‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 394 sur 433 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les châteaux habités par Manfred : Lagopesole et Palazzo San Gervasio. Ces deux châteaux ont été bâtis par Frédéric II.

— La destruction d'Aquila et la fondation de Manfredonia. — Le fils de Frédéric II n'a joué aucun rôle dans l'histoire de l'art de son temps. Après sa mort, l'art impérial est continué dans l'art provincial.

I. — L'art apulien. — Anseramo de Trani, le protomayistcr du palais d'Orta. Ses derniers ouvrages. — Tombeau des enfants de la famille Falcone, à Bisceglie. Porte de l'ancienne collégiale de Terlizzi; fragmentd'un tombeau à Terlizzi. Restes du ciborium de la cathédrale de Bari. — Tabernacle et ambon de la cathédrale de Barletta, œuvres anonymes.

— Pîelro Facilolo de Bari, sculpteur du tombeau de Riccardo Falcone, à Bisceglie.

IL — L'architecture française. — Imitations locales de l'architecture étrangère adoptée pour la construction de Caslel del Monte. Piliers et ogives d'une église de Corato, voisine du château de Frédéric IL — L'église double de San Guglielmo al Golfito ; l'église supérieure (1247-1250), imitée de Castel del Monte. — Maître Melchiorre de Montalbano, auteur du portait et de la nef de la cathédrale de Rapolla(i25;ï) : il a sans doute travaillé à Lagopesole ; l'église du Goleto peut lui être attribuée. — Au temps de Charles Ier d'Anjou, Giordano et Marrando de Monte Sant'Angelo élèvent dans leur ville natale un campanile qui est la copie de l'une des tours de Castel del Monte.

III. — L'imitation de la sculpture antique : les bas-reliefs. — Les sculptures de maître Peregrino dans la cathédrale de Sessa (vers 1270) : candélabre du cierge pascal et reliefs do l'ambon, L'histoire de Jonas. Étude de l'antique et du modèle nu. Peregrino et l'école de Capoue : la ville de Ninive personnifiée à la manière de la ville représentée sur la porte triomphale. — L'ancien art campanien et l'art impérial réunis à Sessa. — Les sculptures du porche. Histoire de saint Pierre en Orient et à Rome, d'après les Actes authentiques et apocryphes. Représentation des Mois. Les figurines; le décor. Buste de la ville de Césarée; arcade ornée de deux bustes, comme la porte de Capoue. — Fragments de l'ambon de Gaète. — Reliefs de l'ambon de Sauta Restituta, à Naples. Les saints cavaliers. Histoires bibliques : Joseph, Samson; martyre de saint Janvier. Ces reliefs sont du même style et probablement de la même main que l'histoire de saint Pierre, sculptée sur le porche de Sessa. Détails d'architecture et de mobilier. L'art impérial de Campanie et la Renaissance.

IV. — La sculpture de ronde bosse. Le buste de Ravello; son histoire; ses historiens. — Sigligaita Rufolo ou Anna délia Marra. — Ce buste est l'œuvre du sculpteur qui a signé l'ambon, Nicola di Bartolommeo de Foggia. — Le buste et les deux profils en bas-relief. L'un de ces profils est celui de Nicola Rufolo; l'autre, celui de Sigligaita. — Le buste n'est pas à sa place primitive. Buste du môme style retrouvé à Scala et conservé au Musée de Berlin, impossibilité de deviner la destination première de ces deux bustes et le nom des deux femmes représentées. Ces deux bustes sont des portraits ; ils doivent être rangés parmi les œuvres de Part impérial. — La dernière œuvre qui relève de cet art : l'ambon de Teggiano (1279). Le maître Melchior qui a signé cet ambon doit être identifié avec Melchiorre de Montalbano. La fin de la Renaissance du xme siècle dans l'Italie méridionale.

