‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 64 sur 433 · Uchelli, Ilalia sacra, VI, p. 378 C · texte numérisé non relu

Uchelli, Ilalia sacra, VI, p. 378 C

3. Voir Léon d'Ostœ, Chron. Casin., liv. I, ch. Svn ; - le moine Jean, Chron. Vult. (Moratori, li. I. S., I, „, p. 368 D).

Fis. 29. — Saintes e.n costume byzantin portant des couronnes. Fresque bu ix° siècle, dans la chapelle saint-laurent aux sources du volturne (a du plan).

nous formel' une image sommaire, d'après un dessin publié par Gattola, et qui représente l'intérieur de la basilique du Sauveur, telle qu'elle existait encore à la fin du xvu" siècle '. Si l'on ajoule aux données de ce dessin celles qui ressortent du texte de Léon d'Ostie, les portiques élevés devant l'église, les chancels de marbre formant la clôture du chœur, la charpente de cyprès, le pavement de marbre, on croira voir la reproduction d'une basilique romaine, dans le genre de Saint-Clément.

Le type d'une église comme le Saint-Sauveur était en quelque sorte imposé aux moines par la tentation de mettre à profit les riches matériaux antiques, tout prêts parmi les ruines éparses dans la Terre de Labour et la Campanie. Casinum était une carrière ouverte pour les architectes du Mont-Cassin. De son coté, Josué, l'abbé de Saint-Vincent, envoya prendre, pour bâtir sa basilique, les pierres et les colonnes d'un temple romain, encore debout sur le territoire de Capoue. A ces belles colonnes monolithes, le plan basilical laissait le champ pour s'aligner.

Pourtant un édifice fondé, au pied du Mont-Cassin, dans les dernières années du vme siècle, et tout bâti en matériaux romains, avec colonnes et chapiteaux antiques, offre un type entièrement différent de celui des basiliques latines, il s'agit de l'église élevée par l'abbé Théodemar, le prédécesseur de Cisulf, en l'honneur de la Vierge. C'est aujourd'hui une ruine assez misérable, que le peuple appelle encore, par tradition, la Madonna délie chique Torri. Dans l'enceinte des murs pauvrement crépis, les colonnes, en partie masquées par des piliers de soutien, sont encore debout; il est facile de reconstruire en idée, sur le plan conservé, les lignes essentielles de l'élévation, qui nous est donnée par la gravure de Gattola - et surtout par la très exacte et très curieuse description de Léon d'Ostie 3. Los cinq (ours, dont le souvenir s'est conservé dans le peuple, et qui furent dès l'origine couvertes d'une simple charpente, étaient les rustiques imitations d'autant de coupoles, et l'édifice tout entier, avec son plan carré et ses trois absides, reproduit encore exactement les dispositions d'une église grecque. Seuls les procédés de construction ont été grossièrement simplifiés par un architecte qui ignorait l'art de suspendre une calotte hémisphérique sur un carré de quatre murs. L'existence de cette ruine prouve qu'au temps de l'abbé Théodemar les Bénédictins du Mont-Cassin avaient connu des modèles grecs. De même l'église de Saint-Benoit, que Cisulf alla relever au sommet de la montagne, reçut, dans les premières années du ix'' siècle, des ornements d'une richesse tout orientale, plusieurs devants d'autel en argent et un tabernacle doré et rehaussé d'émaux^. Parmi les vases sacrés

1. Gattcla, historia abbutix casinemis, t. [, pl. VI. Reproduit dans Schulz, II, fig. 78, p. 108.

2. Gattola, op. cit. pl. VII. [teprod. par Schulz, II, p. 106-107, fig. 76 et 77.

II. « Cujus templi quadrilida fabrica in duodecim est coluranis erecta... super quas turris altiora subjectis porticibus est levala aliis quattuor turribus per singulos angulos ejusdem portions, circa eamdem turrim erectis. » (Chron. Cas., ]iv. ], cli. xi.) On peut voir une restauration vraisemblable de l'église dans : Essenwei.n, Ausgânge (1er Klassischen Baukumt, Darmstadt, 1886, p. 120-121, Bg. 174-173; — Iïoltzingeh, Die Altckr. Architektur, 3" éd., 1899.

