‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 395 sur 433 · I Monumenti mediemli délia régime del Vullure, p. xvi · texte numérisé non relu

I Monumenti mediemli délia régime del Vullure, p. xvi

6. L'inscription qui commémore les grands travaux entrepris en 1260 au port de Salerne nomme le roi Manfred - mais le texte même montre que l'initiative et la direction de l'ouvrage appartenaient à Giovanni de Procida, ie puissant seigneur qui se flt représenter sur la mosaïque conservée dans l'une des absides de la cathédrale ( H ui ll a h d- Uhk h o llks Monuments des Normands, p. 131 ; Scuulz, II, p. 294). La seule mention d'une église fondée par Manfred se trouvait dans une inscription encastrée autrefois dans la façade d'une petite église votive de la Terre d'Otrante, Santa Maria délia

du prince de Tarente sur la ville d'Aquila, fondée par Frédéric II, et qui avait pris parti contre les Hohenstaufen : l'«Aigle» fut «déplumée » et ses restes livrés au feu1. Manfred essaya bien de fonder lui-même une ville à laquelle il voulut donner son nom; il réunit au bord du golfe dominé par le Mont Gargano les habitants de Siponto, peu à peu éloignés de la mer par les alluvions et menacés par la malaria. Mais, à la mort de Manfred, la ville naissante de Manfredonia n'avait encore ni enceinte, ni églises : c'est Charles d'Anjou qui lui donna ses monuments et ses fortifications, en lui laissant le nom du vaincu. Ce nom, porté par une ville, est le seul souvenir de Manfred qui resta attaché au sol du royaume de Sicile. Le fils de Frédéric 11 n'eut pas même un tombeau. Après la défaite de Bénévcnt, son cadavre fut abandonné auprès d'un pont romain et couvert d'un tas de pierres, — « xolto la guardia délia grave mora... ». Au bouL de quelques mois, les restes de l'excommunié furent arrachés de cette tombe de héros germain, transportés sur le rivage du Liri et jetés hors du royaume.

Manfred n'existe pas pour l'histoire de l'art, où son père tient, de même que dans l'histoire des idées, la place d'un initiateur. .Mais, sous les derniers Hohenstaufen et jusqu'après la conquête angevine, les formes d'art que Frédéric II avait favorisées ou développées lui survécurent. L'art impérial fut continué dans l'art provincial.

La plupart des artistes apuliens qui ont été employés à la construction des forteresses et des résidences de l'empereur n'ont laissé leur nom que sur des monuments profanes. Rien ne prouve que Bartolommeo de Foggia ait travaillé à la cathédrale de sa ville natale avant ou après l'achèvement du palais dont il fut l'architecte. Il est possible qu'un portail ou un chapiteau d'église soit l'œuvre de Melis de Stigliano, le sculpteur du portique du château de Bari, ou des deux maîtres de Trani et de Bari qui ont exécuté les plans donnés par Philippe Chinard pour un ouvrage avancé du château de Trani. Comme la décoration des châteaux de guerre élevés le long de la côte apulienne ne diffère pas sensiblement par le style de la décoration des églises contemporaines, la collaboration des architectes impériaux à une œuvre d'art religieux ne peut être établie que par un texte ou une inscription.

La petite église de Santa Margherita, à Bisceglic, est encore, avec les tombeaux groupés autour d'elle, un monument commémoratif de la famille Falcone, à qui appartenait son fondateur, un juge impérial du temps de Henri VI. Deux fragments des tombeaux ont

Neve, près de Gopertino : Deipare Marie Virginis ad Ntvcs regium Manfrcdus siemma regalefque ektrgitus redditus an. Uni 1233; — Manfrcdus, Tarenti prinreps, cornes Cupertiiti, Deiparx Vinjini ad Nivcsdicaeit an. 1233 (Aar, Gli studi storici in Terra d'Otranto, p. 301 ; d'après les actesd'une visite pastorale de 1718). La fausseté de cette inscription est grossière : en 1233 Manfred avait trois ans.

1. « Aquila plumis Qudata solo deprimitur, universis habitatoris:.. subito vacuata deserttur et... in combustionem et cibum ignis illico tradila sola sedet » (Suppl. anon. à Nicola de Jaïsilla; Miratori, Jt. 1. S., VIII, p. 383).

été transportés dans l'église. Trois tombeaux bien conservés sont encore adossés au mur septentrional de l'église et à un petit mur perpendiculaire à l'édifice ancien. Les écussons des tombeaux portent la silhouette du faucon héraldique, accompagné d'une étoile. L'un de ces monuments est étroit et simple; son dais, surmonté d'une singulière arcade en accolade, toute refouillée et ajourée, abritait le sarcophage de deux enfants :

HIC RECUBANT PUER! PARVO SUB MARMORE TECTI OUI SUNT IN REQUIE CEL1 PANE REFEGTI.

