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CHAPITRE III

Le château bit, par Frédéric II près d'Andria, sur la colline de Sancta Maria de Monte. Son histoire : il devient la prison des fils de Manfred; le graffitto tracé sur une colonne par un prisonnier. - Le château canonné par Laulrec bes propriétaires ; son abandon. Acheté par le gouvernement italien, il est restauré comme un monument national - Admiration des voyageurs et des historiens pour le château de Frédéric II. Opinion commune qui le présente comme le monument d'une première Renaissance.

I. - Le plan octogonal comparé au plan des tours de Capoue. - Les voûtes d'ogives ; leurs supports. - Le dessin des voûtes sur es salles de plan polygonal tracé d'après les principes les plus savants des architectes qui dessinaient au xiii- siècle les déambulatoires des églises françaises. Castel del Monte et Notre-Dame de Châlona-sur-Marne - 1 es profils; les «congés » bourguignons. - L'emploi des matériaux : colonnes antiques retaillées pour prendre place dans I architecture française.

II— La sculpture décorative. - Les chapiteaux à crochets des deux étages; leur flore. - Les ligurines humaines employées comme consoles. - L'imitation de l'art antique combinée avec celle de Part français • la porte monumentale de Castel del Monte et le porlail latéral ,1e la cathédrale ,1e Lanciano. Les fenêtres de la cour - oves et raisde-cœur antiques ; chapiteaux et « congés » bourguignons. - La « tète de feuilles » et la léte aux oreilles de faune Le cavalier nu. Le buste mutilé retrouvé au pied du portail. Les imitations , l'appareil antique dans l'architecture a voûtes d ogives. - Castel del Monte château de plaisance ; ses aménagements. Les citernes et la distribution d'eau Polychromie orientale : le revêtement de marbre ; brèche rouge et cipollin. Mosaïque de pavement ; incrustations' d émail. — Castel del Monte image du cosmopolitisme de Frédéric IL

III. - Les artistes employés au service de l'empereur. Mosaïstes sarrasins. - Les sculpteurs de Castel del Monte La corniche de la cathédrale de Ruvo et ses tètes de style grec; cette corniche n'est pas antérieure à Castel del Monte. Détails de style apulien. Difficulté d'expliquer le caractère français de l'architecture - Châteaux élevés par Frédéric II en Sicile; Castrogiovanni, Syracuse, Catane ; Castel Maniace plus purement français que Castel del Monte. - Maître Riccardo de Lentini. - Comment l'influence française a-t-elle pu parvenir en Apulie et en Sicile ? - Hypothèse d'un artiste voyageur; les archaïsmes dans l'architecture et la décoration de Castel del Monte. - L'art français de l'Orient latin ; la croisade de Frédéric II ; la guerre de Chypre. L'expulsion des partisans de 1 empereur et leur établissement en Apulie. Les constructions des Chyproh en Pouille. Comparaison technique de Castel del Monte avec les églises et les châteaux de Chypre : impossibilité de conclure. - L'art français en Allemagne. Concordance entre les dates des châteaux d'architecture française bâtis par Frédéric II dans le "royaume de Sicile et les dates du second séjour de l'empereur en Allemagne. Comparaison de Castel del Monte avec les églises allemandes. Difficultés nouvelles. - L'architecture française, venue soit de l'Orient latin, soit d'Allemagne devient avant 1240, l'art ofliciel du royaume de Sicile.

IV. - Détails d'architecture française dans la Terre de Bari, la Calabre et la Basilicate. - Les châteaux impériaux - Château de Cosenza. - Château de l.agopesole ; donjon elpalaHum; les consoles sculptées ; modèles de style français; ouvriers locaux. - Mort de Frédéric II ; son tombeau à Païenne. - Hèle de l'empereur dans l'histoire artistique.