4. « Super altare siquidem beati Benedicti argenteurn ciborium statuit ; illudque auro simul ac smallis parlim exornans, csetera ejusdem ecclesiœ allaria tabulis argeuteis induit. » (Chron. Cas., liv. I, ch. win.)

et les objets du culte, il devait se trouver plus d'une pièce envoyée de Constantinople, comme la coupe d'argent doré qui fut volée on 843, avec la plus grande partie du trésor, par Siconolf, prince de Salernc1. A tout ce qui venait d'Orient, les disciples mêmes de saint Benoit semblent avoir prêté une sorte de prestige hiératique : le premier nom donné à la ville qui avait grandi au pied du Mont-Cassin, autour des églises bénédictines, fut un nom latin traduit en grec : l'abbé Berthaire, au lieu d'appeler la ville Civitas Sancti Benedicti, lui donna le nom savant et obscur d'Eulogimenopolis.

En remuant ainsi les rares souvenirs des premières générations de moines qui ont vécu au pied du Mont-Cassin et aux sources du Yolturne, nous voyons se dégager un problème, qui n'est autre qu'un cas particulier de la « seconde question byzantine ». Où a pris son origine l'art qui a fleuri sous l'administration d'un Gisulf et d'un Josué? Est-ce à Rome, où, si l'on en croit quelques-uns, les vieilles traditions de l'art des catacombes n'étaient pas encore éteintes? Est-ce clans l'art oriental, que l'expulsion des iconopbiles répandait à travers l'Italie et l'Occident? Pour décider en un sens ou en l'autre, on ne peut se contenter de descriptions du xi" siècle, de dessins du xvn" siècle et de colonnes empruntées à un monument romain; il serait nécessaire d'avoir des spécimens de l'art le plus riche en motifs, le plus fortement caractérisé dans son style, c'est-à-dire de la peinture.

Les chroniqueurs attestent qu'au vin" et au ix" siècle des séries de peintures furent exécutées dans les deux grands monastères. Mais, au Mont-Cassin, les scènes que l'abbé Potbon lit peindre, vers 775, dans l'église de Saint-Michel Archange, sont connues seulement par les vers que l'abbé composa pour servir de légendes; les fresques qui couvraient, d'après Léon d'Ostie, tout l'intérieur de la basilique du Saint- Sauveur, ont disparu dès la lin du ix° siècle. L'histoire des premiers peintres bénédictins d'Italie serait à jamais demeurée dans l'ombre, si, tout récemment, l'un des savants qui font le plus grand honneur à l'Ordre de Saint-Benoît, M8' Piscicelli -, n'avait découvert, dans le sol même du haut plateau où passe le Yolturne, une série de fresques du ix" siècle, conservées comme par miracle.

1. h ... Item in anaglyphis baziam unam et scattonem unum Constantinopolitamim, utrumque argenteum et inauratum. » (Citron. Cas., ch. XXVI.)

2. Me' Piscicelli a annoncé sa découverte dans une longue letlre adressée à Dom Tosti, et qui a été imprimée au Mont-Cassin une première fois, en 1883, et une seconde, en 1896, sous ce titre : Pitture cristianc dclnono secolo, typog.du Mont-Cassin. On peut s'étonner que cette brochure (23 pages), qui donne une excellente description des fresques, accompagnée de quelques croquis sommaires, et qui indique exactement la date du précieux édicule, n'ait point attiré l'attention des savants italiens et soit restée inconnue des archéologues allemands.

Quand on arrive aujourd'hui sur l'emplacement de la vieille abbaye, à peine voit-on. sur la rive droite du fleuve, une église croulante, dont les murs sont pleins de fragments antiques, et donl l'intérieur est gris et nu comme une grange à blé. Sur la rive gauche, pas une construction ne se détache : seuls deux monticules à demi couverts d'arbustes sauvages t'ont saillie, à quelques pas du courant, sur la monotonie des terres labourées. Mais si, après avoir passé un petit pont de vieilles pierres, jeté sur les eaux rapides, on atteint le plus voisin de ces deux monticules, on y remarquera, parmi les branches emmêlées, un informe trou, mal fermé par une porte grossière. On n'a qu'à pousser le battant et à descendre cinq marches de pierre usée : on se trouve alors dans une crypte, dont les parois

sont encore presque entièrement couvertes de peintures.

Cette crypte est une chapelle à demi enterrée, en forme de croix grecque (fig. 30), bâtie en pierres à peine taillées et fortement agglutinées par d'épaisses couches de mortier. Elle est couverte de deux voûtes en berceau ; sur les courbes de pénétration des deux surfaces cylindriques, les arêtes ont été émoussées de manière à F.«. :io. - Pus m u» .riuristL* «i.nt-lau»k.nt. Ggurer au milieu de la chapelle une sorte de calotte

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