‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 407 sur 433 · ScBelz, II, p · texte numérisé non relu

ScBelz, II, p

3. Storia délia piltura in Uttlia, 1, p. 1(13, +. SALAZ4R0, I, p. 24; II, pl. IV.

r.. Del primo (M* « SigHeaita Hufolo ISapoli „oft»«, XII, l'Jiw. p. 3 et suiv.). Tirage à part publié à Trani.

supportent ont une crinière plus fournie et une gueule plus menaçante que les lions de Jambon de Sessa. La frise, qui court au-dessus des parapets est une guirlande d'acanthe qui forme des volutes de feuillage touffu. L'aigle n'es! point en marbre blanc, comme les autres sculptures : taillé dans un bloc de basalte brun, qui imite la couleur des plumes, il est de la même race que l'aigle romaine qui déploie ses ailes sur Vaugwstak unique du Cabinet de Vienne.

En vérité l'artiste qui a sculpté cet aigle pouvait sans effort donner l'apparence de la vie au buste couronné qui surmonte l'entrée de bambou. M. Filangieri a cru remarquer que ce buste n'était pas de la même main que les deux tètes de profil qui sont placées en face l'une de l'autre, dans les écoinçons de l'arcade au-dessus de laquelle semble surgir la mystérieuse femme de marbre. Ces deux profils, détachés sur un fond de mosaïque campanienne, où brillent deux oiseaux rouge, vert et or, sont incontestablement l'œuvre d'un artiste de l'école impériale. Ils font penser à la l'ois au buste qui se modèle dans l'or des augustales et aux petites tètes qui se regardent sur le fronton du tombeau de Riccardo Falconc. Le buste de marbre, avec ses épais bandeaux" de cheveux striés de trous de trépan, semble d'une exécution plus vigoureuse que ces visages trop arrondis el trop polis; mais l'impression différente que donnent la tète de ronde bosse et les deux profils de médaille sculptés dans le marbre peut être due à la seule différence du relief. Si l'on compare le buste avec les bas-reliefs, non pas en continuant à regarder de face la prétendue Sigligaita, mais en la regardant de côté, on s'apercevra que la tète colossale a exactement le profil de la petite tète placée à droite de l'entrée, avec lo menton fuyant et la bouche tirée par un sourire contraint1. Dans l'impossibilité d'établir une comparaison efficace entre le visage du buste et la décoration végétale de l'ambon, la parure inanimée de la tète de marbre peut donner des indications utiles : les fleurons de la couronne sont des fleurs d'iris exactement stylisées dans le môme esprit que les fleurons épanouis sur les chapiteaux, qui ont été certainement sculptés par le marbrier apulien. Le buste de Ravel lo n'a été jusqu'ici comparé qu'aux bustes de Capoue; il doit être rapproché encore du buste mutilé de Castel def Monte et de la tête de femme dont la beauté grecque attire les regards sur la corniche de la cathédrale de Ruvo.

L'auteur du buste connu sous le nom de Sigligaita Uufolo est donc, selon toutes les vraisemblances, le sculpteur qui s'est nommé dans l'inscription gravée sur l'ambon : Nicola di Hartolommeo de Foggia. -Mais une question reste pendante: quelle est la femme que Nicola de Foggia a voulu représenter?

Sehulz, tout en suggérant que le buste pouvait être celui de Sigligaita, admettait que les deux «portraits en médaillons « pouvaient également représenter Nicola Rufolo et sa femme. Crowe et Cavalcaselle furent beaucoup plus hardis : les deux bas-reliefs deviennent

1. Voir le profil du buste de Kavello dessiné par l'architecte WagDer pour l'article dé jà cité- de M. de Fabriezy sur la porte de Capoue (Zcitschrift fùr bildende Kunst, XIV, 1879; p. 17 du tirage a part ; fig. 6).

pour eux « les bustes de deux jeunes gens, qui, comme l'indique l'inscription, représentent les fils de Nicola Rufolo ». L'inscription ne disait rien de ce qu'avaient cru lire les historiens de la peinture italienne : elle nommait quatre fils, Matteo, Urso. Giacomo et Mauro. Pourquoi le sculpteur aurait-il choisi deux d'entre eux, à l'exclusion des autres? L'objection ne fut point faite : pour les historiens qui citèrent bambou de Ravello, il fut admis que les deux bas-reliefs étaient les portraits des fils de Nicola Rufolo, comme le buste était le portrait de leur mère.

Cependant il eût été facile de remarquer que les deux jeunes gens présumés étaient en réalité de sexe différent1. Le profil placé à gauche de l'entrée est celui d'un homme au visage rasé, qui est vêtu d'une tunique à col boulonné et dont la chevelure bouclée est emprisonnée, avec les oreilles, dans le serre-tête que les hommes portaient au temps de saint Louis et qui ne saurait être confondu avec la guimpe des femmes. L'autre visage a les traits plus lins; le cou dégagé sort d'une tunique sans col; les cheveux sont tressés en nattes qui sont enroulées sur le sommet de la tète. Le profil féminin ne peut être celui d'une fille de Nicola Rufolo, puisque, d'après le texte même de l'inscription, celui-ci n'avait que des fils. Lue seule hypothèse reste plausible : c'est que, des deux portraits en bas-relief, l'homme soit Nicola Rufolo et la femme Sigligaita [fig. 393).

Peut-on supposer que le marchand de Ravello ait l'ait représenter par deux fois le portrait de son épouse sur le monument qui devait perpétuer leurs noms et ceux de leurs fils? La question ne mériterait examen que si le buste, placé dès le xvi8 siècle sur bambou, avait fait corps avec lui dès le xin» siècle. Mais il est certain que ce buste ne se trouve point à sa place originelle : pour le poser sur la table de marbre qui le supporte aujourd'hui, il a fallu trancher et supprimer un morceau important de marbre incrusté de mosaïque, qui faisait peut-être partie d'une sorte de fronton élevé au-dessus de l'arcade.

Le buste et l'ambon sont deux œuvres du même artiste, mais deux œuvres distinctes et qui n'ont peut-être pas été destinées tout d'abord à figurer l'une et l'autre dans la cathédrale. Un buste de femme fort semblable à celui de Ravello s'était conservé clans la petite ville de Scala, où les Sasso avaient élevé à la fin du xm" siècle un palais rival de celui des Rufolo3. If fut acquis en issu par le musée de Berlin3. Le buste de Scala doit être cité à côté du buste de Ravello, comme une œuvre de la même école et peut-être du même artiste. L'altitude, le modelé, le travail de ciseau et de trépan sont identiques dans les deux bustes. Celui de Scala a un visage plus jeune et un regard moins dur. Le costume est plus simple, avec une tunique sans col bordée d'un galon et fermée par des boutons, sur laquelle passe

1. La remarque a été faite par M. Filangieri di Candida : il s'esl. trompé seulement en prenant pour un homme la ligure aux cheveux tressés et pour une femme la figure au serre-tête.

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