HOC OPUS EGREGIUM FEC1T MAGISTER PETRUS FACITULUS DE BARO
Le tombeau qui suit celui de Riccardo Falcono, du côté opposé au tombeau des enfants, porte la statue gisante de Basilio Falcone, qui vivait encore en 1297. Le type du tombeau apulien, avec son fronton ajouré, est désormais remplacé par des monuments de style français ou toscan abâtardi. Mais, sous le règne de Charles I" d'Anjou, l'art apulien, qui avait achevé d'enrichir sa fantaisie vivante sous l'influence de l'art composite créé par le goût de Frédéric If, avait eu encore pour représentants des décorateurs ingénieux dont l'histoire doit conserver les noms : Anseramo de Trani et Piotio de Bari3.
t. Sur la face opposée est représenté un ange assis.
2. Salazaro prétend avoir lu sur la porte du château de Bisceglie le nom de Petnis île Barolo (II, p. 18). Je n'ai pu retrouver cette inscription.
3. Peut-être ces deux artistes avaient-ils travaillé au palais élevé par les Falcone à un demi-mille de Bisceglie, en 1287. L'inscription de la porte était aussi pompeuse que si elle avait marqué l'entrée d'un château impérial (F. Cibotto art cité, p. 713).
Fie. 380. — Tombeau de iuccaiido falcone, a bisceglie. OFuviie de pibtro facitolo de bari.
L'architecture profane d'origine française, dont les formes pures sont encore faciles à reconnaître dans les plus magnifiques châteaux élevés par Frédéric II en Italie et en Sicile, exerça en Apulie et en Basilicate une influence qui s'est manifestée dans plus d'un monument d'architecture religieuse. A quelques milles de Castel del Monte, le maître apulien qui a voûté le porche de l'église de San Domenico a établi des branches d'ogives identiques
pour le profil à celles du premier étage du château sur des piliers ronds et bas qui ont les proportions de ceux du rez-de-chaussée, dans le même château. Seulement les bases sont revenues au tracé commun de la base « attique», et les chapiteaux, tout en conservant le galbe français, se sont couverts de feuillage et de groupes d'oiseaux d'une invention toute locale (fig. :581).
La petite église à voûtes d'ogives dont les restes sont encore visibles à Corato n'est pas dalée. Elle est sans doute contemporaine d'un édifice de même famille, l'église de San Guglielmo al Goleto, qui s'est conservée sans altération dans la solitude où mourut saint Guillaume de Verceil, non loin de la petite ville do Sauf Angelo dei Lombard] el des sources de l'Ofanto '.
Cette église est enveloppée dans un chaos de bâtiments monastiques du xvii" siècle, qui ne sont déjà que des ruines. Construite en pierre vive, elle a survécu à l'énorme église baroque dont la coupole s'est écroulée sur les murs de blocage. La disposition singulière de l'église ancienne apparaît clairement, que l'on regarde le chevet ou la façade : c'est un édifice à deux étages, dans le genre des Saintes-Chapelles. Chacune des deux églises superposées est partagée en deux nefs par deux piliers ronds placés sur l'axe du plan. L'église inférieure servait autrefois de sépulture aux abbés. Elle renferma, jusqu'à la suppression des bénédictins, en 1807, le tombeau de saint Guillaume, sur lequel était gravée la signature d'un maître Urso :
Hoc opus eximium Ursus Iabora\ il ; Istud suis digitis artifex paravit2.
1. Le monastère de Saint-fiuillaume est cité en 1192 dans le Liber censuum de l'église romaine sous le nom de Monasterium Sancli Salvatoris de Guilito (P. Fabre, le Liber censuum, p. 25 et n. 2). Une donalion fut faite a ce monastère par Iioger, comte d'Acerra, en 1167 (Uchblli, Italia saera, VII, col. 750). k. 2. G. Zixa rdelli, Viaggio storico-arlistico al reale mntuario di Montevergine, Naples, 1832, p. 173. Le sculpteur du
Fie. 381.
-PlLlEHS ET OGIVES DL" POU C1IE DE l'ÉCLIS DE SAN DOMENICO, A CORATO,
Tous les restes des saintes sépultures ont disparu : l'église basse est encombrée de matériaux de démolition. Elle avait deux absides qui ont été fermées et remplacées par un mur. Les deux nefs sont couvertes de voûtes d'arêtes qui reposent sur des piliers ronds placés au milieu du vaisseau et sur des pilastres d'une faible saillie engagés dans les murs latéraux. Les chapiteaux sont bas et fort semblables, pour le style des feuillages et des
KlG. -'f82. — InïKBIEL'R DR L^GLISE HAUTE DE SAN GUGLIELMO AL GOLETO (12;j0).
rosaces qui les décorent, aux chapiteaux de l'église de Santa Maria Maggiore, à Monte Sant' Angelo. qui est datée de 1 1 9S 1 . L'église basse du Goleto est probablement postérieure d'un demi-siècle au campanile qui s'élève derrière son chevet et qui, d'après la bizarre inscription de sa porte, parait remonter à l'année 1152-.
L'église supérieure, à laquelle donne accès un petit escalier de pierre adossé à la façade de l'église basse, est plus récente que cette dernière. Une inscription gravée sur le portail
tombeau de saint Guillaume est peut-être Urso de Canosa, qui avait laissé son nom sur le portail de San Paolo, à tiaudiano en Bosilicate ; Mgr Urso de Camtsio hoc opus fecit (Ughelli, Italia sucra, I, p. 930-931).