‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 86 sur 433 · Diehl, p · texte numérisé non relu

Diehl, p

3. IMS XPS REX REGNANTIVM. On rapprochera loul particulièrement du Christ de 030 une monnaie frappée en 012 par Léon VI et Constantin X (Sabatieb, pl. XI.VI, 1, revers). Cf. également la mosaïque du x« siècle, dessinée par Salzenberg dans le narthex de Sainte-Sophie : un empereur prosterné devant le Christ assis sur son trône (reprod. par Scbnaasï, Gesch. lier Bild. Kiinsle im Mittel aller, 2' éd., I, p. 202, lig. 52 ; — Bayet, l'Art byzantin, p. 53, flg. 12).

i. Diehl, p. 43. On lira avec intérêt les pages précédentes, où l'auteur a savamment analysé les transformations du type du Christ depuis le vi* siècle.

«Pantocrator 1 ». La sérénité de dieu antique que le visage du Christ conserve dans les miniatures du ix" et du xe siècle s'altère dès le début du xr siècle. Le Verbe Tout-Puissant, trônant seul entre la Vierge et le Précurseur, ou apparaissant dans le ciel d'or des coupoles, au-dessus du chœur des Prophètes et des Anges, fronce le sourcil et abaisse sur ses adorateurs un regard courroucé. Dans l'éternité, qui est terrible, parce qu'elle embrasse le dernier Jour, le Souverain Juge a perdu sa jeunesse humaine : son front s'est ridé, ses joues se sont creusées comme celles d'un ascète; il participe de la vieillesse auguste de l'Ancien des Jours.

Les peintres qui ont signé dans la grotte de Carpignano les deux figures de Christ n'avaient qu'une technique grossière : par exemple, sur le visage du Christ de 959, les saillies sont marquées par de simples lignes blanches, qui barrent le front au-dessus des sourcils et soulignent le nez ; les ombres sont indiquées d'un côté de la ligure par une teinte vert sombre, sans dégradation. .Mais ce modelé dur et primitif accuse au moins avec force l'opposition des lumières et des ombres, alors qu'un peintre « latin » du x* siècle, à Rome ou ailleurs, eût représenté le visage par une teinte plate enfermée dans un contour noirâtre. La technique de la fresque de Carpignano n'est en réalité qu'une simplification rustique du procédé savant par lequel un miniaturiste de Byzance modelait ses délicates figurines. Il est très remarquable de trouver à trois lieues d'Otrante, et en pleine campagne, dès le x' siècle, une peinture toute byzantine, qui représente, dans un oratoire basilien, l'imagerie populaire.

Les deux Christs île Carpignano sont, dans le thème de Longobardie, les seules peintures a fresque qui remontent certainement à la période de la domination byzantine. En quittant la grotte voisine d'Otrante, il faut, pour retrouver dans un oratoire basilien une peinture datée par une inscription, traverser toute la période normande et descendre jusqu'au règne de l'empereur Henri VI. Une suite de fresques, qui portent la date de 11!>7 et la signature d'un maître Daniel, s'est conservée sur le plafond de la grotte de San Biagio, à deux lieues de Brindisi. Ces peintures peuvent être regardées comme les plus dignes d'intérêt qui existent

