‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 53 sur 433 · Rouault de Fleury, Ai Messe, III, pl. CCLVI · texte numérisé non relu

Rouault de Fleury, Ai Messe, III, pl. CCLVI

cabrés clans des attitudes symétriques, ont pris des ailes de griffons. Les animaux gréco-romains ont fait place à des animaux gréco-persans'.

Les fiers hippogriffes et les oiseaux puissants des marbres napolitains du ix' et du xe siècle n'ont point peuplé les églises de Ravenne et de Rome. Dans la ville où le Pape avait supplanté le représentant du basileus, la décoration orientale no se renouvela pas, et les médiocres motifs du vu" et du vin" siècle se reproduisirent jusqu'au xf. 11 en est de même dans l'ancienne capitale de l'Exarchat, sous la domination lombarde. Pour trouver en ftalie des œuvres d'une composition aussi riche et d'un style aussi ferme que les dernières transennœ de Naples ou de Sorrente, il faut chercher parmi les parapets sculptés pour Saint-Marc de Venise, au temps du doge Pietro Orseolo 1", et, pour la cathédrale de Torcello, au temps du doge Pietro U-. Les plaques vénitiennes les plus riches sont postérieures d'un ou deux siècles aux trois plaques monumentales de San Giovanni de Xaples.

Le groupement des animaux ailés, opposés deux à deux, comme on les voit sur les étoiles de soie persanes ou byzantines, fut reproduit

même en pays lombard : les figurines qui couvrent les archivoltes et les transennœ du baptistère de Cividale, en Frioul, sont disposées comme les oiseaux et les griffons des marbres de Sorrente. Mais, sous le ciseau maladroit • du marbrier barbare, les hèles orientâtes se sont aplaties comme des baudruches dégonflées. C'est par hasard qu'on rencontre dans les villes du Nord de l'Italie quelque fragment digne d'être rapproché tics sculptures napolitaines, comme le paon qui étale sa queue opulente sur un fragment d'ambon, conservé à Brescia, où peut-être il aura été apporté de Venise3.

En Grèce, la petite Métropole d'Athènes, tout incrustée de marbres chrétiens, qui en font un musée unique de la sculpture byzantine antérieure

1. Le cheval ailé, comme le griffon, est figuré sur les monuments Je Ninive : c'est l'un de ces monstres que les artistes persans de la dynastie sassanide ont connu d'après les originaux assyriens, et non d'après les traditions grecques. Aux animaux, dont les premiers artistes grecs avaient copié les silhouettes d'après des coffrets ou des tapis venus d'outre-mer, l'imagination hellénique avait prèlé des légendes lumineuses qui en faisaient les compagnons des dieux. Mais les sculpteurs byzantins, qui ont représenté des chevaux ailés, sur des plaques de chancel, ne songeaient point à Pégase, pas plus que l'imagier occidental, qui taillait une manicore, ne se souvenait des harpies : l'Orient leur avait directement transmis ses vieilles créations, dont le sens primitif était perdu depuis de longs siècles.

Page 1