‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 38 sur 433 · Gescli. ilcr Ckràtl. Kunst, I · texte numérisé non relu

Gescli. ilcr Ckràtl. Kunst, I

nous aurons dépasse l'an mil. Alors il ne tiendra qu'à nous de résoudre les difficultés : ce n'est ni en Orient, ni dans l'Italie méridionale, que les documents de comparaison nous feront défaut.

Une seconde question se posera dès que nous serons engagés dans le vi" siècle : quelle a été l'influence île l'art oriental dans la moitié méridionale de l'Italie avant le xie siècle, et, en particulier, depuis Justinien jusqu'à la lin de la querelle îles Iconoclastes? Cette fois, les éléments d'étude resteront plus rares, et souvent il faudra se résoudre à rapprocher de simples fragments.

Enfin, lorsqu'on aborde la première « question byzantine », l'embarras est encore plus grand et le succès plus précaire. Deux opinions contradictoires sont, en présence. Les uns admettenl qu'après la fondation de Byzance, Rome ait continué de nourrir une école d'artistes qui donnât des modèles au monde entier : ils l'ont succéder à l'art romain

d'Empire un arl r ain d'Église. Les autres prêtenf à la jeune cité grandie au bord du

Bosphore le rôle d'une nouvelle initiatrice de l'aïeule retombée en enfance. Mais, pour discerner, dans les monuments romains du v" et du vi" siècle, et en particulier dans les mosaïques, ce qui est issu de la souche romaine, et ce qui a pu être transplanté d'Orient en Italie, il faudrait avant tout connaître l'art chrétien d'Orient, aussi bien que l'art chrétien d'Italie, dans ses origines et dans ses premiers développements.

L'art chrétien est sorti, en Orient comme en Italie, do l'art antique. C'est à l'héritage du paganisme qu'il a nécessairement emprunté les formes qui devaient donner un vêtement aux idées nouvelles. Si l'on admet que, dans les trois derniers siècles de l'Empire romain, l'art ait été le même en Europe et en Asie, on doit renoncer à distinguer dans l'immensité d'un lac uniforme les sources qui ont pu alimenter de nouveaux courants. Cependant des recherches récentes ont laissé soupçonner qu'en dehors de l'art grécoromain, qui s'était répandu dans tout l'Occident, l'Egypte, la Syrie et l'Asie avaient produit un art gréco-oriental, qui conserva sa couleur propre et ne passa point sous le niveau officiel. Il faudrait connaître cet art, dans tous ses caractères distinctifs, pour apprécier l'originalité de l'art chrétien qui en est issu. C'est une idée neuve et féconde que d'avoir cherché les origines de l'art byzantin jusque dans l'art « hellénistique » et asiatique des derniers siècles païens1. Mais, actuellement, les éléments d'étude dont on dispose, pour confronter, en Orient, les derniers monuments de l'art antique et les premiers essais de l'art chrétien, sont presque réduits à néant. On attend encore une analyse scientifique des ruines énormes qui marquent, dans le désert, la place de Palmyre.

Si l'on ne peut connaître les éléments antiques dont fut constitué le fonds solide de l'art chrétien d'Orient, pourra-t-on discerner les phases du travail que la matière plastique, façonnée par les écoles païennes, a subi, entre les mains des artistes gagnés à la foi nou-

I. Voir les livres récents de deux savants d'origine slave, qui ont su trouver un terrain d'étude que les savants d'origine française, italienne ou germanique n'avaient pas encore battu : Ajsalof, les Fondements hellénistiques de l'art byzantin (en russe), Saint-Pétersbourg, l'JOO ; Stbzïzowssi, Orient uder Hom, Leipzig, 1901, ch. r r.

LES MOSAÏQUES CAMPANIENNES ANTÉRIEURES A JUSTINIBN 57

velle, pour devenir capable de traduire, par des images symboliques et des figures humaines, l'espérance de la résurrection et la joie du triomphe céleste ?

A Byzance, on n'a pas retrouvé encore un fragment de mosaïque chrétienne qui soit antérieur à la décoration de Sainte-Sophie. Il est donc vain de parler, avant Justinien, d'un art «byzantin». Sans doute, après Constantin, un art chrétien a dû se former en Orient, dont l'art propre à Byzance n'était qu'une partie. A côté de la ville neuve qui était devenue le siège de l'Empire, quelques-unes des villes où avait fleuri l'art hellénistique furent, pour la religion nouvelle, des foyers, où s'élaboraient les idées et les symboles. Mais le double Ilot de la conquête perse et de l'invasion arabe n'a rien laissé des grandes décorations chrétiennes d'Antioche et d'Alexandrie. A Jérusalem, dans la ville qui fut, avant Rome, la capitale religieuse du christianisme et le centre d'attraction des lointains pèlerinages, il ne reste des constructions magnifiques de Constantin et rte ses successeurs que de pauvres morceaux de sculpture décorative. Pour les premiers siècles du christianisme, l'art alexandrin et l'art palestinien ne sont plus guère représentés que par îles amulettes, comme les ampoules de Monza, ou par quelques ivoires dispersés.

