Hlillard-Rrkholles, ffist. diplom., V, 11, p
2. Napoli Wo6»% XII, 1898, p. 195 (dessin de M. E. Bïbnicii). lï. Voir plus haut, p. 694 et suiv.
4. Voir la liste des castra et domm de Uasilicate, publiée par Winkelmann [Acta Impcrii inedita, 1880, I, p. 777), et les remarques judicieuses de M. Fortunato (Il Castello di Lagopesole, Trani, 1902, p. 49-50).
5. I ISonumcnti mcdicvali delta regione del Vitlture, p. xx et les notes; Foutunato, Il Castello di Lagopesole, p. 90 et suivantes.
G. Foutunato, p. 132.
ville de Melfi et une immense étendue de forêts, à la famille Doria : le château de Lagopesole appartient encore au prince, qui réside à Rome el qui n'est représenté au milieu des paysans que par l'intendant chargé de lever les tributs.
Huillard-Bréholles et Schulz ont passé au pied du château, dont la masse rectangulaire s'élève encore au-dessus des masures d'un village sordide. Aucun d'entre eux ne semble avoir pénétré dans l'enceinte : l'historien français n'a vu sur la colline que de « belles ruines » ; Schulz n'a remarqué dans les murailles que « quelques fenêtres ». Troyli avait mieux regardé, en 1743, et noté des marbres précieux. En réalité, le monument dont le nom seul semblait avoir survécu est, entre les constructions militaires de Frédéric II, la plus grande et la mieux conservée.
Fie. 3fî9. — Château de lagopesole, ex basilicate,
Le château de Lagopesole a la forme d'un rectangle flanqué à ses angles de quatre tours peu saillantes (fig. 369). La porte en tiers-point s'ouvre entre deux tours rectangulaires, plus étroites que celles des angles. L'entrée était protégée par une herse, dont la rainure est intacte; elle est fermée par une porte ancienne, toute hérissée de clous. La porte franchie, un passage voûté en berceau conduit dans la cour. En face de l'entrée, une porte, entourée d'une moulure en zigzag, donne accès à la chapelle du château [fig. 370). Cette chapelle est une construction très simple, à une seule nef ; son abside, voûtée en cul-de-four et flanquée de deux petites salles, est enfermée dans une tour carrée, qui forme, sur l'un des côtés longs de l'enceinte rectangulaire, une saillie placée à égale distance des deux tours d'angle (fig. 369). Un mur épais, mené de la chapelle â l'entrée du passage qui suit la porte, divise la cour en deux parties inégales. Dans l'enceinte la plus étroite, qui est formée d'une simple muraille, se dresse un donjon carré, dont la porte, élevée à 8 mètres au-dessus du sol, était autrefois mise en communication avec la plate-forme du
large mur voisin de l'entrée au moyen d'un pont-levis que recevaient deux puissantes consoles (fig. 374). La cour proprement dite est entourée de hautes constructions qui, dès l'origine, ont été combinées pour l'habitation. Le corps de bâtiment qui s'adosse à la muraille d'enceinte, à gauche de l'entrée, se compose de deux étages. Le rezde-chaussée, voûté en berceau et tort bas, a dû servir d'écurie. L'étage supérieur était, selon toute apparence, une caserne; deux cents hommes, pour le moins, y pouvaient dormir. Les salles de cet étage étaient éclairées, du côté de la forêt et du lac, par
de larges fenêtres géminées, qui semblent être des imitations grossières des fenêtres de Castel del Monte1. De loin en loin, des consoles sculptées sont encastrées dans les parois intérieures des salles et se font pendant d'un mur au mur opposé. Au-dessus de ces consoles jusqu'au toit, le mur, crépi à la chaux, est nu. 11 est certain, cependant, que ces consoles portaient, deux à deux, de hautes arcades de pierre, bandées en travers des salles, et qui soutenaient les poutres du toit. Un arc de ce genre, dont l'intrados est tracé en tiers-point, se trouve encore suspendu sur'deux consoles très simples, dans une salle ruinée du château impérial de Bisceglie.
