XXXIII. Tout appartement, décoré avec gout, doit offrir
AU REGARD UNE GAMME ASCENDANTE OU DESCENDANTE DE VALEURS ET DE TONS, QUI ENVELOPPE CHAQUE PIÈCE, SANS QU'AUCUNE ZONE DISCORDANTE VIENNE INTERROMPRE LA PROGRESSION DE CETTE
gamme, et en rompre l'harmonie. — Ici, nous entrons dans un
nouvel ordre d'observations. Pour achever d'être harmonieuse, il ne suffit pas qu'une décoration soit en parfait accord avec ellemême, et avec les personnes qui doivent vivre et habiter au milieu de cette décoration; il faut encore qu'elle soit combinée de telle façon, équilibrée de telle sorte, qu'elle compose une manière de cadre idéal, nous enveloppant de la tête aux pieds, sans que rien ne vienne arrêter son développement ou détruire sa progression harmonique. En d'autres termes, il nous faut faire en sorte que, du plancher au plafond, toutes les surfaces
qui se succèdent, se relient ensemble par une communauté d'origine, et par une succession de tons et de valeurs, qui conduisent l'œil d'un plan à un autre, sans aucun soubresaut.
Pour bien nous faire comprendre, choisissons un exemple. Prenons, je suppose, un meuble foncé ; plaçons-le sur un tapis à fond blanc, garni de rieurs déteintes et de feuillages vert d'eau (voir fig. 178). Au-dessus de ce tapis, règne une plinthe en bois noir, surmontée d'un lambris d'appui en bois des îles ou en acajou sombre ; puis une tenture claire, gris perle ou vert d'eau, garnit la muraille, et se relie à un plafond gris ou blanc, par une corniche sombre. Quel effet produira une pareille décoration? Cette succession de bandes discordantes composera certainement un bariolage déplaisant.
Prenons, au contraire, un meuble d'un ton chaud, rouge, ponceau ou grenat. Disposons ce meuble sur un tapis persan, aux nuances un peu sourdes (voir fig. 17g) ; un lambris en noyer ou en marqueterie relie ce tapis à une tenture de même couleur que notre meuble, mais sensiblement plus claire, pendant qu'une corniche, d'un gris un peu monté et rehaussé de quelques traits d'or, raccorde cette tenture à un plafond simulant un ciel légèrement nuageux. Nous voilà en présence d'une harmonie plus douce, rien ne tire l'œil, rien ne crie, rien ne détonne. Le regard, en se déplaçant du haut en bas, passe sans effort d'une surface à celle qui la suit. Du plafond au tapis et du sol au plafond, il se promène sans rien rencontrer qui le heurte et le trouble. Ainsi donc, dans la constitution de notre ameublement, nous choisirons toujours un « point de lumière », et nous partirons de ce point, pour produire une gamme ascendante ou descendante, qu'aucune zone discordante ne devra contrarier.