‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 85 sur 433 · Gazelle archéol, 1881-1882, p. 12i · texte numérisé non relu

Gazelle archéol, 1881-1882, p. 12i

2. Diehl, L'art bijz. dans rilalic merid., p. 164. .1. Diehl, p. 62.

"t. « Dans son important ouvrage sur l'art do l'Italie méridionale, Salazaro a prouvé que des écoles locales persistèrent, durant tout le moyen âge, dans le midi de ia Péninsule, et a fait connaître quelques œuvres importantes de ces mailles primitifs du .V, du \ic et du xn'1 siècles. Grâce à lui, l'existence d'un art original dans le pays cl à l'époque morne qui nous occupent (Terre d'Otrante, x" et xie siècles) est un fait désormais hors de doute. » i Diehl, p. 3* et 36). Sur la créance que méritent les appréciations de Salazaro, cf. la préface du présent ouvrage.

s'il a vraiment existé, en Basilicate el en Apulie, une école de peintres qui se soit affranchie plus tôt que l'école toscane de la tradition byzantine.

Après les fresques des catacombes de Naples el celles de la chapelle de Saint-Laurent aux sources du Vollurne, les plus anciennes peintures dalées avec précision qui se soient conservées dans l'Italie méridionale ont clé signalées par M. Diclil dans une grotte voisine de Carpignano, un village situé à 3 lieues d'Otrante. On dislingue, parmi les peintures de Carpignano, dont plusieurs ne sont pas antérieures au xv" siècle, deux images du Christ, assis et bénissant à la grecque, au-dessous desquelles sonl tracés en blanc, sur le fond noirâtre, des caractères grecs: ces inscriptions laissent lire encore, avec les dates des deux peintures, les noms des donateurs et des peintres. Leplus ancien de ces deux Christs, est du x* siècle ; il a été peint en l'an du monde 6467, soil en l'an de grâce 959, pour le salut du prêtre grec Léon, de sa femme Chrysolea et de leur fils Paulos, par un peintre au nom grec, le Çoypàço; » Théophylactos '. L'autre image du Christ est postérieure do plus d'un demi-siècle à la première: elle a été exécutée en l'an 1020; le donateur étail un fidèle nommé Hadrianos ; le peintre s'appelait Eustathios2.

Il est regrettable que des œuvres, dont nous connaissons d'une manière si exacte les dates et même les auteurs soient d'une exécution maladroite et sommaire, qui contraste avec le fini précieux des gouaches byzantines que l'on peut admirer dans les manuscrits du x" et du xi* siècle. Cependant, si médiocres que soient les deux fresques de Carpignano, et si éloignées en apparence des œuvres classiques de la « Renaissance » macédonienne, elles offrent, dans leurs détails, dans leurs types et jusque dans leur technique, dos indices d'origine qui sonl, pour les œuvres elles-mêmes, aussi décisifs que le sont, pour les peintres, les deux signatures. La silhouette des deux Christs de Carpignano, et même certains détails, comme les masses des draperies et la forme du trône, avec son large dossier en forme de lyre, se retrouvent en miniature sur les monnaies byzantines du x" et du xi' siècle, au type du Roi des Rois3. Sans doute le visage plein et calme du Chrisf de 959 1 contraste avec le visage plus maigre et plus sombre du Christ de 1020. Mais celte différence ne doit pas être attribuée à la rencontre de deux influences artistiques, provenant l'une de l'Orient, l'autre, peut-être, du Nord de l'Italie; elle s'explique, sans effort, par l'histoire même de l'art byzantin. Sur la paroi de la grotte voisine d'Otrante, où Théophylactos et Eustathios ont représenté le même sujet, à soixante ans d'intervalle, nous suivrons, avec M. Diehl, les premiers symptômes du travail intérieur qui a transformé le type du Christ

1. Diehl, p. 34, photogravure dans le Bull, de Corr. Ml., XII, 1888, pl. VIII.

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