l. Il faut distinguer, dans l'iconographie byzantine, entre le Paritocrator et le Rédempteur, entre le Verbe rentré dans l'Éternité et le Christ évangélique. I.e Christ, quand il est représenté clans sa vie mortelle et dans l'accomplissement de ses miracles, garde jusqu'au siv« siècle sa sérénité et sa douceur : c'est au un" siècle seulement que les traits du visage se convnlsent et se tirent dans les angoisses de la Croix. C'est une erreur .le croire que, sous l'influence des idées monastiques, la peinture byzantine se soit transformée tout entière, et que tous les personnages, depuis les enfants et les vierges jusqu'aux prophètes et aux patriarches, aient pris en même temps le visage austère et le teint cuivré qu'on leur voit sur les icônes russes. Après le xi" siècle, on distingue encore dans la plupart des mosaïques et des miniatures byzantines les trois types que Kondakoff a essayé de caractériser en les appelant « angélique, apostolique, prophétique ou biblique» i llisl. de Part '/;/;., II. p. 10). Eu réalité, ces trois types correspondent à trois âges : l'adolescence, l'âge mur et la vieillesse (Cf. Millet, le Monastère de Vaphni, p. 147). I.e contraste est frappant entre « les saints guerriers, représentés sous la forme d éphèbes grecs », et, « en face d'eux, les saints ascètes, avec leurs membres amaigris et anguleux, leurs traits rudes et comme taillés dans le bois .. (Ravet, l'Art byz., p. 182; — Cf. Dieux, Mosaïques (le l'église de Saint-Luc, Monuments Piof, III, 1896, p. 241-242 el pl. XXV). Il fallait rappeler ici que l'art byzantin, même après avoirmultiplié les images des saints vieillis dans les macérations, est resté capable d'exprimer la fierté et la grâce de la jeunesse, pour ne pas être tenté de confondre, comme on l'a fait si souvent, l'expression ascétique et le style byzantin, el pour savoir reconnaître la main d'artistes élevés à, la pure tradition grecque dans quelques figures élégantes et jeunes, qui ont été attribuées aux mythiques écoles latines d'Apulie.

en Apulie1. Elles sont les seules, eu effet, dont l'inscription : donne le nom de l'higoumène préposé au groupe des cellules creusées à côté de la chapelle, et les seules aussi qui comprennent, non point une file île personnages indépendants les uns des autres, mais toute une série de scènes évangéliques, qui forment un ensemble iconographique.

Les sujets, au nombre de cinq, sont d'ailleurs disposés sur le plafond sans ordre logique : on reconnaît successivement la Fuite en Égypte, la Présentation au Temple3, l'Annonciation (Pl. IV, l)4, l'Entrée à Jérusalem et l'Ancien des Jours '% vu à mi-corps, avec une longue barbe et une longue chevelure grise. La série était continuée sur la paroi qui fait face à l'entrée par une Nativité qu'a recouverte dans la suite une fresque nouvelle, représentant le même sujet. Toutes les inscriptions qui accompagnent les scènes sont, comme l'inscription qui donne la date, écrites en grec, avec de remarquables simplifications orthographiques, qui traduisent la prononciation romaïque et ses iotacismes. Les compositions et les types sont traités d'après les formules courantes, au xn" siècle, dans l'iconographie byzantine. On notera cependant quelques singularités. Ainsi le peintre Daniel a introduit dans la scène de l'Annonciation deux médaillons cpii contiennent les bustes de deux prophètes : l'un, placé derrière l'ange, est Isaïe ; l'autre, placé entre Gabriel et la Vierge, est David. L'est là une surcharge qui embarrasse la composition ancienne, simple et sculpturale, et qui ne deviendra traditionnelle qu'au xiv! siècle, dans les fresques compliquées de Mistra et de l'Athos D'un autre côté, le peintre semble avoir confondu les deux types de l'Ancien des Jours et du Christ Pantocrator, quand il a disposé les quatre symboles des Lvangélistes autour du médaillon dans lequel est représenté le Vieillard divin7. Au-dessous du Père Éternel et des quatre animaux, deux médaillons contiennent encore les bustes des prophètes Daniel et Ézéchiel. Il semble que l'artiste ait cherché à condenser sur l'étroite surface de la chapelle qu'il avait à couvrir les éléments principaux de la décoration d'une grande église : les scènes évangéliques, les figures de prophètes, et jusqu'au médaillon de l'Ancien des Jours, qui remplace le Christ triomphant des coupoles s, ou peut-être le Christ bénissant entre les quatre symboles évangéliques. tel qu'on le voit à côté du sanctuaire, dans la prothesis de quelques églises de l'Athos. Quant aux figures des saints de la nouvelle Loi. qui devaient compléter l'ensemble iconographique, il est très probable que

Page 1