I. Stornaiçolo, ûrt. cite, p
le Magicien devait prendre son vol. Les assistants sont nombreux: derrière l'empereur assis, quatre hommes en tunique et en chlamyde; de l'autre côté, trois hommes, dont l'un a des moustaches et porte turban. Les deux apôtres sont en prière, tandis que Simon s'est élancé, porté par deux diables nus comme des génies antiques (fig. 390).
Les personnages qui suivent jusqu'au fleuron terminal n'ont pas plus de rapport avec l'histoire de saint Pierre que ceux qui leur font pendant sur le segment d'arc opposé. Un homme est assis, le front couronné; d'une main, il soutient son manteau dont les plis débordent de fleurs cueillies ; de l'autre, il élève un bouquet de fleurs. Devant ce roi mystérieux, quatre paysans marchent à la lile, portant une hotte pleine de fruits, un boyau, une bêche, un panier rempli de fruits arrondis comme ceux qui garnissent la hotte (fig. 391). Pour comprendre quelque chose à la signification de ces figurines, il faut rapprocher l'un de l'autre les deux personnages qui sont assis aux deux extrémités de la file qui est interrompue par le fleuron central. L'homme assis sous une arcade surbaissée qui représente l'intérieur d'une habitation est (ont encapuchonné de fourrure. Il présente ses mains à un foyer dont la flamme monte en torsade. C'est par une figurine toute semblable que les sculpteurs du Nord personnifient, dans leurs calendriers en bas-relief, le mois de Janvier ou celui de Février. Le prince assis en plein air, qui porte couronne et lient un bouquet, c'est le roi Printemps des mêmes calendriers, le mois de Mai. Les huit autres paysans rappellent les travailleurs des champs qui complétaient le calendrier en images sur les portails des cathédrales. 11 manque deux figurines pour compléter la série des douze mois ; la plupart des figures sont des silhouettes rustiques dont aucun attribut ne caractérise l'occupation. Mais les deux ligures opposées de Janvier et de Mai prouvent avec évidence que, pour combler une lacune laissée entre les deux périodes de l'apostolat de saint Pierre, en Orient et à Rome, le sculpteur s'est souvenu assez confusément de quelques images des Mois, analogues à celles qui se suivaient sur les chapiteaux du cloître de Santa Sofia, à Bénévent.
Quelques détails du décor dans lequel se groupent les figurines attestent que ce sculpteur était un Campanien qui travaillait vers le milieu du xme siècle : les coupoles godronnées qui surmontent le temple de Jérusalem et Pédicule placé entre la mort d'Ananie et la guérison d'Enée, la coupole entourée d'une série d'arcs entrecroisés, à côté de laquelle est assis le personnage qui représente un Mois d'hiver (fig. 392), imitent d'une façon sommaire l'intérieur et l'extérieur de la coupole élevée sur le sanctuaire delà cathédrale de Caserta Vecchia (fig. 392 et 283). L'homme au turban qui regarde la chute de Simon le Magicien peut être une silhouette de Sarrasin vue à la cour de Frédéric II ou de Manfred. Mais la plupart des costumes et des architectures ont des formes imitées de l'art antique. L'exécution des petits personnages aux têtes énormes qui sont les acteurs des Miracle» de saint Pierre et les images allégoriques des Mois est beaucoup plus grossière et plus molle que celle du Samson et de l'Adam. Cependant, si ces dernières figurines peuvent être attribuées à maître Peregrino en personne, les autres reliefs sont assurément l'œuvre d'un collaborateur ou d'un disciple de ce sculpteur. Dans l'histoire de saint Pierre, la ville de Césarée, représentée par un
édicule, est personnifiée, comme Ni ni ve dans l'histoire de Jonas, par un énorme buste de femme qui apparaît entre deux toits. L'auteur anonyme des reliefs de l'archivolte se souvient, comme Peregrino, de la porte triomphale de Capoue : l'arcade surmontée d'une coupole auprès de laquelle est assis l'homme qui se chauffe devant le feu du mois de Janvier est ornée de deux bustes qui se font pendant {fig- 392), comme ceux de Pietro délia Vigna et de l'autre ministre de Frédéric II.
Capoue a été probablement le centre vivant de l'école où se sont formés les sculpteurs qui ont décoré l'ambon et le porche de la cathédrale de Sessa. Cette école a laissé des œuvres depuis longtemps mutilées dans les deux villes dcGaète et de Naples. Il ne reste de l'ancien ambon de la cathédrale de Gaète que les deux rampes sculptées de l'escalier, qui ont été transportées sous l'arcade inférieure du campanile. Sur l'une de ces rampes, Jonas est
Fig. 391. Fig. 392.