En face de la longue caserne, une autre s'élevait, à la suite de la chapelle; il ne reste de celte construction qu'une partie du rezde-chaussée, voûtée en berceau. Un dernier corps de bâtiment, adossé à l'enceinte, du côté du sud, s'élevait perpendiculairement aux deux casernes. Cet édifice était coupé en deux étages, comme les logements militaires ; le rez-de-chaussée était séparé du premier étage non pas par une lourde voûte, mais par un plancher que supportaient des arcs établis sur des consoles; à l'étage supérieur, les arrachements de l'une des arcades transversales sont encore visibles sur le mur, qui n'a pas été crépi. La porte de ce bâtiment, l'encadrement de deux grandes fenêtres qui s'ouvrent sur la cour, les consoles même encastrées dans l'intérieur des salles sont eu marbre rouge du pays. La richesse des matériaux atteste plus clairement encore que l'ordonnance des deux étages que, de ce côté de l'enceinte opposé au donjon des suprêmes défenses, était placé le falatium préparé pour la résidence de l'empereur.
I. La salle. placée du côté de l'entrée a été moroelée par des cloisons modernes et sert d'habitation à l'intendant du prince Doi ia.
Fig. 370. — Poutail de la chapelle du cuaïeau de lacoi'esole.
Dans ce château de guerre et de chasse apparaît plus d'une réminiscence de Castel del Monte. Le marbre rouge du palatiiun, trouvé sur le plateau de Basilicate, fait penser à la brèche extraite de la colline des Murgie. La porte de la chapelle, avec sa moulure en zigzag, est inscrite dans un cadre surmonté d'un fronton triangulaire [fig. 370), qui est celui d'une porte de la cour de Castel del Monte '. Les branches d'ogives qui se croisent au-dessus d'une petite chambre, dans l'angle sud-est du palaliwn et sous la haute voûte qui couvre la salle carrée du donjon, ont le même profil que les ogives du château d'Apulie. L'archivolte de la porte du donjon est appareillée en crossettes, exactement comme la porte monumentale de Castel del Monte : la rencontre est d'autant plus remarquable que l'artifice de construction est plus rare. Au-dessus de la porte du palalium un bas-relief de marbre blanc représentait un cavalier nu, plus petit que celui de Castel del Monte. Au-dessus de la porte du donjon, deux têtes de femme et d'homme s'avancent en haut relief (fig. 371) : elles ont le même modelé vigoureux et vivant que la tète de faune imitée d'une terre-cuite de Ruvo. Les consoles, soit clans le palàtium, soit dans les casernes, imitent pour la plupart des chapiteaux à crochets. La disposition même des arcades en travers des salles était peutêtre un emprunt fait à l'art du Nord. L'architecture monastique des Cisterciens a pu suggérer l'emploi de cet artifice de construction à l'architecture militaire : la salle qui ressemble le plus en Italie aux casernes de Lagopesole est le dortoir de l'abbaye de Fossanova".
Cependant le détail de l'architecture et des sculptures est moins purement français dans le grand château de Basilicate que dans les salles de Castel del Monte. Les archivoltes des grandes fenêtres ont leur clef très visiblement surhaussée, comme l'arcade de l'ancienne porte du château de Bari. Les crochets qui se recourbent sur les consoles de pierre ou de marbre encastrées aux murs ont des liges plus massives; ils terminent des bouquets de feuilles moins épanouis et plus sèchement découpés (fig. 372 et 373). Une des consoles est comme enguirlandée d'un lacis de branches de chêne, parmi lesquelles se jouent des oiseaux et deux petits oursons (fig. 374). Les feuilles de chêne que le sculpteur a
Fiu. 371.
Donjon du château de lagopesole.
