Celte conjecture ingénieuse est de M. de Fabriczy
5. U lêto de Capoue et les deux bustes des ministres ont été mis à l'abri dans un cadre emprunté â h P^Li u
ha, 313. — Buste décoratif PROVENANT DES TOURS DU PON'T DE CA- POUE. Museo campano.
Sannelli rapporte que des statues provenant de la Capoue romaine avaient été placées sur le couronnement de la porte fortifiée. On pourrait supposer que Frédéric II eût lait rassembler des statues et des bustes antiques, pour leur imposer son nom et celui de ses ministres. Le corps de l'empereur, sans pieds, ni mains, ni tête, est celui d'un togatus assis (fiy. 344); les bustes barbus et laurés des deux juristes du royaume de Sicile sont ceux de deux philosophes grecs ; la tête de Capoue est celle d'une Junon qui serait couronnée de lierre, de même que la tête colossale employée comme clef de voûte est celle d'un Jupiter lauré. Cependant quelques détails de costume prouvent que la statue, les bustes et les têtes ont été sculptés au temps de Frédéric II. Sur la tunique de l'empereur, qui imite les
plis d'une toge, un manteau attaché à l'épaule droite rappelle le paludamentum militaire, qui n'est jamais nui sur une statue romaine au vêtement pacifique du citoyen. En réalité le manteau et la tunique sont des vêtements du xme siècle. Les deux légistes ne portent pas la toge : sur leur poitrine est noué un manteau qui ressemblerait encore au. -paludamentum, s'il n'était noué sur la poitrine : ce manteau est une pièce du vêtement contemporain (fig. 345).
Les imitations libres de l'antique qui formaient la décoration sculptée de la porte impériale ont. été exécutées avec un sens de la vie qui les distingue des sculptures romaines du temps de Constantin et des grosses têtes décoratives de l'amphithéâtre de Capoue, La figure allégorique de femme et les deux bustes barbus sont modelés par méplats; les boucles de clieveux, les feuilles des couronnes sont détachées avec fermeté. Vus de face, les visages ne sont pas symétriques : dans la figure de Capoue et dans celle de Pietro délia Vigna, la moitié de droite de la l'ace, — en particulier le coin de l'œil et de la bouche, — se trouve plus haute que la moitié de gauche (fig. 345 et 346). La bouche large et anguleuse, les yeux relevés vers les tempes, donnent aux traits mêmes de la figure féminine une sorte de dureté virile '. La recherche visible de l'énergie est accompagnée d'une recherche fort curieuse de l'expression. A côté des tètes impassibles qui étaient sans doute rangées à la base des tours, à côté de la tête de Capoue, déesse aux yeux vides, les deux légistes à barbe de philosophe ont le regard accentué par un trou rond. Leur allure de tête est d'accord avec les paroles qu'ils sont censé prononcer. Le front calme de Pietro délia Vigna, ses yeux largement ouverts, sous les sourcils levés, souhaitent aux sujets fidèles la bienvenue hautaine de la majesté impériale. L'autre ministre (Taddeo de Sessa ?) baisse le front; ses yeux à demi cachés sous les sourcils froncés lancent un avertissement redoutable aux rebelles. La
Fig. 341. — Statue hltilëk de khédkric u, provenant des tours du pont de capoue.
museo campa no.
i. Voir l'analyse pénétrante de M. de Fabriczy (p. 18-20).