Voir plus haut, p. 627, n
3. Sur ce buste, on peut consulter : Dobuert, Veber demSlyl Xicola Pisano's unddessen Vrsprimg; — Fabriczy, Zettsclmft fiir bildende Kumt, 1879, art. cité, figure; — W. HonE et H. von TsCHODt, K. Musccn zu Berlin ; liildwerke der Chrisll. Epoche, p. 12; — W. nom-:, Hic italienisohe Ptastik, p. 7, ligure ; — Filangieri di Candida, Napoli nob"', 1903, art. cité, figure.
en rond un manteau épais. Les oreilles n'ont pas de pendants; mais les bandeaux régulièrement ondulés sont surmontés d'une couronne.
Le buste de Scala se trouvait dans une niche, au-dessus d'une porte voisine de l'ancienne
ClicLé HOMlODÎ.
Fig. 393. — Buste de femme inconnue. Portraits rn bas-relief de nicola rufolo et de sa femme sioligaita.
AmIION DE LA CATHÉDRALE DE RAVFLLO.
cathédrale, quand il fut remarqué en 1873 par le savant allemand Dobbert. Il passait alors pour avoir appartenu à une famille éteinte, celle des Romano. Aucune tradition n'a conservé la mémoire du lieu pour lequel ce buste a été sculpté. Les deux bustes de Ravello et de Scala, l'un sur l'ambon étincelant de mosaïques, l'autre dans une salle grise de Berlin, sont des chefs-d'œuvre sans histoire. Il serait vain de leur composer un roman.
Le costume et la coilïure de ces deux femmes, plus encore que les détails individuels
de leurs deux visages différents, permettent seulement d'affirmer que les deux bustes ne sont pas des images idéales, saintes ou madones. On se rappellera, en face de leurs parures et de leurs couronnes, un passage du chroniqueur Saba Malaspina, que M. Filangieri di Candida a noté fort à propos. Il s'agit d'une fête donnée par Charles Ier d'Anjou : « Les femmes mariées et les jeunes tilles elles-mêmes », dit le chroniqueur, « se montrèrent avec des couronnes enrichies de pierres précieuses et qui ressemblaient à celle de la reine1. » Mais quelles sont ces deux dames qui ont posé devant Nicola de Foggia et peut-être devant l'un de ses disciples avec les couronnes de princesses qu'elles portaient à la nouvelle cour ? La patricienne de Ravello est-elle, comme le suppose M. Filangieri di Candida, Anna délia Marra, la femme de Malien Rufolo? Est-elle, selon l'hypothèse de Seliulz, la mère de Matteo, Sigligaita? Le buste, vu de profil, ressemble étonnamment au «médaillon» authentique de Sigligaita Rufolo; mais la ressemblance vient-elle des traits du modèle on île la « manière» du sculpteur? Si vraiment ce buste a été le portrait de la femme de Nicola Rufolo, a-t-il figuré, avec son sourire, son regard dur et ses joyaux lourds, dans lepalais de style moresque dont les ruines ont encore un air de fantaisie et. de gaieté? Et, si le buste a eu sa place dans un palais, pourquoi se trouvait-il an xvie siècle dans une église? Nul, sans doute, ne le dira. Les deux bustes de Ravello et de Scala sont des portraits d'inconnues; mais, pour leur assurer une place éminente parmi les monuments du moyen âge, il suffit qu'ils soient des portraits. Les deux profils de Nicola Rufolo et de sa femme Sigligaita, qui sont l'œuvre d'un maître apulien, fils d'un protomagister de Frédéric 11, le buste de Ravello, qui doit être attribué à ce maître, et le buste de Scala ont encore, sous le régne du conquérant français, un peu de l'orgueil superbe qui avait créé l'art impérial de Campanie et d'Apulie, les effigies laurées des augustales, les bustes et les statues de Capoue et fie Castel del Monte.
La dernière œuvre exactement datée qui puisse être attribuée dans l'Italie du Sud à un sculpteur sorti de l'école impériale a été signée, en 1279, par un maître Melchiorre :
MAGISTEB MBLCHIOH ME FECIT A. MCCL XXIX V IND.
Cette inscription est gravée sur bambou d'une cathédrale qui n'a plus d'évoqués, dans la petite ville qui portail au moyen âge le nom de Diano et qui a repris son nom antique de Teggiano (Pl. XXXV)2. Un maître Melchiorre, natif de Montalbano, près d'Anglona, avait rebâti en 1253 la cathédrale de Rapolla. Des différences de style évidentes séparent, le portail de l'église élevé à quelques milles du mont Vulture et l'ambon sculpté pour la ville forte qui, du haut de sa colline abrupte, dominait le val de Diano, enfermé dans une
1. ..... El non solum maritato sed virgines quas (qu&y) simulaliant gemmata séria régime in speoulam régis quandocumque adducuntur in laelilia et exultatione post eam » (Mun.vram, Ji. 7. S., VIII, p. 802). Sur l'un des reliefs de Sanla Restitua, qui sont, à quelques années pèrs, contemporains du buste de tiavello, la femme de Putipbar, qui n'est pas une princesse, porte une couronne (Pl. XXXIV, n° VIII).
