L'ART
'ÉRIAL
régulières (fig. 377). Cet emploi de la plante vivante dans le décor sculpté rappellera les chapiteaux de Castel del .Monte, empanachés de touffes de finocchio, et la console de Lagopesole, tout enguirlandée do chêne. Mais le sculpteur apulien que la vue des modèles français a conduit à l'imitation de la flore vivante a réalisé une œuvre dont la bizarrerie est originale. Le nom de cet artiste a disparu, avec la majeure partie du linteau. Les lettres encore visibles de la plaque brisée laissent conjecturer que le tombeau de Terlizzi était celui d'une dame veuve ou parente d'un maréchal du royaume de Sicile. L'inscription se terminait par une signature1. Avant les mots : fecit hoc opus, l'unique lettre conservée est un T accompagné d'une apostrophe d'abréviation. Cette lettre est probablement
l'initiale du mol Tranensis, que précédait le nom <\' Anseramus.
Le portail que maître Anseramo a sculpté à Terlizzi n'est pas daté; le tombeau qui peut lui être attribué ne l'est pas non plus.
A Bari même, le sculpteur do Trani avait laissé une œuvre importante qui prouve que sa carrière d'artiste se prolongea jusqu'au temps de Charles II d'Anjou.
La cathédrale de Bari possédait, avant les déplorables remaniements du xvms siècle, deux tabernacles anciens, imités l'un et l'autre du tabernacle de Saint-Nicolas. Les chapiteaux qui sont le seul reste du tabernacle du maître-autel sculpté par Alfano de Termoli vers 1230 ont été étudiés plus haut. En même temps que ces chapiteaux, le musée provincial de Bari a recueilli quelques fragments d'un second tabernacle, autrefois élevé sur un autel secondaire dédié à saint Jean-Baptiste, devant l'une des absidioles2. Autour delà pyramide octogonale de marbre qui formait le couronnement de Pédicule, deux hexamètres orgueilleux nomment le sculpteur, qui est Anseramo de Trani :
IIAS ANSERAMUS TRANENSIS ORIGINE SCULPSIT SCULPTURAS SUMMUS QUI SCULPTOR IN ARTE HEEULSIt"!.
Deux chapiteaux de ce tabernacle, conservés au musée de Bari, sont curieusement
Fig. 377.
Fronton d'us tombeau attribué Prison de terlizzi.
A ANSERAMO DE TRAM.
" ..tnatcciONis MORTUA
VIRI MAGNIFICI,
..SICÎLIE MARESCALI.I ..T. FECIT HOC OPUS.
2. Ces fragments, comme ceux du tabernacle d'Alfano, ont été étudiés pour la première fois dans un excellent article de M. P. Fantasia (Annuario délit. Uituto teenko e nautico di Bari, VIII, 1889, p. 76 et suiv. ; avec plusieurs dessins)
3. Vou'le/Y,c-slmifc publié par M. Fantasia (0g. 27). La copie donnée dans le texte est fautive : qui, pour oui an/e pour arte (p. 83). '
L'Art daks l'Italie Mekiuionale
I'l. XXXIII
réguliers /;„. :',77,. 6st emploi de ta plante vivant.- dans le décor sculpté rappellera les chapiteaux de Castel del Monte, empanachés de touffes de fmocchio; et la console de Ugopesofe, tout enguirlandée de chêne. Mais le sculpteur apulien'que la vue des modèles français a conduit à l'imitation de la flore vivante a réalisé une œuvre dont la hizarrerie esl originale. Le nom de cet artiste a disparu, avec la majeure partie du linteau. Les lettres encore visibles de la plaque brisée laissent conjecturer .pu- I.- tombeau de Terlizzi était celui d'une dame veuve ou parente d'un maréchal du royaume de Sicile. L'inscription se terminait par une signature1. Avant les mots : fecit hoc bpm, Tunique lettre conservée est un T accompagné d'une apostrophe d'abréviation. Cette lettre est probablement
l'initiale du mot Tranensis, que précédait le nom A'Anseramus.
Le portail que maître Anse* ramo a sculpté à Terlizzi n'est pas daté; le tombeau qui peut lui être attribué ne I est pas non plus.
A Bari même, le sculpteur de Trani avait laissé une œuvre importante qui prouve que sa carrière d'artiste se prolongea jusqu'au temps de Charles II d'Anjou.
La cathédrale de Bari possédait, avant les déplorables remaniements du mu* siècle, deux tabernacles anciens, imités l'un et l'autre du tabernacle de Saint-Nicolas. Les chapiteaux qui sont le seul reste du tabernacle du maître-autel sculpté par Alfano de Termoli vers 1230 ont été étudiés plus haut. En même temps que ces chapiteaux, le musée provincial de Bari a recueilli quelques fragments d'un second tabernacle, autrefois élevé sur un autel secondaire dédié à saint Jean-Baptiste, devant l'une des ahsidioles Autour delà pyramide octogonale de marbre qui formait le couronnement de l'édicule, deux hexamètres orgueilleux nomment le sculpteur, qui est Anseramo de Trani :
Fig. 377. — Fronton n'OH tohiif.au attribué a anseramo de trani. Prison de terlizzi.
n AS ANSURAMUS TRANENSIS ORIGINE SCLXPSIT SCULPTURAS SUMMUS QUI SCULPTOU IN A RTE REI'ULSIT1.
Deux chapiteaux de ce tabernacle, conservés au musée de Bari, sont curieusement
..tfWftCÇlOflUJ MORTUA
VIIH MAOiMFICf,
..SlWl.lK MAHESCALM
..T. FECIT HOC ORL'S.
