CASTEL DEL MONTE
Fig. 3a0. — D'witi:s le iielkvé db v. baltard.
colonnettes minces font office de piliers; la colonnelte du milieu porte un arc doubleau ; les deux autres soutiennent, l'une un arc formeret, l'autre un arc ogive. Ces faisceaux de trois
de Castel ciel Monte et même sur l'art apulten sont négligeables : ses observations au sujet de la partie historique de ma thèse avaient au contraire une importance incontestable. Elles eurent un résultat que l'auteur n'escomptait pas : deux détails signalés par M. Nitto deltossi et qui m'avaient échappé me confirmèrent l'existence d'une véritable colonie de chevaliers « chyprois » en Apulie, au temps de Frédéric II, et me décidèrent à entreprendre sur les Français d'outre-mer élablis dans l'Italie méridionale le travail qui est devenu ma thèse latine.
En Allemagne l'étude que j'avais présentée à l'Académie des Inscriptions reçut un accueil tout différent de celui que lui avaient fait les érudits italiens. Dans ce pays où l'art des pays voisins est mieux connu peut-être des archéologues que l'art national, rares sont les écrivains qui, dans leurs études sur les monuments du passé, pèchent par un « patriotisme mal compris ». La révélation d'une influence de l'architecture française en Italie, sous le règne d'un Hohenstaufen, ne pouvait scandaliser les hommes qui ont été les premiers à reconnaître une pareille influence dans l'architecture allemande au temps de Frédéric II. Aussi les réserves formulées à propos de ma thèse par M. Ehrenberg, l'un des rares Allemands qui ont vu de leurs yeux Castel del Monte, ont-elles été présentées avec modération : certaines indications du critique ont pu être mises à profit dans le présent chapitre (voir les deux articles publiés, en 181)9, dans la Eunstchronik, n"° série, XI, col. 1-5, 19-2.1). Deux historiens de l'architecture, qui comptent parmi les hommes éminents de l'Allemagne, ont accepté ma thèse tout entière. M. de Fabriczy, l'auteur d'un livre classique sur Brunelleschi, a résumé ma communication à l'Institut dans le Reperlorium fur Kunstwissenschafl. M. Dehio, avant d'achever sa monumentale histoire de l'architecture religieuse au moyen âge, m'a fait l'honneur de me demander, avec des notes complémentaires, les photographies que j'avais présentées à l'Académie des Inscriptions. Ces documents devant les yeux, le savant professeur de U niversité de Strasbourg a cru pouvoir se rallier à mes conclusions. La page qu'il a écrite au sujet de l'architecture française dans l'Italie méridionale, sous le règne de Frédéric II (Oie Kircld. Danhmst des Abendlândet, II, u, p. SOI-504), est pour le chapitre que je présente une consécration anticipée.
QmJ>
colonnettes du premier étage, élevées au-dessus des piliers ronds du rez-de-chaussée, font pensera ceux qui, dans les églises françaises du xiii" siècle, montent au-dessus des piliers de la nef, pour recevoir le poids des voûtes (fig. 350)1. Au premier étage de Caste! del .Monte, les doubleaux sont rectangulaires, comme à l'étage inférieur ; les ogives sont plus sveltes et prennent un profil d'amande, exactement tracé d'après un modèle commun en France.
L'adaptation d'un système do voûtes d'ogives à un plan octogonal rencontrait des difficultés particulières. Les salles séparées par les murs qui joignaient les sommets des deux octogones concentriques n'avaient pas la forme d'un carré ou d'un rectangle, mais celle d'un trapèze.
Or les architectes français du xii" et du x 1 1 1 " siècle ont eu fréquemment à étudier les moyens d'établir des voûtes d'ogives sur un plan en l'orme de trapèze; le problème s'est posé toutes tes fois qu'il s'est agi d'élever dans une église un chœur polygonal à déambulatoire. D'abord la voûte fut établie directement sur le trapèze, les branches d'ogives partant des angles du polygone. Le tracé était gauche : la clef ne pouvait être placée ni au point le plus élevé, ni au point central de la voûte.
Cet expédient primitif est celui
qui fut employé en Italie par l'architecte inconnu du déambulatoire de la cathédrale d'Aversa [fig. 133 et 135). D'autres solutions furent cherchées : Viollet-le-Duc en a suivi la série dans son article « Construction"- ». La plus élégante de ces solutions consista à établir à l'entrée des chapelles absidales des colonnettes érigées en face des piles du chœur et séparées par le même écartement que ces piles. Les colonnettes sont unies aux piliers par des arcs doubleaux; le trapèze se trouve ainsi décomposé en un parallélogramme et deux triangles. Rien n'est plus simple que d'établir sur le parallélogramme une voûte d'ogives exactement centrée et parfaitement régulière; pour achever de couvrir le trapèze, il ne restait qu'à établir sur les segments triangulaires des voûtes en berceau brisé.
Flo. U5I. — Cartel dkl UONTE. Plan du rez-de-CHAUSs£e.
1. Buillard-Brbhoujes, Monument* des Normands et de la dynastie de Souabe, pl. XX.11.
2. Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, IV, p. 72-77.
Ce. parti ingénieux a été appliqué au nord de la Loire dans la construction de plusieurs églises très connues: la cathédrale du Mans', Notre-Dame d'Étampes2, Saint-Remide Reims3, Notre-Dame de Châlons-sur-Marne4. C'est exactement celui qu'a mis à profit l'architecte du Castel del Monte, Dans les salles du château, deux piliers adossés au plus grand des murs parallèles du trapèze font face aux deux autres piliers; chaque salle peut être ainsi couverte, comme une travée de déambulatoire, par une voûte d'ogives sur plan carré, accompagnée de deux voûtes en berceau brisé sur plan triangulaire (fig. 351 et 352). L'architecte de Frédéric 11, pour réaliser le projet d'un édifice octogonal voûté d'ogives, n'a fait en
vérité que réunir, en les opposant, deux déambulatoires de cathédrale française. Le plan du chœur de Notre-Dame de Châlons-sur-Marne est. à peu près, pour le tracé des voûtes, la moitié du plan de Caste! del Monte.
Dans cet édifice dont le système de construction, — piliers et voûtes, — est manifestement imité île l'art français du xm" siècle, tous les détails de modénature sont tracés d'après des formules françaises. Les bases des piliers et des colonnettes ont une gorge étroite et profondément refouillée, un tore très développé et franchement aplati. La délicate moulure de marbre, qui, à la hauteur des bases, court le long des parois intérieures des salles, la colossale et superbe moulure de pierre qui, â l'extérieur du château, couronne le soubassement des murs et des tours, reproduisent, à des échelles différentes, le profil classique des bases françaises de la première moitié du xm» siècle (fig. 399). Les tailloirs des piliers du rez-de-chaussée se retrouveraient avec les mêmes moulures et la même gorge profonde dans vingt églises de Champagne ou de Bourgogne. Le profil des astragales de chapiteaux est composé de trois courbes et varié d'un chapiteau à l'autre, alors que dans loutes les églises de Pouille, l'astragale était traitée comme un simple tore arrondi.
Fig. 332. — Castel del homte. Plan nu preuieh i
1. Dehio et Bezold, Die Kirehl. Baukuivst; Planches; pl. 309, f