‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 389 sur 433 · Venturj, Storia delVÂrte italiana, U, p. 540, fig · texte numérisé non relu

Venturj, Storia delVÂrte italiana, U, p. 540, fig

3. Les caractères différents des têtes de Ruvo et des busies de Capoue ont été finement analysés par M. Vbntcri {H tjenio di Mcola l'isano; Hicisla d'italui, 1, ib janvier 1898, p. 10 et 11).

Ti0 L'ART IMPÉRIAL

que sont venus les sculpteurs qui oui laissé sur une église apulienne ces quelques figures, dignes déplaire â l'empereur.

Les artistes locaux de la Terre de Rari ont eu sans doute quelque pari à la construction même de Castel del Monte, comme à la décoration sculptée. La grande fenêtre trilobée de l'appartement impérial a bien des chapiteaux français à crochets ; mais, au milieu du tympan, sous l'archivolte en tiers-point, la rosacéest remplacée d'une manière inattendue par une miniature de fenêtre géminée, toute pareille aux fenêtres des campaniles apuliens (fig. 368). Quelqu'un des artistes qui ont collaboré à cette fenêtre et peut-être aux autres a dessiné les baies ouvertes dans la façade septentrionale de la cathédrale de Ruvoj - du côté opposé à la lile des têtes antiques. Ces baies trilobées ont des chapiteaux à crochets, une archivolte de môme tracé que celles des fenêtres de Castel del Monte, une rosace dans le tympan. Leur architecture est beaucoup plus purement française et de style plus récent que celle de la nef, imitation lointaine d'un édifice monastique de la Bourgogne. Un même atelier, composé, suivant toute vraisemblance, d'artistes apuliens, a travaillé au château impérial et â la cathédrale de la ville voisine; mais les ressemblances qui existent entre quelques détails des deux édifices, — détails antiques et détails français, — prouvent que l'église ne saurait rien expliquer du château : c'est le château qui a servi de modèle.

L'Italie méridionale n'a conservé aucune église qui ait pu faire connaître à l'architecte de Castel del Monte les combinaisons de plan, de supports et de voûtes qu'il a réalisées comme eût fait un maître d'œuvre français. Les ressemblances qui ont été relevées entre la porte monumentale de Castel del Monte et une porte latérale de la cathédrale de Lanciano, s'expliquent par des influences parallèles, dont l'origine commune est en Bourgogne ; mais l'architecte du château bâti en 1240 n'avait sans doute jamais vu l'église fondée en 1227. D'ailleurs il existe dans le royaume de Sicile, au delà du Phare, des châteaux de Frédéric II dont l'architecture offre avec celle de Castel del Monte les plus étroites ressemblances, et qui ne sauraient avoir pour prototype un édifice religieux des fouilles ou des Abruzzes1.

Le donjon de Castrogiovanni, élevé au centre de la Sicile sur l'acropole de l'antique Enna, est une énorme tour octogonale, de même plan que les tours du château apulien ; ses deux salles superposées sont couvertes de voûtes d'ogives à huit branches. Le château élevé à l'entrée du port de Syracuse et qui porte encore le nom de son fondateur, le stratège byzantin Maniakis (Casleî Maniace), a été rebâti sous Frédéric II. Son portail, qui a de magnifiquès chapiteaux â crochets, est composé des marbres antiques les plus variés de grain et de couleur. Les salles, dont plusieurs se sont conservées, ont des piliers identiques à ceux du rez-de-chaussée de Castel del Monte. Le château de Catane, Castel Uvsino, qui, d après le registre impérial de 12:», a été commencé â peu près en même temps que

I. I.e groupe des châteaux impériaux de Sicile a été étudié pour la première fois par mon collègue etami, M. Octave Join-Umbert, dans un mémoire envoyé de l'École de Borne à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Les conclusions de ce travail ont été résumées dans les Comptes Rendus de l'Académie (4» série, t. XXI, 1897, p. 371). M. Chaussemiche a relevé avec le plus grand soin les châteaux de Castrogiovanni, de Syracuse et de Catane, pour les publier, en collaboration avec M. Join-Lambert et avec moi, dans le volume annoncé sur les châteaux de Frédéric II.

Caslel del Monte, ne diffère de Castel Maniace que par la mollesse de ses sculptures : les voûtés d'ogives sont portées par des piliers ronds que surmontent de larges chapiteaux à crochets. Dans aucun de ces édifices on ne trouvera les détails de style antique qui ont fait comparer Castel del Moule aux monuments de la Renaissance. Les châteaux de Sicile ont pu servir de musée impérial, au même titre que la forteresse de Lucera ; sur la façade de Castel Maniace, deux consoles supportaient deux béliers de bronze, dont l'un est conservé au musée de Païenne comme un chef-d'œuvre de l'art grec. Mais, dans la construction et dans la décoration sculptée du château de Syracuse, tout, sauf les marbres antiques, est français.

En Sicile, comme en Pouille, les châteaux de Frédéric II sont d'architecture bourguignonne ou champenoise. Quel est l'artiste qui a importé cette architecture dans la Terre de Bari et l'a fait connaître jusqu'à Syracuse et à Castrogiovanni ? Un seul nom est cité dans les lettres impériales, à propos de l'un des châteaux. La construction du château de Cutané (dont les détails imitent assez grossièrement le style français) a été dirigée par maître Hiccardo de Lentini, prepositus hôvorum hedificiorum. Ce Sicilien, chargé par l'empereur de veiller au choix des matériaux et aux détails de la maçonnerie, peut avoir été un maître d'œuvre. Mais d'où est venu l'inconnu qui a enseigné à l'architecte du château de Catane les principes de l'architecture française?