Une seule ville est plus riche encore que Rome en mosaïques du ve et du vi* siècle : c'est Bavenne. Dans l'espace de cent ans, la ville où aujourd'hui l'herbe pousse autour de monuments humides et glacés comme des sépulcres, fut la dernière capitale de l'Empire romain, la capitale du roi goth qui remplaçait en Italie les Césars, enfin la capitale de l'Italie byzantine. Pendant ce siècle de splendeur, Ravenne ne cessa de s'enrichir d'édifices et de mosaïques, qui. pour la plupart, nous sont parvenus dans leur intégrité. Les églises ravennates, décorées au temps de Justinien, ont revêtu, comme San Vitale, la parure splendide de Sainte-Sophie. Sur les mosaïques de Saut' Apollinare Nuovo, qui passent pour être contemporaines de Théodoric, les saintes qui, le long de la nef, s'avancent en longue théorie, portent le costume des patriciennes de Byzance, de même que les femmes qui, dans l'église voisine, composent sur le mur du sanctuaire le cortège de Théodora ; l'Évangile raconté en tableaux de mosaïque, au-dessus de la double procession des saintes et des saints, a les rapports les plus étroits avec l'Évangéliaire grec à miniatures, conservé à Rossano. Près de ces monuments du vie siècle, Ravenne possède deux édifices, qui ont été décorés de mosaïques dans la première moitié du v' siècle. Les grandes décorations ravennates contemporaines de Galla Placidia diffèrent notablement, surtout par le coloris, des mosaïques contemporaines de Justinien. Entre les unes et les autres on ne suit pas la continuité d'une tradition.

Sans doute, plus d'une présomption peut inclinerl'historien à croire que, dèsle Ve siècle, Ravenne, coupée de ses communications avec Rome, où les barbares étaient entrés, s'ouvrit, par la voie de mer, aux influences orientales. Le mausolée impérial, voisin de San Vitale, fut décoré aux frais d'une princesse qui avait été élevée à Constantinople. L'architecture même de ce mausolée, — une coupole élevée sur une croix à branches presque égales —

paraît être orientale. Pour la coupole du mausolée de Galla Placidia et pour celle du baptistère de l'évêque Néon (le » Baptistère des Orthodoxes »), les architectes ont employé des matériaux très légers, — des amphores vides, — agglutinés par un mortier épais. C'est encore un procédé de construction dont on a cru trouver l'origine en Orient1, et qui sera de nouveau employé, à Iîavenne, dans l'église toute byzantine de San Vitale-. Les mosaïques même du mausolée de Galla Placidia et du baptistère des Orthodoxes, si elles diffèrent des mosaïques ravennates du vi" siècle, diffèrent encore bien plus profondément des mosaïques romaines du v*. Sous la coupole du baptistère décoré vers l'an 430, une zone entière de mosaïque, celle qui est couverte d'une lile d'édicules figurant des sanctuaires d'églises, reproduit un motif tout oriental, qui, dans le même siècle, se développe largement sous la coupole de l'église de Saint-Georges, à Thessalonique. II est donc très probable que l'impulsion par laquelle une ville de province ilalienne se transforma brusquement en capitale artistique vint directement de l'Orient. Mais les preuves irréfutables n'ont pas encore élé apportées. Admettre, dès aujourd'hui, que Iîavenne fui, par ses plus riches monuments, une ville orientale, un siècle avant d'être sujette immédiate de Justinien, c'est formuler un acte de foi.

Si l'on ne s'arrête qu'aux faits lumineux, deux foyers d'art bien distincts brillent eu Italie, au v* siècle : Rome et Iîavenne. Loin de l'Italie, l'art oriental des premiers siècles chrétiens garde ses secrets, et de la nuit où cet art a disparu émergent à peine quelques épaves. Sans essayer de faire la lumière sur ce qui est resté obscur jusqu'à ce joui-, nous devrons nous borner à confronter les premières mosaïques campaniennes avec les monuments conservés : grandes décorations chrétiennes de Rome et de Ravenne ou restes épars du premier art chrétien d'Orient. Une à une, nous noterons les ressemblances qui se révéleront.

A Naples, dans l'abside de la basilique Severiana, l'Assemblée des Apôtres et le Christ assis au milieu d'eux rappellent, au début du v« siècle, la composition qui parait à Rome, dès la lin du iv", dans l'abside de Sainte-Pudentienne, et, un peu plus tard, dans l'abside de Sant'Aquilino, à .Milan. Non loin de celte mosaïque, il en subsistait, au xvne siècle, une autre, qui n'est pas mentionnée dans le Liber pontificalis de Jean Diacre, et dont la date est inconnue. C'était la mosaïque qui décorait l'arc triomphal de la première cathédrale de Naples, Santa Restituta8. D'après les descriptions concordantes de Cesare

1. Choisi-, l'Art de bâtir chez les Byzantins, p. 71, pl. XIX, 1. Cf. Rivoiba, le Oriyim dcll' Archit. homb., p. 28, fig. 44.

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