‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 390 sur 433 · QUOQUE M AGI S FIERET STUDIIS IIEC FAMA TRANENSIS · texte numérisé non relu

QUOQUE M AGI S FIERET STUDIIS IIEC FAMA TRANENSIS

PROFUIT MIS, ROMUALDI CURA BARENSIS.

ANNO INC. I. C. MCCXLIX. INDIC. VII '.

Quelques années plus tard, au mois île septembre 1255, un autre Qkyprois, Aimeri Savarin, fonda à Palo del Colle un château destiné à sa propre défense -.

Les deux édifices militaires bâtis clans la Terre de Bari par deux Français d'outre-mer peuvent-ils éclairer le problème que pose Castel del Monte, élevé pour l'empereur? Après que l'architecture religieuse de style bourguignon eut pénétré à Barletta et à Matera en revenant de l'Orient latin, l'architecture civile de style français a-t-elle été introduite en Fouille, de manière analogue, par des Ohyprois qui avaient fait la guerre des « Longobards »? Du château de Palo, il ne reste pas pierre sur pierre; l'inscription même qui nomme le fondateur, Americus Cyprensis, n'est plus connue que par une copie. Quant à l'ouvrage bâti sous la direction de Chinard, ce n'est qu'un mur sans caractère ; la porte en tiers-point, au-dessus de laquelle est encastrée l'inscription, n'a ni sculptures ni moulures (fig. 339 1. Cet ouvrage n'a été ajouté au château de Trani qu'un an avant la mort de Frédéric 11 ; le château de Palo a été bâti sous le règne de Conrad et la régence de Manfred. Quand Philippe Chinard donna un dessin pour une forteresse apulienne, Castel del Monte était achevé. D'ailleurs l'histoire de la petite colonie de chevaliers français qui s'établit en Apulie après 1230 ne peut expliquer d'une manière directe et certaine l'apparition des châteaux français fondés à Syracuse et à Catane par Frédéric II.

L'étude comparative des châteaux de Frédéric II et des monuments de l'Orient latin ne conduit elle-même à aucun résultat décisif. Dans les édifices français de Chypre et de Syrie, les détails caractéristiques, c'est-à-dire les détails orientaux qui modifient les formes françaises, sont exceptionnels. Il en est un qui doit être noté : la cathédrale de Nicosie est couverte non pas d'un toit à pignon aigu, mais d'une terrasse établie sur les voûtes d'ogives de la nef et du chœur1. Castel del Monte est couvert d'une terrasse iden-

1. Cette inscription, qui a échappé à Schulz, a été copiée pour la première fois par M. l'ingénieur F. Sarlo et publiée par G. Belthani (Cesare Lambert;, I, p. 348). Les deux érudits de Trani ont transcrit les deux derniers mots de l'avant-' dernier vers en un seul mot : Carabarensis, qu'ils ont pris pour le nom de famille de Romoaldo.

2. Voir dans ma thèse latine (p. 23) la copie de cette très curieuse inscription, corrigée d'après le texte publié par Gabbuba, Série iritka dci Pastori barcsi; Bari, 1820, p. 885.

3. EnlàBT, l'Art gothique et la Renaissance en Chypre, II, pl. I et IV.

tique. Le rapprochement aurait une importance capitale s'il n'était manifeste que l'architecte du château apulien a établi ses terrasses tout exprès pour recueillir l'eau do pluie et la distribuer entre les citernes souterraines ou suspendues. Il a pu s'aviser de cet expédient sans connaître les églises de Chypre. En vérité l'Orient latin ne possède aucun édifice qui puisse être présenté comme un prototype de Castel del Monte1. Les châteaux de Cantara et de Chérines,que Philippe Cbinard avait défendus en Chypre, au nom de Frédéric 11, sont de construction épaisse et rude; leurs salles sont couvertes de voûtes en berceau et non de voûtes d'ogives9.

Frédéric II a pu connaître l'art français dans d'autres pays que ceux qui étaient soumis à la loi française des « Assises » de Jérusalem. L'architecture de la Bourgogne, de la Champagne et de l'Ile-de-France, bientôt suivie par la sculpture des ateliers de Paris, do Chartres et de Reims, avait fait, avant 1240, la conquête de plusieurs villes de l'Empire germanique. La cathédrale de Limbourg sur la Lahn imitait celle de Laon ; la cathédrale de Trêves, l'église de Saint-Yved de Braines; Saint-Géréon de Cologne, la cathédrale de Soissons :!.

Si l'on voulait soutenir a -priori que Frédéric II a pris dans son propre Empire l'architecte qui s'en est allé travailler aux châteaux de Pouille et de Sicile, la thèse aurait au moins pour elle les dates. Castel Ursino, à Catane, et Castel del Monte, dont les dates sont connues, ont été commencés l'un en 1239, l'autre en 1240. De 1235 à 1237, Frédéric II, appelé au delà des Alpes par la rébellion de son fils Henri, avait parcouru les pays germaniques depuis le Rhin jusqu'au Danube. A Worms, il avait vu l'église Saint-Paul presque achevée. Sa curiosité d'artiste a dû être attirée par cet art nouveau dont les principes étaient enseignés en Allemagne par les maçons du pays rhénan ou de la Saxe, qui avaient été chercher de l'ouvrage dans les chantiers de Laon, de Soissons ou d'Amiens, et qui rapportaient chez eux, avec des formules et des croquis, toute une langue technique dont les mots étaient français '*.

Il est incontestable que certains détails d'architecture et de sculpture françaises se trouvent reproduits à la l'ois dans une salle de Castel del Monte et dans une cathédrale française. Les bases des colonnettes de marbre cipollin ont le même profil que celles du cloître cistercien d'Heiligenkreuz-', et les branches d'ogives du premier étage le même profil que celles de l'église de Brombach, dans le grand-duché de Bade". Les consoles qui sup-

1. fi. Rey, Elude sur les monuments de l'architecture militaire des Croises, Paris, 1871. S. Enlaut, oui', cité, II, p. 502 ; pl. XXXIII et XXXIV.

3. L'histoire de l'influence française sur l'art allemand a été exposée en France dans une magistrale étude de M. Dehio que j'ai eu l'honneur de traduire et de lire au Congrès d'histoire comparée de 1900 (Rente archéol., 1900, II, p. 204-219, Annales internationales d'Histoire ; Congrès de 1900; Paris, 1902, p. 151-157).Les conclusions de cet article ont été développées l'année suivante dans le grand ouvrage île MM. Dehio et Bezold, Die Kirch. Baukunst des Abendlandes, II, n, p. 249 et suiv.

4. Voir la description du trône de Dieu dans un poème allemand de la Rédemption (Eitelbedeb et Ilc, Quellenschriften zur Kunstgesehichte, nouvelle série, VII ; cité par Dehio et Bezold, II, n, p. 233-236).

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