et earum, quas subtili procurabat ingenio paslorum carere prœsentia, quosdam in proprios convertit abusus, alios in hedifleia castrorum expendit « (Ratoaidi, Annales Ente*. 1. XIII). Cf. E. Mehra, Castcldel Monte, p. 24, n. 1.
2. [0. Join-Lahbert], En Sicile (Guide publié parla Jlmic générale des sciences), 1901, p. 414; — Cf. le plan, p. 412.
la construction d'une série de châteaux, ces édifices furent élevés loin de Palerme, dans les villes où les rois normands n'avaient pas résidé : à Messine, à Castrogiovanni, à Catano, à Syracuse ; l'architecture de ces châteaux fut aussi différente que possible de celle d'une Kouba ou d'une Zisa.
Dans les provinces continentales de son royaume, Frédéric II fonda ou rebâtit toute une série de châteaux et, de palais, depuis son retour d'Allemagne, en 1550, jusqu'à sa mort, en 1550. Ces châteaux se trouvent naturellement groupés dans les deux régions où l'empereur résida pendant les courtes périodes de paix qui lui permirent de jouir de la beauté de son royaume italien. En Campanie, Frédéric II fit rebâtir et aménager le château normand établi devant Xaples, dans l'île de Lucullus, et que l'on appelait tantôt Caslrum Luoulli, taxitàtGastrumSalvatorifudMare. C'estdans ce château, qui devait prendre, au temps de Charles d'Anjou, le nom populaire de château de l'Œuf, que l'empereur installa son trésor1. A Capoue, la vieille église lombarde de San Pietro a Corte continua à servir de chapelle au palais 2; mais ce dernier fut rebâti par l'empereur.
Les constructions entreprises dans la région apulienne par ordre de Frédéric II sont beaucoup plus nombreuses. Un premier groupe est formé par les châteaux que Frédéric II, après son retour de Chypre et de Syrie (1230), fit élever en hâte le long du littoral de l'Adriatique, pour défendre les ports, depuis Termoli jusqu'à Brindisi. Dans l'intérieur des terres, une citadelle formidable fut élevée ou rebâtie à Gioia del Colle, pour garder un passage important sur la route qui mène de Bari à Tarente. A Melfi, où les Normands avaient établi des fortifications aussitôt après leur conquête, un château fut aménagé pour recevoir la Chambre des Comptes. La Caméra établie au pied du Yulture fit pendant à l'JSrarium de Xaples.
D'autres châteaux, dans l'intérieur de la Basilicate, de la Terre de Bari et de la Capitanate, occupaient des points stratégiques. Ils étaient, en temps de sécurité, les résidences de l'empereur etses villes de plaisance. Frédéric II voulut se ménager dans toute la région apulienne des « lieux de délassement », loca solaliorum nostrorurn. Pour lui, comme pour les barons d'Allemagne ou pour les émirs orientaux, la grande disfraction était la chasse. Frédéric II se piquait d'érudition dans les matières de vénerie, et lui-même écrivit sur les oiseaux de fauconnerie un traité dont la Bibliothèque du Vatican possède un exemplaire illustré de miniatures (Vat. Pal. 1071) 3. Dans le registre impérial de 1539-1240, qui est la plus importante épave de la chancellerie de Frédéric II, on compte par douzaines les instructions relatives aux faucons et aux guépards de chasse. Sur le versant apulien, le gibier
1. .Erarium Salvatoris ad Mare (Hl'illaud-Brémoli.es, V, n, p. 710). — Custodibus œrarii Salvaloris ad Mare (Id., p. 725). L'impératrice demeura dans ce château en 1240 (Id., p. 757-758). 11 est question dans un document du compalatium Neapolïs, sur lequel on n'a aucun renseignement (Id., p. H'-il).