Dans l'année où les tours de Capoue recevaient leur couronnement, — en 1210, — Frédéric II faisait préparer des matériaux pour la construction d'un château 1 qu'il voulait

«f te** relatif a la construction de Castel del Monte est une lettre impériale du 28 janvier 1240, adressée de Gubb.0 a Riccardo de Montefuscolo, justicier de Capitanate, et dont voici le passage essentiel : „ Cum pro castre, quod apud Sanclam Manam de Monte Oeri volumus, per te, licetde tua jurisdictione non sit, instan.er tieri volumus actractum, «delitati tue precipiendo mandamus quatenus actractum ipsum in caler, lapidibus et omnibus aliis oportunis lieri facias S,nem°ra (Hoillaiu>-BrShollK8, V, ii, p. 300; - Souu, [, p. |«4j IV, p. 8, a° XVII). Le mot d'octroi, bien lu par

élever non loin d'Andria, la ville fidèle entre les villes d'Apulie : Andria fldeîis nostris affixa medullis ' .

L'emplacement fut choisi au sommet d'un monticule pierreux, élevé de 500 mètres audessus du niveau de l'Adriatique el d'où la vue s'étendait magnifiquement sur toute la Terre de Bari, sur les landes de Capitanate, barrées par l'éperon du mont Gargano, et sur la mer bordée de villes blanches.

Au pied du monticule se trouvait le monastère bénédictin de Sancta Maria de Monte, cité, pour un tribut d'une demi-once d'or, dans le Liber censuum de l'Eglise romaine -. Le château prit le nom du monastère : les documents impériaux et angevins l'appellent Caslrum Sancle Marie de Moule.

Seize ans après la mort de Frédéric II, les trois fils du roi Manfred, qui avait été le fils préféré de l'empereur, furent enfermés par Charles d'Anjou vainqueur dans un appartement de Castel del Monte, transformé en prison. Les infortunés y restèrent soumis à un dur traitement jusqu'au milieu du règne de Charles II : c'est seulement en 1299 qu'ils changèrent de prison et furent transférés à Naples, au Château de l'Œuf. Peut-être estce l'un de ces jeunes princes, grandis en captivité, qui a gravé à la pointe sur l'une des colonnes du premier étage de Castel del Monte une silhouette de roi assis et couronné.

D'autres prisonniers de distinction furent gardés à Castel del Monte, en même temps que les fils de Manfred En 1277, Charles I"r fit transférer dans le château Conrad, comte de Caserta, qui était fils d'une fille de Frédéric II, et Henri de Castille, qui, après avoir été sur le point d'épouser la veuve de Manfred, avait suivi le parti de Conradin et avait été fait prisonnier à Tagliaeozzo ; les deux princes retrouvèrent dans leur prison un faux Manfred. Pour garder tous les prisonniers, Charles I" lit établir sur les murs et les tours de Castel del Monte des créneaux et quatre guérites de veilleurs, qui ont entièrement disparu; il fit barrer les fenèfres les plus larges de grilles de fer, dont la place est encore marquée par des trous ; c'est peut-être encore le roi français qui fit bâtir tout autour du château, à une dis-

Huillard-Bréholles dans le registre des Archives de Naples (fol. 50), a donné lieu à une erreur qui altère l'histoire de la construction. Comme le texte indique que Yactractum devait être composé de pierres et de chaux, les commentateurs ont cru à une confusion avec le mot astracum, employé dans le sens de voûte ou de terrasse, à propos des tours mêmes de Capoue. D'après celte interprétation, le château d'Apulie, comme les tours de Capoue, aurait été à peu près achevé en 1240. Mais les mots Yactractum et â'astracum ne peuvent être confondus. I.a signification du mot actractum est expliquée nettement par un acte impérial relatif à la construction du château de Catane : ordre est donné de préparer Yattractum, au moment où remplacement sur lequel doit s'élever le château n'est pas encore choisi. On doit faire provision Vattractum en même temps que l'on choisira la carrière d'où sont tirées les pierres d'appareil (24 et 27 nov. 1239, Huillard-Bréholles, V, î, p. o 1 0 ) . Le mot actractum doit donc être pris dans son sens étymologique de « conglomérat " et traduit par <> ciment » ou ■«blocage». L' actractum est préparé en 1239 pour le château de Catane, dont la première pierre n'est pas posée; si les mêmes matériaux sont commandés quelques mois plus tard pour Castel del Monte, c'est que la construction du château de Fouille était à peine commencée : " fieri volumus », écrit l'empereur.