2. Cet ambon a été décrit par un historien local, Stbfano Macchuboli (Diano e l'omonima sua mile, Naples, 1868, p. 131 ; — L'ambone delta cattedrale di Diano, descjïzione e illustrazionc, Naples, 1874; avec une gravure au trait). Il a été cité par Caméra (Annali délia Due Sieilie, II, p. 72), qui lui attribue la date de 1282, et par F. Lknormant (.-1 travers VApulie et la Lucarne, II, p. 96), qui répète les indications données par Macchiaroli.
enceinte de montagnes,, à l'extrémité méridionale de la principauté de Salerne. Le portail
de Rapolla était une oeuvre d'architecture et de sculpture françaises, dont quelques détails
à peine avaient un accent local. Sur l'ambon do Teggiano, les seuls souvenirs de l'art
français qui restent apparents sont les crochets gros et ronds qui ornent les chapiteaux
des colonnettes élevées aux angles des parapets de marbre. Deux des chapiteaux qui
soutiennent les archivoltes sont des
copies de chapiteaux corinthiens. Les
figurines anguleuses qui représentent
sur deux des parapets les quatre
symboles des Évangélistes ont un
relief assez pauvre et une silhouette
archaïque. Le lion et le cerf, qui sont
affrontés sur l'archivolte tournée vers
la nef, ne sont guère plus vivants que
les monstres ailés. Cependant l'ambon
de Teggiano rappelle par plus d'un
détail celui de Ravello : la colonnette
isolée qui soutient le lutrin a un fût
tourné en torsade, qui repose sur un
lion assez correctement modelé, et un chapiteau entouré d'une collerette de fleurons. La large face de l'homme qui porte un lièvre, dans l'attitude d'un berger criophore, sourit à la manière des deux portraits en basrelief de Nicola Rufolo et de Sigligaita. Il est possible que maître Melchiorre ait été un collaborateur de Nieola de Foggia et qu'il ait vu lui-même l'ambon de Ravello : l'un des parapets de l'ambon de Teggiano est couvert d'entrelacs sculptés dans le marbre et qui semblent imiter, par le seul moyen du relief, les combinaisons des mosaïques d'émail. D'ailleurs le sculpteur qui a travaillé pour l'ancienne cathédrale de Diano ne se contente pas de reproduire les formes adoptées par le fils du protomagisier Rartolommeo : il imite la sculpture antique à sa manière. L'aigle de son ambon a le corps svelte et la tète line d'un épervier. Dans les écoinçons de l'une des arcades, deux figures en haut relief se font face : c'est Adam et Eve, désignés par leurs noms. Adam, la houe sur l'épaule, est vêtu d'un manteau : avec sa longue chevelure et sa longue barbe, il a l'air du Racchus
394, — PORTAIL DE LA CATHÉDRALE DE TEGGIANO PAR MELGRIORRE DE UONTALBANO.
78fi L'ART IMPÉRIAL
indien'. Ève est une matrone copiée d'après quelque cippe : sa chevelure est disposée en diadème ; elle lient son voile à deux mains. Ces deux figures, comme les reliefs du lutrin, suffisent à prouver que le sculpteur de l'ambon de Teggiano était sorti d'un des ateliers impériaux qui prenaient des modèles dans la sculpture antique. Maître Melchiorre peut être venu à Teggiano de la région apulienne, comme Nicola de Foggia vint à Ravello.
La cathédrale de Teggiano a conservé au milieu de sa façade grossièrement crépie un portail du xme siècle dont les chapiteaux sont identiques à ceux de l'ambon et ont été certainement sculptés par le même artiste. Or les colonnettes et les pilastres du portail de Teggiano ont exactement les mêmes proportions que celles du portail de Rapolla ; les profils du socle, des bases et des astragales, copiés d'après des modèles français, sont identiques dans les deux portails. Les reliefs de style local, — mufles de monstres, volutes, rosaces, — qui décorent le linteau du portail do Teggiano, ressemblent à ceux qui remplissent le tympan du portail de Rapolla (fig, 304). Le maître Melchiorre qui a exécuté l'ambon et le portail de Teggiano est bien le Melchiorre de Montalbano qui a rebâti la cathédrale de Rapolla et sculpté le portail de cette cathédrale. Mais il faut reconnaître que, dans les vingt-cinq ans qui séparent ces deux séries d'ouvrages, l'artiste a oublié la plupart des formules françaises qu'il avait appliquées tout d'abord, pour conserver seulement le goût de l'art antique.
Après Nicola de Foggia et maître Melchiorre, les détails de décoration que répétaient, dans la seconde moitié du xmf siècle, quelques artistes de l'ancienne école impériale, reparaissent encore çà et là jusque dans les premières années du siècle suivant. En 1310, un sculpteur né dans les environs de Rénévent, Nicola de Monteforte, a gravé son nom sur l'un des ambons de la cathédrale de Rénévent, qui ont été incrustés de mosaïques et dont les chapiteaux sont enlourésde collerettes, à la manière des chapiteaux qui soutenaient les ambons de Ravello et de Teggiano. Mais les statuettes adossées aux parapets polychromes n'ont plus le type romain ou grec des bustes de la porte de Capoue el des têtes de la cathédrale de Ruvo. Les traits do leur visage et les plis de leurs draperies ont la grâce délicate et jeune dos œuvres toscanes. Un art nouveau s'est emparé de Naplos, capitale nouvelle de la dynastie étrangère, et a fait disparaître, dans sa victoire, jusqu'au dernier souvenir de la Renaissance éphémère qui avait été suscitée dans l'Italie du Sud par le génie de Frédéric II.
1. Adam montre tic la main droite une inscription inintelligible gravée à rebours sur le sommet de l'arcade, aMTISISaoaCTH (... rleccpit me?).