SURMONTÉE D'UNE FIGURE ÉQUE8TRE
i. Ave.xa, Uonummti deW Italia méridionale, I, p. 8, flg. 3.
dont la bouche est encore visible vers le milieu de la cour. Du côté du dehors, les réservoirs furent de petites citernes suspendues, prises dans l'épaisseur des tours, au-dessus des chambrettes octogonales. Cette eau, mise en réserve au sommet du château, fut distribuée à l'étage supérieur, et peut-être au rez-de-chaussée, par le moyen d'une canalisation en plomb, dont la disposition détaillée n'est pas encore connue. Aujourd'hui les citernes suspendues gardent encore l'eau dans leur cuve de ciment indestructible ; mais les conduits, obstrués et crevés en partie, laissent suinter à travers les murs et les voûtes des filets qui dissolvent le calcaire et se pétrifient en stalactites. Le choc léger des gouttes sur les bancs de pierre ne raconte plus quels ont été, au temps de Frédéric II, les jeux de
la porte massive et l'encadrement des fenêtres est une brèche rouge, tout imprégnée d'oxyde de fer, que les architectes ont trouvée à pied d'œuvre, dans la colline même de Castel del Monte '. Les huit salles du rez-de-chaussée étaient lambrissées de plaques de ce marbre jusqu'à la moulure qui continuait les tailloirs des piliers; -les piliers euxmêmes, avec leurs bases et leurs chapiteaux, étaient taillés dans d'énormes blocs de cette matière grasse et rutilante. Au premier étage, le marbre tiré des flancs de la colline n'est admis que pour former la caisse des petites armoires ménagées à droite et à gauche des cheminées. Les triples colonneltes, les grands chapiteaux, les moulures de toute sorte et le revêtement des parois étaient fai ts de marbre cipollin, tire des ruines romaines de Ruvo et de Canosa; ce marbre est identique à celui qui avait été employé un siècle 'et demi plus tôt à la construction du mausolée de Bohémond. Dans la brèche pâteuse et dans le cipollin durci par les siècles, les formes végétales stylisées pour la meulière du Nord de la France ont pris une ampleur ou une finesse nouvelles : par la vertu de la matière, la sculpture décorative de Castel del Monte a pris un accent nouveau, qui la distingue des innombrables imitations de l'art français que le moyen âge a produites.
i. La composition de la « brèche de Castel del Monte » a été étudiée dans plusieurs travaux géologiques cités par Merua, Castel del Honte, p. 30.
ces eaux qui, sans doute, bruissaient dans le château élevé au sommet de l'Apulie pétrée, comme dansle palio d'une villa royale entourée par les jardins de Païenne.
Fit;. 3G4. — Buste mliile provenant
DK CASTEL DEL MONTE. MUSÉE l>E BARI.
Le charme oriental dont se parait ce château d'architecture française n'était pas tout entier dans les eaux, qui ont cessé d'animer les salles désertes; il était encore dans la couleur des matériaux, les plus rares et les plus riches qui aient été employés en Occident à la construction d'une demeure princière. La porte monumentale et les grandes fenêtres ouvertes sur le dehors faisaient au milieu de ht pierre blonde et polie des taches ardentes. Le marbre dans lequel ont été taillés
Jusqu'à la naissance des voûtes, les salles des deux étages de Castel del Monte. — rose orangé, taché de brun rouge, ou blanc soyeux teinté de vert, — avaient l'éclat miroitant et la couleur splendide d'un appartement du palais des Blachernes. Au-dessus de la moulure de marbre tracée d'un chapiteau à l'autre, les parois ne semblent pas avoir reçu d'autre ornement que l'appareil régulier, pour le rez-de-chaussée, et l'opus retiçulatum,-poxiT le premier ■étage. Huillard-Bréholles a cru voir sur les voûtes des restes de mosaïques, qui auraient
Fie 36b. — Castel del honte. Salle du premier étage.
achevé de donner au château de l'empereur germanique la « couleur » d'un]palais d'empereur byzantin. Mais aucun cube de ces mosaïques ne s'est conservé ; l'historien français, qui n'a tait, semble-t-il. que passer à Castel del Monte, aura été trompé par les cristallisations calcaires qui dessinent entre les robustes nervures des arabesques de givre.
Si la polychromie des voûtes s'est éteinte pour jamais, celle des pavements peut être restituée d'après un fragment retrouvé dans une chambre durez-de-chaussée; une marqueterie de marbre blanc, de faïence vert pâle et d'émail noir dessine sur le sol une suite de figurines hexagonales. D'autres mosaïques brillaient autrefois dans le tympan des fenêtres du premier étage, à l'intérieur des salles et probablement à l'extérieur : un stuc rose colle encore à la pierre quelques morceaux d'émail vert et bleu.
Évoquons par la pensée toute cette magnificence dont les restes sont assez visibles pour qu'un artiste d'aujourd'hui puisse faire revivre avec son pinceau l'éclat du monument sans pareil '. Quel est le maître qui a pu réunir dans un même édifice une telle richesse de formes et de couleurs? Qui donc a voulu composer ainsi des harmonies nouvelles avec les arts les plus divers et a su comprendre tout à la fois la pureté classique de l'architecture et de la sculpture française, la solennité de l'art antique, la richesse byzantine des marbres, la gaieté des eaux qui rafraîchissaient les palais de l'Orient musulman, la fantaisie brillante des mosaïques d'émail et de faïence qui scintillaient dans la pénombre des villas royales de Sicile? Cet ensemble auquel ont concouru tant de civilisations diverses n'est-il pas l'image du cosmopolitisme de Frédéric 11?
Pour Castel del Monte, comme pour les tours de Capoue, le véritable maître de l'œuvre, c'est sans doute l'empereur. Mais, avant de réaliser sa conception et même de la former, il a failli que Frédéric 11 rencontrât des artistes de traditions et d'origines très différentes.
Les mosaïques décoratives de Castel del Monte diffèrent notablement, par les couleurs et par les matières employées, des mosaïques campaniennes de style sicilien; elles n'ont pas été
PROVENANT DE CASTEL DEL r
monte, éousk santa chiaba, exécutées par les artistes qui ont travaillé pour les cathédrales