1 . IIiiill \ RD-I>n t n< tLLK- , Monuments des Normands et de la dynastie de Soaabe, pl. XXVII. Cette porte est représentée plus haut, sur la ligure :tbO (p. 724).
2. Bnu ht, Origines françaises de l' architecture gothique en Italie, p. 103, lii,r. 32.
prises pour modèle sont celles du nrro trapu qui abonde dans les forêts voisines du lac de Lagopesole. Des artistes apuliens ont certainement travaillé dans le château isolé au milieu des plateaux inhabités de la liante Basilicate; ces artistes ont appris, — avec quel maître, on ne sait, — à copier les formes stylisées de la décoration française et à s'inspirer euxmêmes des végétaux vivants de leur pays natal1.
Dans l'été de l'année 1250, Frédéric II revint une dernière fois à Lagopesole. Quelques mois plus tard, il mourait au château de Fiorentino, près de la citadelle de Lucera, où veillait sa garde musulmane. Son corps fut transporté, suivant ses dernières volontés, à Palerme, dans la capitale normande où l'empereur n'était pas revenu depuis de longues
années. Le plus grand des Hohenstaufen repose, près de son père Henri VI, de sa mère Constance et de son aïeul Roger, dans un sarcophage de porphyre, abrité sous un dais de porphyre, et pareil aux tombeaux de ses ancêtres maternels, les i-ois de Sicile2; l'archevêque de Palerme, Berardo, à qui le testament de Frédéric H léguait 500 onces d'or pour la réparation de sa cathédrale, avait fait élever le tombeau impérial. D'après une tradition, ce tombeau aurait été apporté de Cefalù, où il avait été préparé pour un roi normand. A la fin du xvm' siècle, l'énorme couvercle de marbre fut levé. Le tombeau renfermait trois corps superposés : l'un étail celui du roi Pierre II d'Aragon, mort en V3A2; le second était un cadavre inconnu; le troisième était la momie de l'empereur. Frédéric 11 avait au front une couronne fleuronnée pareille à celle que porte son effigie sur Vaugustale de Vienne3. Il était vêtu d'un costume italien fait d'étoffes orientales pareilles à celles que portaient les rois normands. L'orfroi de son manteau de soie cerise était orné d'oiseaux à deux têtes; sur ses sandales étaient brodés des cerfs. Les manches de l'aube de lin étaient entourées d'une inscription coufique4. L'épée, déposée dans le sarcophage de porphyre, à côté
1. Ala limite Je la Basilicate et de la Terre do Barî, Frédéric 11 avait fait bâtir un cliàleau sur une colline proche de Gravina. Cet édifice, d'après le chroniqueur florentin Villani, aurait été accompagné d'un parc pour les oiseaux de fauconnerie (Voir plus loin, p. 709, n. I). Le château de Grarina se compose en effet d'une enceinte basse, de plan rectangulaire, qui n'est qu'un mur de clôture, et non une muraille de défense, et d'un palatium, bâti en pierres de grand appareil sur toute la largeur d'une face de l'enclos (Sdhdlz, 1, p. 139). 11 ne reste de l'habitation impériale que les quatre murs; aucune trace de voûte n'est visible. Sur la façade du palatium s'avançait, au premier étage, un balcon d'où la vue dominait au loin le vallon de Gravina et les croupes des Murgie.
2. ..... Item staluimûs quod si de pnesenti infirmitate nos mori contigucrit, in majori ecclesia Panormitana, in qua dm ■mperatoris Henrici et divas imperatricis Conslanciœ parentum nostrorum memoriœ recolemhe tuinulala sunt corpora corpus nostrum debeat sepeliri «[Testament tic Frédéric II; MuKATORl-, IL I. S., IX, p. 663).
3. F. Danibli, J reijali scpolcri dcl Duomo di Palermo riconosciuli e illustrât!, Kaples, 1784, in-f°; p. 98-103, pl. O-fi.