Représentations des mois. PonciiE de sessa.
englouti par la haleine; sur l'autre, il est vomi par elle. Le corps du prophète, entièrement nu, est modelé avec moins de vigueur que les reliefs de l'ambon de Sessa; le monstre, énorme et puissant, a une queue de dragon, dont les écailles sont nettement ciselées; les ondulations de l'eau sont indiquées par de fines gravures.
La petite chapelle de Santa Maria del Principio, ouverte à côté du sanctuaire de Santa Restituta, la première cathédrale de Naples, contient deux plaques de marbre couvertes de reliefs, qui ont donné lieu à d'étranges erreurs '.- Ces plaques semblent avoir fait partie de deux ambons élevés dans le chœur de Santa Restituta; les anciens historiens des cathédrales de Naples ont répété que ces ambons provenaient de l'église de la Stephania, la seconde cathédrale de Naples. Les reliefs encastrés l'un en face de l'autre dans les parois latérales de l'obscure chapelle ont passé ainsi et passent encore pour des sculptures contemporaines du duché de Naples.
Chacune des deux plaques de marbre es! divisée en quinze compartiments, profonds comme les caissons d'une voûte romaine et encadrés de feuilles d'acanthe. Sauf sur la dernière file, les reliefs se suivent d'un compartiment à l'autre. Par une anomalie singulière, le récit procède de droite à gauche (Pl. XXXI V).
1. Dans son grand ouvrage sur le duché de Naples, Bartolommeo Capasso a reproduit ces deux plaques d'après une photographie médiocre (Pl. XIV et XV). Il cile, dans une note de son texte, les opinions des anciens auteurs sur la provenance des précieux fragments, sans formuler de conclusion (Monumcnta Xeap. Llucatus, I, 2e partie, p. 166, n. 4 et 167),
L'une des plaques est tout entière consacrée à l'histoire de Joseph '.
I. - Joseph en présence «le ses frères raconte à Jacob, son père, le songe qui lui promet la puissance.
II. - Jacob, assis sous un édieule à coupole, envoie Joseph garder les troupeaux avec ses frères. Le jeune homme sort, son bâton sur l'épaule; devant lui est assis un chien; un énorme oiseau est perché dans une volute d'acanthe qui tient la place d'un arbre.
III. - Joseph est abi mè dans la citerne; le groupe de ses frères va s'éloigner-
des moulons restent groupés devant la margelle.
IV. - Les fils de Jacob présentent à leur père la robe de Joseph teinte dans le sang d'un bouc; le vieillard, assis devant un édieule à deux frontons, déchire ses vêtements.
V. - Joseph est vendu aux Madianites, dont l'un porte un ample turban; le jeune homme, petit comme un enfant, est déjà juché sur le dos d'un chameau qui, près des hommes, a la taille d'un dogue.
VI. - Les Madianites revendent Joseph à Putiphar, eunuque de Pharaon; la femme de Putiphar se montre à une fenêtre de la maison.
VII. - La femme de Putiphar, assise sur sa couche dont les rideaux volenl saisit le manteau de Joseph ; le jeune Hébreu sort de la maison et s'échappe.
VIII. - Joseph, tenu par deux gardes, comparait devant Putiphar. La femme de 1 Egyptien montre le manteau comme une preuve de l'attentat.
IX. - Dans la prison, dont les tours et la coupole centrale sont ornées ,1e rinceaux sculptes, Joseph explique les songes de l'echanson et du panetier, tous deux à genoux
un versant le vin dans la coupe, l'autre portant la corbeille sur sa tète. Comme dans les songes prophétiques, un sarment ,1e vigne serecourbe au-dessus de l'échanson, et des épis se dressent au-dessus du panetier.
X. - Le Pharaon, couché dans un lit sur lequel s'agitent deux courtines voit en songe les vaches et les épis.
XL - Joseph, amené devant le trône du Pharaon au milieu des courtisans, explique le songe.
XII. — Joseph est promené dans un chai- royal à travers l'Égyptë.
XIII. - En prévision de la famine annoncée par le songe du Pharaon, Joseph fait amasser le blé dans les magasins et dans les greniers.