Un de ces Français du Nord qui allaient dessinant des monuments et des plans, depuis l'Espagne et la Scandinavie jusqu'à la Hongrie, a pu offrir ses services à Frédéric II. Castel del Monte peut être l'œuvre d'un Villard de Honnecourl dont l'album de voyage a été jeté aux vieux parchemins. Cependant il est peu probable que l'architecte du magnifique château de Pouille soit un Français venu de France. Les formules employées par cet architecte ne sont pas exactement celles qui se trouvaient employées en Champagne et même en Bourgogne au moment où fut commencée la construction de Castel del Monte, c'est-à-dire en 12-40 : la sculpture et les profils seraient datésen France des premières années du xuic siècle '-. Cet archaïsme

Fus.

Fenêtre TBILOBEE DE CASTEL del monte.

D'après e. bedmch.

1. IkiLLAnD-BiiÉiioLLEs, Hist. diplom., V, p. 310 et 528 ; — Sciil'Lz, IV, n" IX, p. 4; Tl° xil, p. 6.

2. Les bases des piliers Je Castel del Monte ont un profil à peine plus développé que celui îles bases les plus anciennes île .Notre-Dame de Paris (cliceur, vers 1165 j. Cf. Enubt, Manuel U'archeoloijic française ; I, Architecture religieuse, p. 535, lig. 283 G.

s'expliquera si l'on suppose que l'art français ail voyagé longuement avant d'arriver en Pouille et en Sicile. Des monuments élevés hors de France ont pu servir d'intermédiaires entre les églises bourguignonnes ou champenoises et les châteaux impériaux du royaume de Sicile. L'histoire même de Frédéric II invite à chercher ces monuments vers l'Orient aussi bien que vers le Nord.

En 1228, Frédéric II partit pour la croisade, dont il avait longtemps retardé l'accomplissement. Dans l'île de Chypre, où il débarqua tout d'abord, et dans la Terre Sainte, il agit en maître, au milieu de la chevalerie française, comme tuteur de Conrad, le fils qu'il avait eu d'Yolande de Brienne et qui, à la mort de sa mère, se trouvait héritier du royaume de Jérusalem. Dans ce voyage, l'empereur vit des églises et des châteaux français à Nicosie, à Saint-Jean-d'Acre, partout où les rois, les seigneurs et les ordres religieux ou militaires avaient bâti. Frédéric II n'était pas encore revenu à Brindisi que déjà la féodalité du royaume de Jérusalem s'était soulevée contre les « baillis » impériaux et contre tous les chevaliers qui avaient pris le parti de l'empereur: comme des Italiens d'Apulie, — l'ancien thème de Longobardie des Grecs, — s'étaient mêlés à eux, on les appela les « Longobards ». Une guerre acharnée s'engagea ; elle se termina par la défaite complète des Impériaux. Philippe de Novare, le chevalier chroniqueur qui a raconté les Gestes des Ghyproh, put écrire : « Adonc fut desracinô et arraché le pesme ni (pessimus nidus) des Longuebars, si quonques puis n'orent pooir en Sirie ni en Chypre '. »

Les vaincus furent exilés : la plupart d'entre eux sont comme rayés des annales de l'Orient latin au lendemain de la sentence prononcée par la haute cour de Nicosie. Mais voici que plusieurs de ces Ghyprois reparaissent en Apulie, où Frédéric II leur a octroyé des terres et des seigneuries, en échange de leurs biens confisqués. Aimeri Savarin est seigneur de Palo et de Bitetto; Hugues Chabot reçoit Grumo; Philippe Chinard.le mieux partagé de tous, a le comté de Conversano, avec la ville d'Acquaviva ; autour de lui se groupent son frère Guillaume Chinard, seigneur d'Auricarro, et son neveu Jean. Depuis Ostuni jusqu'à Andria, la majeure partie de la Terre de Bari, moins le littoral et les ports, a pour maîtres des Français venus de l'Orient latin.

Ces étrangers, et Philippe Chinard à leur tète, ont laissé leurs noms dans l'histoire du royaume de Sicile ; deux d'entre eux ont même laissé en Pouille des monuments, qui sont des fortifications et des châteaux. Philippe Chinard avait fait œuvre d'ingénieur militaire en Chypre lorsque, jeune encore, il avait défendu, au nom de l'empereur, les châteaux de Cantara et de Chérines. En 1249, le comte de Conversano, nommé conseiller du royaume, en l'absence de l'empereur appelé en Lombardie, donna le plan d'un ouvrage avancé qui fut élevé devant le château impérial de Trani, du côté du couchant, par les soins de

I. Sur ces faits et sur tous ceux qui suivent, on peut voir ma thèse latine : De Gallis qui sweulo xiii" a parlibus Ironsmariais in Aputiam se contulentnt.

deux architectes locaux, Stefano de Trani et Romoaldo de Bari. C'est ce qu'apprend une inscription pompeuse gravée au-dessus de la poterne haute :

CESARIS IMPEFUO DIVINO MORE TONANTE

Page 1