4. Ce vêlement avait été envoyé à Othon IV par un parti de Sarrasins, lorsque l'empereur allemand s'était avancé
du globe rempli de terre, avait un ceinturon de soie cerise aux ferrements d'or ciselés par un ouvrier musulman.
11 ne restait de Frédéric II en Italie que ses viscères, arrachés pour l'embaumement ; ils avaient été déposés à l'entrée de la collégiale de Foggia dans un tombeau en miniature, surmonté d'un dais porté par quatre colonnettes de vert antique et qui était sans doute une réduction des mausolées royaux de Palerme1. L'art sicilien de. la dynastie normande, qui avait charmé l'enfance de Frédéric II, entourait de ses magnificences archaïques les deux tombeaux de l'empereur, en Sicile et en Apulie. Cet art à demi oriental, qui resta fidèle à Frédéric II après sa mort, comme les musulmans de Lucera, Frédéric l'avait presque oublié dans ses longs séjours sur le continent italien. II n'eut, semble-t-il, ni à Foggia, ni à Capoue, un palais « moresque » dans le goût fantasque et charmant du palais que Nicola Rufolo se bâtit au bord du golfe de Salerne, sous le règne de Charles d'Anjou. La polychromie byzan- FlG- 373- - Comm* "< étage du «nu
DE LAGOPESOLE.
Une et musulmane n'était représentée à
Castel del Monte que par un lambrissage de marbre poli et par quelques incrustations de faïence verte et d'émail bleu : les arcs entrecroisés, les coupoles godronnées, les voiites à
stalactites n'ont pas trouvé place dans les châteaux de l'empereur.
Frédéric avait commencé par employer simplement à la construction du palais de Foggia et des forteresses de la côte apulieunc, comme à la construction de la basilique d'Altamura, les artistes qui avaient travaillé aux grandes cathédrales de la Terre de Bari. Vers sa trentecinquième année, il rêvait déjà d'un art nouveau, dont l'Apulie, pas plus que la Sicile, ne lui donnait les modèles, et qui serait en quelque manière une création de son génie. L'Empire romain lui offrait un idéal politique et artistique qu'il se sentit capable de réaliser. En 1231, il fit frapper les premières augustales; en 1233, il jeta les fondements
jusqu'en Pouille, pour enlever le royaume de Sicile au jeune 01s de l'empereur Henri. Après la retraite de son compétiteur et sa propre élection à l'Empire, Frédéric II avait gardé l'aube sicilienne comme un trophée; il en lut revêtu sur son lit de mort.
t. Ce petit tombeau lut détruit, ave; une partie de la façade de l'église de Foggia, par le tremblement de terre de 1731 (Cf. Sciiulz, I, p. 211, n° 1).
de In porte triomphale de Capoue : quand sa propre statue et les bustes de ses ministres furent installés vers 1239 au-dessus de l'arche de marbre, l'empereur avait ressuscité en Italie la statuaire antique de portraits. Cependant Frédéric II, malgré sa prédilection de collectionneur et de créateur pour l'art gréco-romain , ne songea point à se faire construire des palais imités des ruines d'un Palatin. Dans son château de Castel del Monte, commencé en 1240, l'antiquité n'est rappelée que par quelques détails de sculpture et de décoration architecturale. L'édifice entier, avec son plan, ses voûtes, ses piliers, ses chapiteaux, est en Italie le premier monument d'architecture française qui ne soit ni monastique, ni ecclésiastique. Lorsque autour de Castel del Monte se sont groupés les châteaux de Lagopesole et de Cosenza, ceux de Castrogiovanni, de Syracuse, de Catane, il est impossible de méconnaître le goût personnel de l'empereur pour le style champenois et bourguignon. Peut-être cette intelligence ouverte à tant d'idées nouvelles voyait-elle clairement que l'architecture française du xui" siècle avait réalisé le plus grand progrès qui eût été tenté dans le domaine de l'art depuis la fin de l'art antique.
flg. 37o. — " tète de feuilles » en clef de voute. Castel del monte.