XI\ . — La coupe de Joseph est retrouvée dans le sac de Benjamin. XV. - Devant la porte d'un édifice, Joseph embrasse son père Jacob, qui vient en Lgypte avec tous ses fils.
"f> L'ART IMPÉRIAL
L'une des plaques est tout entière consacrée à l'histoire de Joseph i 1. - Joseph en présence de ses frères raconte à Jacob, son père, le songe qui lui promet la puissance.
H. - Jacob, assis sous un édicule à coupole, envoie Joseph garder les troupeaux avec ses frères. Le jeune homme sort, son bâton sur l'épaule; devant lui est assis un chien - un énorme oiseau est perché dans une volute d'acanthe qui tient la place d'un arbre
"I- - Joseph est abandonné dans la citerne; le groupe de ses frères va seloi-nerdes moutons restent groupés d&vant la margelle.
IV - Les (ils de Jacob présentent à leur père la robe de. Joseph teinte dans le sang d'un bouc; le vieillard, assis devant un édicule à deux frontons, déchire ses vêlements
V. - Joseph est vendu aux Madianites, dont l'un porte un ample turban; le jeune homme, petit comme un enfant, est déjà juché sur le dos d'un chameau qui, près des hommes, a la taille d'un dogue.
VI. - Les Madianites revendent Joseph à Putq.har. eunuque de Pharaon ; la femme de I utiphar se montre à une fenêtre de la maison.
VIL - La femme de Putiphar, assise sur sa couche dont les rideaux v„l,„| saisit le manteau de Joseph; le jeune Hébreu sort de la maison et s'échappe.
VIII. - Joseph, tenu par deux gardes, comparait .levant Putiphar. La femme de 1 Lgyptien montre le manteau comme une preuve de l'attentat.
IX. - Dans la prison, dont les tours et la coupole centrale sont ornées ,1e rinceaux sculptés, Joseph explique les songes de Iéchanson et du panetier, tous deux à genoux
un versant le v.n dans la coupe, l'autre portant la corbeille sur sa tète. Comme dans les -nges prophétiques, un sarment de vigne serecourbe au-dessus de leehanson. et des épis •se dressent au-dessus du panetier.
X - Le Pharaon, couché dans un lit sur lequel s'agitent deux courtines, voit en songe les vaches et les épis.
XL - Joseph, amené .levant le trône du Pharaon au milieu des courtisans, explique le songe. 1 1
XII. - Joseph est promené dans un char royal à travers l'Égypte.
XIII. - En prévision de la famine annoncée par le songe du Pharaon, Joseph fait amasser le blé dans les magasins et clans les greniers.
XIV. - La. coupe de Joseph est retrouvée dans le sac" de lien ja min.
XV. - Devant la porte d'un édifice, Joseph embrasse son père Jacob, qui vient ,,, Lgypte avec tous ses lils.
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nota
HISTOIRES DE JOSEPH, DE DANIEL ET DE SAMSON ; LES SAINTS CAVALIERS RELIEFS en' marbre conservés dans l'ancienne cathédrale de Santa Restituta, a Naples
Milieu du XIIIe siècle.
Sur la seconde plaque, les reliefs qui forment la Aie du milieu résument la vie épique de Samson en cinq épisodes. Le héros chevelu tue mille Philistins avec la mâchoire d'âne (6); au milieu du champ de bataille jonché de cadavres, il brandit les morts comme des massues (7); il lance des renards, qui ont à la queue un flambeau allumé, au milieu des blés de ses ennemis (8); Dalila fait couper les cheveux de son époux, dont les Philistins armés se saisissent (9); enfin Samson aveugle, dont les cheveux ont repoussé par miracle, avance, appuyé sur son bâton, vers la salle, du festin, dont l'enfant qui lui sert de guide lui indique l'entrée (10).
Au-dessus de l'histoire du héros biblique, le martyre de saint Janvier, le palron de Naples, est raconté suivant les actes rédigés au ix' siècle par le diacre Jean. Le premier épisode 1 1 ) est mutilé et indistinct, Dans le second compartiment, le saint, vêtu d'une tunique, est amené devant le juge Timothée (2). Saint Janvier est jeté dans une fournaise ardente, dont les llammes s'écartent pour atteindre les bourreaux (3); il est ramené, complètement nu, devant le juge (4); dans l'amphithéâtre de Pouzzoles, deux lions se prosternent à ses pieds (5).
