Dehio et Bezold, pl. 300, n°« 10 et H
0. A. von OEchïmaosbr, Die Kumtdenkmàler des Grossherzogsthum Daden, Fribourg-en-Brisgau, 1896, IV, p. 50 et suiv. Cette église a été consacrée en 1222 ; la sculpture des chapiteaux est encore toute romane.
FRÉDÉRIC II ET L'ARCHITECTURE FRANÇAISE 745 portent les ogives dans les petites salles octogonales des tours ont la même forme de pyramides renversées que celles qui portent les ogives bandées sous la coupole de l'église Saint-Paul de Worms'.Les chapelles funéraires (Todten-Kapellen)', construites, vers 1250, à Harlberg, en Styrie, et à Tullon, en Autriche, sont des édifices de plan circulaire ou polygonal à deux étages qui, avec leurs coupoles sur branches d'ogives, ressemblent singulièrement aux tours de Caslel del Monte2. Une tête de feuilles sert de clef de voûte dans la crypte de la cathédrale d'Iéna 3. Les lions qui, à la grande porte de Castel del Monte, s'avancent au-dessus des chapiteaux et supportent l'archivolte, se retrouvent, à la même place, sur plusieurs portails d'églises allemandes du xiue siècle, notamment à la Porte d'Or de Freiberg.
Ce sont là des ressemblances de détail : dans le nombre des églises germaniques bâties avant 1210, il n'existe pas un seul édifice oii les formes françaises aient gardé la pureté que leur a laissée l'architecte inconnu de Castel del Monte. Pour préciser les comparaisons. l'Allemagne ne possède pas un château de Frédéric II qui soit aussi richement décoré et aussi bien conservé que le château de Frédéric Barberousse à Gelnhausen, bâti plus d'un demisiècle avant Castel del Monte4. En France môme, Philippe-Auguste n'a laissé aucun monument qui puisse être directement comparé au château qui se dresse encore sur une colline de la Terre de Bari.
Castel del Monte reste, dans l'art du moyen âge, une merveille unique. La patrie de son architecte sera sans doute à jamais inconnue ; mais les caractères de son architecture sont distincts : leur témoignage ne peut être récusé. Castel del Monte atteste, d'accord avec Castel Maniace, que l'architecture française, venue soit d'Allemagne, soit de l'Orient latin, a été adoptée par Frédéric II pour la construction des châteaux de Pouille ou de Sicile qui devaient être, non pas de simples forteresses, mais des monuments d'art dignes d'un souverain artiste.
L'architecture française devient, au moins dans les dix dernières années du règne de Frédéric II, la forme commune et officielle de l'art impérial dans tout le royaume de Sicile. Elle exerce son influence dans la Terre de Bari, loin du monticule où s'élève Castel del Monte; elle est employée dans les châteaux impériaux de Basilicate et de Calabre, connue à Catane, à Syracuse et à Castrogiovanni. Dans l'une des tours carrées du château de Bari, une colonne qui portait une arcade au second étage est surmontée de la corbeille élancée