Millet, Bull, de Corr. hellèn., XVIII, 1894, p
7. On lit, sur le volume que tient ouvert l'Ancien des Jours, le verset de saint Jean : « 'E-fiii fjp] S[it:sXo; xsti 3 7iaTr[p pou Ysoip-fijoTi » (XV, 1 !. Ce verset n'est point, comme l'a cru M. Diehl (p. 54), cité par le Manuel de l'Athos au nombre des paroles évangéliques qui peuvent accompagner les diverses images du Rédempteur ('EpjH]Vsïa, éd. Constantinidos, § 54.8, p. 200-201), et n'a iamaisété d'un usage courant dans l'iconographie byzantine. I.a mention qui est fuite du Père laisse comprendre, d ailleurs, que ce texte ait pu exceptionnellement être rapproché d'une image de l'Ancien des Jours.
8. L'Ancien des Jours est représenté sur la voûte qui domine l'autel, dans l'église du Sauveur, à Nériditzi, en Ilussie (xu0 siècle). Cf. Pokiiovssij, Strennyia rospisi, pl. I, et Millet, Daphni, p. 83.
maître Daniel en avait déjà disposé quelques-unes sur les parois latérales de l'oratoire : ces peintures ont été. comme la Nativité, masquées par des figures d'ascètes et de guerriers, qui sans doute représentent les mêmes personnages que les fresques anciennes.
Ainsi, en 1197, la grotte basilienne de San Biagio a reçu toute une décoration qui s'efforçait de reproduire en raccourci la décoration compliquée d'une église à coupole. Ce qui s'est conservé d'un ensemble de fresques aussi riche en détails variés et daté avec
autanl de précision devrait nous offrir un précieux terme de comparaison. Mail reuse-
ment le peintre Daniel, comme ses devanciers, les peintres Théophylactos et Eustathios, n'était qu'un artisan médiocre : il a peint durement des figures noirâtres et charbonneuses, dont les saillies et les clairs ne sont indiqués sur les visages, comme sur les draperies, que par îles raies jaunâtres. Or il existe dans plusieurs grottes de l'Apulie el de la Basilicate des peintures qui ne semblenl pas postérieures aux scènes évangéliques de 1197, et dont quelquesunes son! d'un dessin plus savant et d'une facture plus souple que les fresques grossières de Carpighano el de la grotte de San Biagio. Une comparaison instituée entre des œuvres aussi inégales n'aboutirait qu'à une classification trompeuse.
On peut chercher un point de repère dans la crypte San Giovanni, voisine de Brindisi1. Les peintures à inscriptions latines de cette chapelle souterraine (exception faite de deux images votives du xvie siècle) sont datées, à un demi-siècle près, pur une figure du pape saint Clément qui, tout en bénissant à la grecque, porte «les ornements pontificaux d'évêque latin, avec une mitre basse à deux cornes. Le costume des évêques grecs, toujours représentés nu-tête, varie à peine d'un siècle à l'autre : les saints Nicolas sont encore vêtus sur les icônes russes comme ils l'étaient sur les fresques antérieures aux Comnènes. Au contraire, la coiffure des évêques latins a subi, de siècle en siècle, des transformations notables. Les documents bien datés que fournissent les miniatures bénédictines prouveront que, dans l'Italie méridionale, l'image d'un évèque mitréne peut pas être du xie siècle, et qu'une mitre comme celle de la crypte de San Giovanni ne peut être que du xn" siècle3.
1. Non loin de la station do San Vito dei Normanni, à un quart d'heure de la grande Musseria Caffaro, dans les Terres labourées. Celle crypte a été décrite par Tarantini et par M. Diehl (l'Art hyz. dans l'Italie mérid., p. 48-51).
2. Il faut distinguer entre la mitre des évêques et le camaurum, en forme de tiare conique, qui a été porté par les archevêques de Bénévent, au tuf siècle [V. plus loin; Cf. E. Mi.vrz, la Tiare pontificale [Mém. de l'Aead. tin Imcr-, et BeUet-Lettre», t. XXXVI, 18;>8, p. 238)] et par les archevêques de Bari, au xi« (V. plus loin, pl. X).