Les cinq derniers compartiments m" 11-15) sont remplis par des images de saints qui forment un groupe, sans être alignés dans un ordre hiérarchique. Ce sont les saints cavaliers honorés par l'Église grecque : Georges et Théodore percent de leurs lances deux dragons, dont l'un a un mufle de lion, l'autre une crête de basilic; Démétrius a désarçonné l'hérétique Arius; Placidas bande son arc dans la direction du cerf dont les andouillers portent l'apparition miraculeuse d'un Emmanuel bénissant.
L'exécution de ces bas-reliefs a des finesses d'ivoire. 11 est probable qu'un coffret byzantin aura donné les modèles des saints cavaliers et du Christ imberbe au front énorme qui, entre les andouillers du cerf prodigieux, bénit saint Placidas. Mais on ne peut découvrir aucune ressemblance entre les scènes de l'histoire de Joseph qui se suivent sur les grandes plaques de Santa Restituta et les douze représentations du même sujet qui décorent le célèbre coffret de la cathédrale de Sens. Le sculpteur campanien qui a raconté les trois histoires de Joseph, de Samson et de saint Janvier, imite les marbres romains sans prendre pour intermédiaire les ivoires byzantins à travers lesquels se perpétuaient quelques traditions do l'art antique. Cet artiste ne semble pas se souvenir des ivoires campaniens à sujets bibliques, tels que l'ivoire de Salerne. 11 n'existe en vérité, dans toute l'Italie méridionale, qu'une série de reliefs qui puissent être rapprochés des reliefs de Santa Restituta : c'est l'histoire de saint Pierre sculptée sur le porche de la cathédrale de Sessa. Dans les reliefs de Naples, comme dans ceux de Sessa, les figurines ont la tète trop grosse et les jambes trop grêles. Le Madianite qui achète Joseph (V) a le turban du Sarrasin qui assiste à la tentative suprême de Simon le Magicien. La maison de Jacob a les mêmes frontons à l'antique (I. IV) et la même coupole godronnée (II) que la maison du centurion Cornélius. La prison de Joseph (IX) est enguirlandée des mêmes rinceaux que la prison de saint Pierre. Un oiseau est posé dans la volute d'acanthe qui s'enroule au-dessus de la tête de Joseph, sur le relief qui représente le départ du jeune homme (II), comme dans la volute qui est placée
sur le porche de Sessa, au frontispice des Actes de saint Pierre. Rideaux et tentures se soulèvent et volent sur les reliefs de Naples comme sur ceux de Sessa. Une chouette, dont aucun texte ne justifie la présence, est posée sur un arbre qui se dresse derrière Samson (8), comme sur l'édifice dans lequel les deux apôtres et Simon le Magicien comparaissent devant Néron. Le corps de Samson, couché sur les genoux de Dalila et de l'un des Philistins (9), semble suspendu en l'air, à la façon d'Ananie tombant devant les pieds des Apôtres. Le torse vigoureux de saint Janvier est modelé par méplats comme celui du .lonas sculpté sur la rampe de l'amhon de Sessa. Si exactes sont les ressemblances jusque dans les détails minimes que le sculpteur de Sessa et le sculpteur de Naples peuvent passer pour un seul et même artiste.
Les reliefs de Santa Restituta ont été ciselés par leur auteur avec bien plus de soin que les reliefs du porche de Sessa ; ils n'ont pas souffert des intempéries. Aussi doivent-ils être mis en lumière comme un document d'importance capitale pour l'histoire de l'école dont maître Peregrino est le seul représentant connu. Les petites scènes de l'histoire de Joseph, avec leur décor, donnent uni' idée du raffinement que l'imitation de l'antiquité avait atteint dans l'art impérial de Campanie. Le mobilier, après l'architecture, prend des formes antiques. La frise d'oves et de rais-de-cœur qui décore le soubassement du trône du Pharaon (XI) est d'un style aussi pur que celle qui règne sur les archivoltes de deux fenêtres de Castel del Monte ; les mufles de lions qui tiennent les marteaux des portes ont, dans leur petitesse, bien plus d'ampleur que les monstres en haut relief des portes de bronze de Bénévent(Xflf, XV). Le lit du Pharaon, abrité sous un fronton qui fait penser à l'entrée monumentale de Castel del Monte, a pour support deux sirènes au torse nu. Le siège de Jacob (II) est un véritable trône, dont les pieds terminés en grilles de lion et les bras terminés en buste de femme ont presque la grâce des œuvres florentines du xv" siècle.