1. Ce vers était gravé à Andria sur la Porta di Sant' Andréa, avec les deux vers suivants :

AHSIT OUOD PERBRICU8 SIT Tel HUKBKIS INF.Iis. AXIIIUA VALF. FELIX, OMNISQUE OBAVAMIX18 BXPBBS.

2. Fa bre, le Liber Censuum, fasc.l, p. 32. Rien ne prouve qu'un château lombard ou normand ait précédé le château impérial sur le monticule voisin d'Andria.

3. La plupart des faits indiqués ci-après se trouvent réunis dans le livre de M. le chanoine E. Merra, Castel de! Monte, Trani, 1893, p. 67 et suiv.

tance de 4™ ,50, un mur continu, qui suit le plan polygonal de l'édifice1. Ces additions n'altérèrent en rien le château réduit au rôle de prison. Castel de! Monte ne subit point d'atteintes profondes avant l'année 1528. L'édifice appartenait alors à Gonsalve de Cordoue, qui l'avait reçu de Ferdinand le Catholique, avec le duché d'Andria. Lautrec, qui parcourait la Pouilloen vainqueur, s'empara d'Andria et canonna Castel del Monte. Le château, dont les murailles trouées restaient inébranlables, fut vendu en 1552 par le fils du Grand Capitaine, avec le duché d'Andria, à Fabrizio Carafa. Depuis lors son histoire s'obscurcit. Pendant près de trois siècles, Castel del Monte, abandonné par ses nobles propriétaires, servit de refuge à des brigands, à des proscrits, à des bergers, avec leurs moutons.

L'édifice, ouvert à tous les vents, traversé par la pluie, dégradé par les nomades, s'émietla lentement. Enfin, après la chute des Bourbons, le gouvernement italien acheta Castel del Monte, en 1876, à la famille Carafa, moyennanl uni' compensation de 25.000 lire. Le château de Frédéric II fut, dans l'Italie méridionale, le premier monument national que l'Etat fit restaurer avec méthode et prudence. Les travaux, commencés en 1879, poursuivis en 1834 par M. l'ingénieur F. Sarlo-, achevés de nos jours par M. l'architecte E. Bernich3, n'ont été que des consolidations. Si forte et si exacte était la construction ancienne qu'il a été possible à peu de frais de la rendre presque habitable. Un peu d'entretien suffira sans doute pour donner au château, dont la silhouette massive est visible depuis Bari jusqu'à Foggia, la durée d'un Colisée.

Cet édifice d'une solidité romaine a été admiré dans son désert avant de recevoir la visite (l'aucun architecte officiel. «Il attire la curiosité des gens dégoût », écrivait en 1686 le voyageur napolitain Pacichelli. L'historien napolitain Troyli '• et le voyageur anglais Swinburne décrivent le château à la fin du xvm" siècle. En 1839 l'architecte français Victor Baltard s'installe dans l'une des salles délabrées et fait un relevé complet du monument pour le duc de Luynes. Depuis lors les historiens des Hohenstaufen et les historiens de l'art italien ont décrit a l'envi, — de près ou de loin, — le château où les cris des faucons, tournant autour des murailles, réveillent le souvenir des chasses de l'empereur. Devant les murailles dorées comme celles d'un temple grec, devant la porte de marbre rouge, qui a la majesté d'un arc de triomphe romain, historiens, archéologues et artistes ont eu. au xix" siècle, la même impression. Qu'il suffise de citer les opinions exprimées par l'architecte italien qui a savamment achevé la restauration de Castel del Monte et par un archéologue allemand qui a consacré une étude brillante à l'art des Hohenstaufen. Pour M. Ellore Bernich, les architectes de Castel del Monte sont les précurseurs de Leone Battista Alherti, le plus hardi des novateurs florentins dans l'architecture de la Renaissance5.

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