‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 386 sur 433 · MONTE · texte numérisé non relu

MONTE

buste était certainement un portrait; de même le cavalier nu était sans doute une image de Frédéric II, représenté comme un empereur romain en costume héroïque1'. Un même esprit animait ces sculptures et les têtes orgueilleuses du monument de Capoue '•.

1. Voirie croquis gravé par Pereins (les Sculpteurs italiens; Album, pl. XLVI, n° 4).

2. Le buste de Castel del Monte a été' transporté au musée provincial de Bari. Trois bustes qui; M. Bernich a trouvés dans une muraille de la cathédrale de Bitonto, et qu'il a présentés comme des œuvres contemporaines de Frédéric II (Avena, ouv. cité, p. 13), sont probablement des morceaux de mausolées du xvi" ou du xvii" siècle. Ces trois bustes portent la cuirasse à l'antique. Le sigle 1MPII,que M. Bernich a ingénieusement transcrit: Frederkus imperator II, est un graffitto moderne.

3. Récemment M. Richard Delbrûck a cru reconnaître dans le buste d'empereur cuirassé et lauré qui est placé sur le pignon de la cathédrale d'Acerenza une œuvre du temps de Frédéric II, qu'il faudrait rapprocher des bustes de Capoue, en même temps que le buste de Castel del Monte (Zeitschrifl fiic bildende Kunst, nouvelle série, t. XV, 38° année, 1902, p. 17-21). Selon l'érudit allemand, le buste d'Acerenza, que M, Salomon Beinach avait donné pour un portrait de Julien l'Apostat, représenterait Frédéric II lui-même. Une objection très simple réduira à néant cette hypothèse inattendue : l'empereur d'Acerenza porte une barbe courte; les effigies authentiques de Frédéric II, telles que les augustales, sont imberbes.

■i. Deux colonnes torses, en marbre, qui proviennent de Castel del Monte, se trouvent à Naples, au fond de la grande

L'art antique, qui se combine le plus souvent avec l'art français dans l'architecture et la sculpture de Caste! del Monte, garde parfois des formes pures, à côté des formes

Fin. 361. — Porte monumentale dp: castbl dkl Mo.yte.

françaises également pures. La salle dont l'entrée est surmontée d'un cavalier nu a des piliers massifs, des chapiteaux à crochets et des voûtes d'ogives qui semblent

église de Santa Chiara. Elles ont été transportées là en 1317 par ordre du roi Robert d'Anjou vMiniehi-Riccio, Areh. stor. pet lr prov. napol., 1832, p. 200; A. Makesca, Arte e Storia, 1888, p. 116). Les fûts de ces deux colonnes sont très richement décorés de sculptures dans le style antique : strigiles tournés en hélices, frondaison de pampres où se jouent des amours vendangeurs (/io. 360). La forme, le décor et le travail même rappellent au premier coup d'ceil la colonne sainte conservée dans une chapelle de la basilique de Saint-Pierre, à côté de la Pietà de Michel-Ange, et qui a fait partie des douze colonnes données à la basilique par Constantin. Les colonnes de Saint-Pierre venaient de Grèce [Liber pontificalis, éd. Duchesne, I, p. 176) ; on en a retrouvé d'analogues à Constantinople (Stuzygowski, Bi/:ant. Zeilschrift, I, 1892, p. 570 et suiv. : pl. I et II). A Rome, ces colonnes passèrent pour avoir appartenu au temple de Salomon ; elles furent vénérées et copiées pendant le moyen âge (E. Maocbhi, VArte, p. 377 et suiv.). Il est possible que les deux colonnes de Castel del

empruntés à un édifice bourguignon. Dans les salles du premier étage, l'architecture, qui est toute française par les voûtes et les supports et par le dessin même des moulures, essaie de reproduire un système de construction antique dont la tradition s'était complètement perdue en France, comme en Italie, après le x' siècle : des pierres taillées en losange

dessinent sur les murs qui séparent les salles et jusque sur le manteau arrondi des cheminées les mailles de Vopus reticidatum (fig. 365).

Ces imitations savantes de l'antiquité, qui servent de parure à un corps d'architecture française, suffiraient à faire du château apulien un monument unique, soit en Italie, soit au delà des Alpes. Castel del Monte diffère encore de tous les châteaux et de tous les palais du moyen âge occidental dont les ruines se sont conservées par les recherches raffinées de ses aménagements.

Le château qui dominait toute la Terre de Bari n'était point un château de guerre, comme les forteresses carrées dont les tours s'élèvent encore devant les ports de Train, de Bari et de Brindisi. Sans

doute ses murs, épais de 5m,20, défiaient les machines de guerre; des meurtrières s'ouvraient dans les tours et communiquaient avec des réduits ménagés pour quelques soldats;

Monte aient été apportées de Home ; il est également possible qu'elles proviennent de l'Orient, lîien ne permet de supposer qu'elles aient été sculptées tout exprès pour le château apulien. Plus d'un critique a été trompé par les chapiteaux dont les deux colonnes ont été coiffées dans l'église de Santa Chiara. Au milieu de crochets d'un travail gros et mou, une aigle aux ailes éployées est sculptée sur chacun de ces chapiteaux. Ce n'est point l'aigle du Saint-Empire, l'aigle des augustates : c'est l'oiseau superbe que Giovanni Pisano a sculpté pour la Canloria de la cathédrale de Pise. Si l'on compare les chapiteaux ornés de l'aigle aux chapiteaux des mausolées voisins, élevés au temps de Robert d'Anjou, il deviendra évident que ces divers chapiteaux ont été sculptés par un même artiste qu'il est facile de nommer : c'est le Siennois Tino di Camaino (Voir le volume suivant).

Fie. 362.

PoitTE-FENÈl'RE AU PREMIER ÉTAGE DE CASTEL DEL HONTZ

derrière la magnifique porte de marbre, une rainure, qui montait jusqu'à la fenêtre du premier étage, laissait retomber une herse. Mais le château n'avait pas de fossés, les tours pas de mâchicoulis. L'édifice était capable de résister aux coups, à la façon d'une tunique de cour doublée d'une cotte de mailles ; mais il avait été préparé pour servir de résidence impériale, au milieu des forêts giboyeuses; du bas en haut des deux étages, le oastrum était unpalatium, qui tenait la première place entre les loca solatiorum. Même au rez-de-chaussée, aucune salle n'était aménagée en écurie ou en fauconnerie : ces dépendances étaient reléguées au dehors, et n'ont pas laissé de trace sur les pentes pierreuses de la colline. L'empereur n'entrait dans son château qu'à pied : il descendait de cheval au pied d'un solennel perron de douze marches, dont M. Bernich a retrouvé les restes devant la porte monumentale '.

Les murs et les tours de forteresse qui abritaient la résidence impériale contre une attaque étaient comme machinés pour fournir aux botes du château le luxe que les souverains et les hobereaux du Nord cherchaient le moins : celui de l'eau. Trouver de l'eau, même pour la boisson, sur ce monticule aride qui s'élevait au-dessus d'une région sans rivières et sans sources, était un problème. L'architecte le résolut avec les moyens du pays, en recueillant les eaux de pluie. Le toit du château fut une terrasse construite en pierres plates, à la façon des aires dallées qui reçoivent l'eau du ciel pour les masserie de la Terre de Bari. La terrasse eut une double pente, qui lit tomber les eaux dans un double chéneau continu ; du côté de la cour, l'eau s'écoulait par des conduits ménagés aux angles rentrants des murailles et venait remplir une vaste citerne voûtée,

FlG. 363. — Porte de la goub de castel del monts,

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