Le fils légitime de Frédéric II, l'empereur Conrad, n'eut pas le temps de s'établir dans L'un des châteaux que son père avait bâtis en Campanie et en Apulie. II dut reconquérir le royaume de Sicile, soulevé par le pape contre la « race d'Hérode ». Une fièvre pernicieuse le prit en Basilicate ; il mourut à Lavello, non point, semble-t-il, dans la domits impériale qui se trouvait là, mais dans le camp où son armée était réunie. Manfred, le frère naturel de Conrad et le fils bien-aimé de Frédéric If, assuma avec une fière audace de prince adolescent la redoutable succession des Hohenstaufen en Italie. La guerre qu'il eut à soutenir contre la papauté et dans laquelle le frère de Louis IX intervint pour

frapper les derniers coups laissa au fils de Frédéric II quelque répit; il put mener la vie de poète et de musicien, de philosophe et de lettré, de cavalier et de chasseur, dont il avait pris l'habitude à la cour de L'empereur que lui-même appelai!, en son beau latin, divus Augustus. Manfred s'occupa avec le même intérêt de traduire de l'hébreu un livre d'Aristote' et d'enrichir de notes le traité de vénerie que son père lui avait dédié". Le séjour qu'il préféra, soit tandis qu'il exerçait la régence, soit après qu'il eut pris la couronne, fut la Basilicate. Il revint toujours avec joie vers Lagopesole, ce lieu de délassement où il trouvait, dit un chroniqueur, l'abondance du gibier, la fraîcheur des sources et le calme des forêts3. Dans les années de trêve, le jeune prince ne quitta guère le grand château de guerre, où un palatkm. faisait face au donjon, que pour gagner, à une journée de cheval, une autre villégiature entourée de bois, qui était située entre Venosa et G ravina. Sur la colline de San Gervasio s'élevait un palais qui a laissé au bourg dont il a été l'origine le nom de Palazzo San Gervasio1. L'édifice a été plusieurs (ois remanié et recrépi ; cependant le dessin de la façade est encore distinct. Cette façade était flanquée de deux tourelles carrées ; cinq fenêtres étaient percées dans le mur au premier étage ; quatre étaient géminées; celle du milieu formait une loggia à trois baies, qui fait penser à la grande fenêtre de Castel del Monte5. De cette loggia Manfred voyait se développer la chaîne égale des Murgie; en face de lui le fortin de Garagnone gardait un ravin qui était le passage des hommes et des troupeaux entre la Basilicate et la Terre de Bari. C'est peut-être devant la façade étroite du palais de San Gervasio que la figure du beau prince aux cheveux blonds se dégage le plus distinctement du souvenir obsédant de l'empereur, son père. Cependant rien ne prouve que Manfred ait bâti le pavillon de chasse où il coula des jours heureux. San Gervasio était déjà, au temps de Frédéric II, un des sièges de l'administration des haras royaux, aratiarum Curix. Derrière le petit palatium, une cour était entourée de bâtiments moins hauts qui ont été préparés pour recevoir les chevaux : ce sont des écuries voûtées en berceau et un portique pour le pansage, qui rappelle celui du château de Bari.

Il n'existe dans l'Italie méridionale ni un château, ni une église dont la construction puisse être avec certitude attribuée à Manfred0. Le hasard de la guerre dirigea la colère

1. Huillaiid-Bbéholles, Monuments des Normands et de la dynastie de Souabe, p. 108, 114; appendice n« 4, p 169-170

2. Baron J. PicaoN, Bulletin du Bibliophile, XVI, 1804, p. 885 el suiv.

3. Manlredus rex... ad consuela solatia Lacuspensilis, qurc copiosavenationis habilitas, originalium fontium amœna fng^Ldaas^et placidi^situs nemorosa temperies grata reddunt, œslale succédante, revertilur » (Sam Malaspina, Mi iiatom,

4. ,, Ad quemdam aroomum locnm et venationis delectabilem, dictum Sanctum Gervasium » (Nicola m Jsms.lh)cf. Fobthnato, Il Castello cli Lagopesole, p. 70 et suiv. '

Page 1