Une seconde inscription est encastrée dans le mur au-dessous de la première : en six vers prolixes elle faisait connaître la date du petit monument et le nom du sculpteur. Le millésime est en partie effacé; la signature est à peu près intacte :

annis millenis dis CE[nlum bisque tricenis ?]

BIS OCTO PAR1TER ELAPSIS M\cilSC

QUARTA SEQUEBATUR INDICIO QUO [tCmpOIV Cerlo\ ET DEUS ET HOMO CARNE.M DE VIRGINE [swnpsil],

ir'anum quem genuit doctor sculpere \peritus]

ANSERAMUS OPUS PRESENS FELICITER IMPLET1.

La date probable est celle de 1276: la quatrième indiction coïncide en effet avec cette année -. Quant au sculpteur, son nom et sa patrie ne laissent place à aucun doute. L'auteur du tombeau des enfants de la famille Falcone s'appelait An sera mo de Trani. Cet artiste avait été au service de Frédéric II : le nom d'Anseramo a été lu récemment sur une des pierres qui sont les seuls restes du château d'Orta.

L'architecte qui avait reçu de l'empereur le titre de protomagister a laissé dans la Terre de Bari d'autres œuvres de sculpteur. Il faut citer d'abord le portail de l'ancienne collégiale de Terlizzi, détruite au milieu du xvme siècle. Ce portail, dont les morceaux gisaient épars, a été recomposé en 18623 et encastré dans la petite église du Rosario. Sur le champ du tympan sont gravés deux hexamètres incorrects qui répètent à peu près textuellement la signature d'Anseramo sur le petit tombeau de Bisceglie :

TRANUM QUEM GENUIT DOCTOR SCALPENDO PERITUS ANSERAMUS OPUS PORTE FELICITER IMPLET.

1. Cette inscription a été publiée pour la première fois par M. F. Gabotto (Archivio slor. per le prov. napol., XX, p. 729). J'ai pu déchiffrer encore quelques mots; ceux qui sont ajoutés entre crochets n'ont laissé aucune trace sur la pierre; ils ont été restitués par conjecture ou par analogie avec d'autres inscriptions apuliennes du xme siècle.

2. M. Gabotto avait remarqué cette coïncidence et proposait d'ajouter après les mots dis centum les mots bis triginta.

3. Schulz n'a pas vu ce portail, qui élait encore en morceaux lors de ses voyages; Salazaro ne l'indique pas; l'auteur de la brochure Nella Terra di Bari (1898, p. b9) le reproduit d'après la photographie de M. Moscioni, mais ne mentionne pas l'inscription.

Un bas-relief qui occupe toute la largeur du tympan, au-dessous des deux vers, représente la Cène à la manière byzantine : les apôtres assis derrière une table en forme de sigma, à gauche de laquelle est assis le Christ. Sur le linteau plusieurs scènes évangéliques sont représentées à la file, comme sur le portail de Bilonto : Y Annonciation, le groupe minuscule des trois Mages sur leurs montures, la grotte de la Nativité, enfin la Crucifixion . Le double encadrement de feuillage disposé autour de la porte complétait la ressemblance du portail de Terlizzi et du portail de Bitonto, ressemblance qui était sans doute achevée, avant la destruction de l'ancienne collégiale, par un fronton saillant que portaient des colonnettes appuyées sur des lions. Cependant les deux têtes joufflues qui s'avancent pour soutenir le linteau ont la mine épanouie des «'marmousets» de Castel del Monte.

Les rinceaux qui, d'un côté, sortent de deux gueules de lions et, de l'autre, sont portés par deux figurines humaines, ne sont plus composés d'acanthe romaine; leurs fleurons ressemblent à de grosses fleurs de gueule-de-loup. Les deux archivoltes sont tracées en tiers-point; la clef est fortement surhaussée, comme celle de l'ancienne porte du château impérial de Bari (fig. 376).

A la collégiale de Terlizzi était adossé un tombeau fort riche dont un fragment a été conservé dans la prison

communale. Ce morceau comprend la plus grande partie du fronton, refouillé el ajouré dans un calcaire tendre. A côté des écussonsqui flanquaient le linteau, deux petites tètes imberbes s'avançaient; de leurs bouches sortaient des branches tortueuses, chargées de vigne touffue. Au-dessus du réseau capricieux des pampres, l'artiste avait disposé des bouquets de céleri dont les feuilles ondoyaient hors des rampants du fronton en vagues

Fig. 376.

PoilTF. DE L'ANCIENNE COLLÉGIALE DE TERLIZZI,

œuvre d'akseraxo DE TRANI.

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