3. Voir, dans le tableau comparatif des rouleaux à'Exultet, joint à ce volume, deux miniatures de Y Exulte t de Fondi (vers 1 1 10 1. Cf. les mitres de Pierre Lombard, évèque de Paris (1139), et de Itotrou, archevêque de Rouen (1173!, dans l'ouvrage de Dejiav, le Costume d'après les sceaux, p. 287 et 296.
A côté île sainl Clément sont représentés nu saint Jean-Baptiste et une Vierge tenant l'Enfant, debout cl vus de face (fig. 53); sur l'iconostase, en partie ruiné, sainL Michel, vêtu du costume impérial, comme les grands archanges de Torcello [fig. 54). Dans l'abside, le Christ, maigre et sévère, est debout entre la Vierge et le Précurseur inclinés. Toutes ces
figures sont cernées de contours brun rouge; les cheveux cl les vêtements sont indiqués par une teinte brunâtre ou jaunâtre, rayée de quelques traits plus clairs. Le modelé des visages est très sommairement indiqué par une teinte qui suit le contour des traits, et qui est d'ocre jaune poulies trois personnages de la nef et le sainl Michel de l'iconostase, de terre verte pour les [rois ligures de l'abside. Malgré cette variante dans la technique, il est manifeste «pie les sept ligures anciennes sont du même temps. Les deux Vierges oui un type oriental assez doux, avec un nez long cl busqué; l'archange, avec son visage ovale, son nez mince, ses lèvres fines et arquées, est d'une beauté iuvé-
l'IR. 54. — Saint utcllEL, presque du 1
xii° siècle dans la chapelle sas nl\e Seuls lesdeux saints.Jean et le Christ ont une mai-
GIOVANN1, PRÈS IIIMMIISI.
greur ascétique et une expression farouche. Il existe dans la Terre de Bari, la Terre d'Otrante cl la Basilicate plusieurs groupes de fresques, à inscriptions grecques ou latines, qui ressemblent aux peintures du xu" siècle conservées dans la crypte San Giovanni par un coloris plat et neutre, dont la pauvreté contraste avec la noblesse des types et la ferme accentuation des contours. Certaines de ces peintures sont d'un style plus large cl plus calme que celles qui viennent d'être décrites : les visages mêmes des hommes mûrs et des vieillards n'y sont point creusés par les macérations, et le Christ Pantocrator y montre encore un front sans ride cl un Fig. 5S. — Plan de la crotte
regard sans menace. Les fresques apuliennes qui
se distinguent à la fois, comme celles de la crypte San Giovanni, par un dessin savant et un coloris sommaire pourraient être classées d'après le type des Christs représentés au fond des absides. Sans prétendre avoir retrouvé un ordre chronologique, nous citerons les peintures qu'on doit reporter au xi° et au xu' siècle, en commençant par les Christs qui ressemblent au plus ancien Christ de Carpignano, pour finir par les Christs les plus émaciés et les plus farouches.
Les fresques à inscriptions grecques de la chapelle San Lorenzo, près de la station
i. Indiquées par IIom Horea, Chartularium Cupersanense, p. 217, n. b
de Fasano ', ne sont pas seulement une preuve des progrès que le monàchisme byzantin fit en pleine Terre de Bari : à en juger par l'ampleur du style, ces fresques semblent être', après le premier Christ de Carpignano, les plus anciennes peintures basiliennes qui se soient conservées dans l'Italie du Sud. Deux portes percées dans l'iconostase donnent accès dans le sanctuaire [fig. 55) , où les fresques, dessinées au pinceau en traits jaunes et bruns, avec quelques rehauts blancs, se distinguent à peine de la paroi. Sil'on humecte l'enduit, les ligures apparaissent. Derrière l'autel, au fond de la niche carrée qui sert d'abside majeure, le Christ, assis sur un trône identique à celui de Carpignano et tenant un livre avec l'ins-
Fio. 56. — Le ciibist entre la mère de diex et le précurseur (« Aéouts»). Fragments d'ume presque byzantine du m0 siècle