2. Ces fragments, comme ceux du tabernacle d'Alfano, ont été étudiés pour la première fois dans un excellent article de M. P. Fantasia {Aimwrio del R. Miluto teenico c nantico di Bari.ViJL, 1889, p. 76etsuiv.; avec plusieurs *mM
3. Voit lé fac-timik publié pat M. Fantasia (flg. 27). La copie donnée dans le texte est fautive : qui* pour ouitinte pour a rte (p. 83). '
Pl. XXXIII
TABERNACLE DU MAITRE- AUTEL DE LA COLLÉGIALE DE BARLETTA Fin du XIIIe siùcle.
ornés d'oiseaux et de mufles de chiens, mêlés à des entrelacs de feuillages dont les rameaux sont détachés de la corbeille avec l'habileté coutumière du maître de Trani. Ge travail est sans doute l'un des derniers qui aient été exécutés par ce bizarre virtuose du marbre: une inscription copiée par Beatillo et dont deux fragments ont été retrouvés était gravée sur l'architrave du tabernacle dont le couronnement portait la signature d'Anseramo. Cette seconde inscription nommait le donateur de Pédicule, l'archevêque Romoaldo, qui occupa le siège de Bari à partir de 1280 et célébra une nouvelle consécration de la cathédrale en 1292 '.
La collégiale de Barletta a conservé sous les voûtes angevines de son chœur un tabernacle d'autel qui donne une image approximative du tabernacle détruit d'Anseramo. A en juger par les arcatures en tiers-point qui unissent les petites colonnettes et par les baies ouvertes dans le toit de marbre, le tabernacle de Barletta est un ouvrage de la seconde moitié du xmc siècle. La richesse des tailloirs, ornés à profusion de fleurons, de rosaces et de tètes d'animaux en relief, l'entrecroisement fantaisiste des branches qui tressent une corbeille ajourée autour de la corbeille lisse du chapiteau, rappelleront les étonnantes créations de décorateur qu'Anseramo de Trani a signées pour la postérité. L'un de ces chapiteaux, avec ses palettes en éventail, a l'air copié d'après un modèle d'art musulman. Un autre, plus voisin de l'antique, est « feuillé » comme les chapiteaux de la cathédrale de Foggia et comme l'arcade du château dessiné par le
(. Voici le lexte Je cette inscription ; les Jeux fragments conserves sont en capitales :
Moribus et vi/a primis qui Cuisit ab «unis Claripcans twmen sancli moderamine vile.
Iloc e/fecil opus sancli sub honore Jamais Cui Genilor Geni/usque Dei, oui Yirgo sacrata
/VesbL bahexsis «OHualdus, slirpis avili Dent posl fata frui CEIOHTO soute b'eata.
(Beatillo, Sloria di Bari, p. 144 ; Fantasia, art. cité. p. 77.)
FlG. 378.
- AllBON DK LA COLLÉGIALE DE HA IlLETTA , REMANIÉ* AU XVIIIe SIÈCLE.
■protomagister Bartolommeo. L'exécution tout entière a une précision de ciselure qui contraste avec la touche large et grasse d'Anseramo. L'inscription dédicatoire gravée sur l'architrave ne porte qu'un seul nom : celui d'un donateur inconnu, appelé Alessandro (Pl. XXXIII)1.
L'artiste qui a érigé le tabernacle de la collégiale de Barletta a également sculpté les chapiteaux de l'ambon qui a été recomposé au xvnis siècle dans la net de l'église et a perdu sa forme ancienne. Primitivement Pédicule reposait sur six colonnes antiques ; peut-être avait-il la forme hexagonale de l'ancien ambon de la cathédrale de Trani-. Quatre des chapiteaux anciens se trouvent encore placés sous une caisse rectangulaire de marbre polychrome décorée de colonnettes (fig. 378). Deux autres ont été transportés, avec les
colonnes qui les supportaient autrefois, à droite et à gauche du trône de bois sculpté préparé pour l'archevêque de Nazareth, dans l'église où ses prédécesseurs avaient fixé leur résidence à la lin du xme siècle (fig. 379). Sur ces divers chapiteaux, le décor d'entrelacs se combine avec des crochets assez lourds; les tailloirs sont richement ornés ; l'un d'eux porte des guivres rampantes.
Il est impossible d'attribuer avec vraisemblance le tabernacle et l'ambon de Barletta à Anseramo de Trani. Les maîtres habiles ne manquaient pas. du temps de cet architecte-sculpteur, dans la Terre de Bari. L'un d'eux a laissé son nom, à côté de celui d'Anseramo, sur le plus grand et le plus orné des tombeaux de la famille Falcone. Ce monument est adossé à la façade latérale de l'église de Santa Margherita ; il a été érigé en mémoire du chevalier Riccardo. L'inscription encastrée dans le mur célèbre en vers pompeux les vertus du défunt et la richesse du monument1; mais elle n'indique aucune date. Les tailloirs chargés de sculptures, les petites têtes humaines qui font saillie sur l'architecture rappellent encore la chapiteau sculpté par Gualtiero de Foggia et ceux de la basilique d'Altamura. Les chapiteaux à crochets ont le galbe de ceux qui portent la signature d'Alfano de Tcrmoli. La surcharge d'ornements, les découpures bizarres, les petites rosaces ajourées dont le
370. — Chapiteaux provenant de l'asibon de la collégiale de bahletta.
*• dives alexandeb [lacune; architrave refaite] adobnant
BOC OPERA VIT OPUS CHRISTI OENITRICIS HONORE. (Schulz, I, p. 139.)
La tradition d'après laquelle le tabernacle ainsi que l'ambon proviendraienl de la villa détruite de Cannes est une légende puérile.