De tels détails ont leur prix et leur intérêt, même réduits en miniature. Le sculpteur des bas-reliefs de Santa Restituta et celui des bustes de Capoue ont obéi à une même conception de l'art dont un souverain avait donné la formule. Il faudra se souvenir de l'histoire de Joseph et des batailles de Samson, si l'on veut se faire une idée de ce (pie pouvaient être ces bas-reliefs que Sannelli a vus encore au milieu du xvi" siècle sons l'arche triomphale du pont de Capoue, et qui représentaient, dit-on, «les victoires et les trophées de l'empereur ».
La sculpture monumentale de style antique, dont les reliefs de Sessa et de Naples sont comme la monnaie, ne perdit pas, après la mort de Frédéric II, l'ambition de créer des statues de ronde bosse et des œuvres plus grandes que nature. La cathédrale de Ravello possède un buste célèbre, qui est cité depuis plus de trente ans à côté des trois bustes de Capoue. Ce buste représente une femme couronnée, dont les oreilles sont parées de longs
pendants de perles. 11 est placé au moins depuis quatre siècles au-dessus de l'arcade qui surmonte l'entrée de l'escalier de l'ambon donné à la cathédrale par le noble et riche marchand Nicola Rufolo.
La tète de marbre avait encore des admirateurs au milieu du xvi" siècle. En 1540, le vice-roi Pedro de Tolède se fit apporter cette tête à Naples, comme un précieux objet d'art 1 ; il dut la restituer au bout de quelques jours, sur les instances des notables. Le retour du chef-d'œuvre fut pour toute la petite ville de Havello une fête publique ; de même, quelques années plus tard, la démolition de la porte triomphale de Frédéric II, décrétée par le duc d'AIbe, devait être pour Capoue un sujet de deuil public.
11 semble qu'au temps de don Pedro de Tolède le buste de Itavello passât pour une madone-. Au commencement du xvm» siècle, Pansa, l'historien d'Amalfi, prend la tète de marbre pour une effigie de la « reine Jeanne », la fameuse Jeanne II, dont les débauches étaient légendaires dans le peuple napolitain Schulz, en étudiant l'ambon de Havello. crut avoir lu sur le monument lui-même et le nom de l'artiste qui avait sculpté le buste et le nom de la femme dont le buste était le portrait. Sur la rampe de l'escalier dont le buste orne l'entrée, l'inscription suivante est gravée en onciales nettes et magnifiques :
VIRGINIS ISTL'D OPUS RURULUS NIGOI.AUS AMOUR VIR SICLIGAITE PATR1EMJICAVIT 0N0RE.
EST MATHEUS AR HIIS URSO JACOBUS QUOQUE NATUS MAURUS ET A PRIMO LAURENTIUS EST GENERATUS. HOC TIBI SIT GRATUM PIA VIRGO PRECAREQUE NATUM UT POST ISTA BON A DET EIS CELESTI A DONA. LAPSIS MILLENIS BIS CENTUM BISQUE TRICENIS CHRISTI BIS SENIS ANNIS AB ORIGINE PLENIS. ' EGO MAGISTEB NICOLAUS DE BARTH0L0ME0 DE FOGIA MARMORARIL'S HOC OPUS FECI.
D'après cette inscription, l'ambon a été exécuté par maître Nicolas, fils de ce Bartolommeo de Foggia qui était, en 1223, l'un des prptomagistri de Frédéric II en Apulie. Que Nicola Rufolo ait employé un artiste de Foggia, que même il ait fait venir cet artiste tout exprès pour exécuter à Rayello une œuvre mémorable, rien de plus simple à expliquer : le puissant manieur d'argent dont les vaisseaux faisaient le commerce de l'Orient avait, comme plusieurs des grands marchands amalfitains '•, des comptoirs et
I. « Recordo corne neldicto mese el annn, lo vecere spagnuolo, nominato don Petro di Toledo, mando par la testa de marmora chesta al [ictorio de lo episcopato (Protocole du notaire Bernardo Battinnelli de liavello, cité par M. Caueiu, Storia di Amalfi, 2» éd., II, p. 313, n. 1).
ï. « ... Per gratia de la gloriosa Vergine Maria... in pochi di retornù dicla testa ; de la i|uale tucta quesla Cita resto mal contenla quando se ne portù, et par lo retorno se ne fece festa et allegria, et la Université ne dispese de' buoni ducali. Deo gratias semper dicamus ; Deo gratias. » (Vnd.)