XXXIV. Il est indispensable de relier, par des couleurs et
DES TONS COMMUNS, LA DÉCORATION VOLANTE DE LA PIÈCE A SA DÉCORATION MEUBLANTE ET A SA DÉCORATION FIXE, DE FAÇON A CRÉER ENTRE CES DIVERS ÉLÉMENTS DE DÉCORATION, UNE SORTE DE PENSÉE COMMUNE ET UN AIR DE FAMILLE. TOUTEFOIS, ON PEUT LAISSER LES MEUBLES ACCESSOIRES, COMME LES ÉCRANS, CERTAINS
SIÈGES DE FANTAISIE, LES PARAVENTS, ETC., TRANCHER, PAR LA RICHESSE ET LA VARIÉTÉ DES COULEURS, SUR LA TRANQUILLITÉ DU FOND GÉNÉRAL. CETTE DÉROGATION ACCENTUE LEUR CARACTÈRE FANTAISISTE, ET FAIT MIEUX COMPRENDRE QU'lLS NE SONT LA, Qu'a
titre passager. — La beauté résulte, dans la coloration comme dans la forme, de la variété introduite dans l'unité. C'est-à-dire, que la variété des sensations, produites par une décoration, doit se fondre dans l'unité de l'impression générale. Pour cela, il est indispensable non seulement de choisir une couleur dominante, mais encore de rappeler cette couleur, de la faire reparaître dans toutes les parties principales ou accessoires du mobilier.
En agissant de la sorte, nous procéderons, d'ailleurs, comme pour les lignes, uniquement par analogie ; et, dans le traitement de la couleur, les analogies s'obtiennent par des échos, c'est-àdire par des répétitions plus ou moins affaiblies de tons déjà employés. C'est ainsi, par exemple, que, dans un portrait, les mains sont l'écho du visage. Nous aurons donc grand soin, pour créer, entre les divers membres de notre mobilier, ce que nous appelions à l'instant un air de famille, de faire reparaître notre couleur dominante, soit en bandes, soit en encadrements, broderies, etc., dans la partie mobile de notre ameublement. Toutefois, aux petits meubles, qui ne font pas partie du mobilier fondamental, mais semblent figurer dans notre intérieur, à titre d'invités ou de visiteurs, et dont le rôle, ainsi compris, n'est pas sans analogie avec cette ligne brisée qui, sévèrement proscrite du mobilier fixe, a retrouvé sa place dans la décoration mobile; à ces petits meubles, nous laisserons la livrée indépendante, que le caprice leur a donnée, et nous respecterons leur caractère fantaisiste, car il souligne la nature passagère de leur présence.
XXXV. Un DES ÉLÉMENTS D'HARMONIE, DONT IL FAUT LE PLUS TENIR COMPTE DANS LA DÉCORATION D'UNE PIÈCE, C'EST LA DISTRIBUTION DU JOUR. La LUMIÈRE, POUR PRODUIRE TOUT SON EFFET, DOIT ÊTRE SACRIFIÉE SUR CERTAINS POINTS ET CONCENTRÉE
sur d'autres. — Un tableau, dans lequel une lumière diffuse communiquerait, à tous les objets, une intensité d'éclairage absolument égale, séduirait peu au premier aspect, et, si nous l'avions constamment sous les yeux, ne tarderait pas à nous fatiguer. Aussi, les peintres, qui savent cela mieux que nous, ont-ils recours à ce qu'ils appellent le clair obscur, pour créer une subordination nécessaire entre les différentes parties de leur composition, et pour empêcher que l'attention du spectateur ne soit sollicitée à la fois, et d'une façon égale, par toutes les formes réunies et groupées sur une même toile.
Dans l'ameublement, pour des raisons presque identiques, nous sommes obligés d'agir à peu près de même. Si un jour cru, intense, se trouvait réparti d'une façon égale, dans toute la pièce que nous meublons, notre attention également sollicitée par tous les échos de couleur, tiraillée en sens divers par toutes les analogies de formes, ne pouvant se reposer sur aucun objet spécial, serait bien vite en proie à la plus désagréable fatigue.
Il faut donc avoir soin, à l'aide de rideaux, de stores, pendant la journée, le soir à l'aide d'abat-jours, d'écrans, etc., non seulement de modérer l'éclat du jour ou des lampes, mais de concentrer la lumière sur certains points, et de la ménager, de la sacrifier sur d'autres. On constituera ainsi une sorte de clair obscur, mettant chaque détail à son plan, et dont l'effet sera d'autant plus heureux, que, par suite de contrastes non prévus, la valeur des objets se trouvant modifiée, la symétrie deviendra moins apparente, et le caractère pittoresque de la décoration s'augmentera d'autant.
XXXVI. Pour que la distribution de l'éclairage produise le maximum d'harmonie qu'on en peut attendre, il est indispensable QUE LA LUMIÈRE SOIT UNE ; c'EST-A-DIRE QU'ELLE SOIT RÉPARTIE DE TELLE SORTE, QUE LA DÉCORATION NE PRÉSENTE PAS DEUX MASSES OBSCURES, D'UNE MÊME VIGUEUR, NI DEUX MASSES
claires d'une même intensité. — Quand nous disons que la lumière doit être une, nous n'entendons pas qu'elle doit être
Planche XXVI.
Armature de rideaux, style Louis xvt (exécutée par M. Legriel)
unique, ce qui est bien différent. Un salon peut être éclairé par deux ou trois fenêtres pendant le jour, et le soir, par un ou plusieurs lustres, par des girandoles, des candélabres diversement espacés, par des lampes réparties aux différents angles de la pièce, sans que l'unité soit rompue. Il suffit pour qu'elle persiste, qu'on puisse constater l'existence d'une masse claire principale, et d'une masse sombre dominante.
Toute nouvelle masse, ou sombre, ou claire, d'une intensité égale, et qui viendrait faire équilibre à la première, enlèverait a l'éclairage une partie de son charme, parce que cette dualité diviserait l'attention et distrairait le regard. Ainsi donc, pour ramener, dans une pièce quelconque, le clair obscur à son unité, il suffit simplement, si cette pièce comporte deux fenêtres, que pendant la journée, les rideaux de l'une de ces fenêtres soient plus tirés, ou qu'un store tempère la clarté qu'elle transmet, ou encore qu'une table, qu'un guéridon, portant une plante à large feuillage, vienne arrêter le rayon lumineux qui filtre à travers les rideaux de vitrage. Le soir, il suffit que le principal foyer d'éclairage soit assez renforcé, pour qu'aucun autre ne présente une équivalence parfaite.
Le décorateur peut, en outre, à l'aide de divers artifices, accroître, dans une certaine mesure, son effet lumineux, et lui donner une importance plus grande. L'impression du jour s'accuse, non seulement par l'abondance de la lumière, mais aussi par une intensité plus accentuée des ombres. Il suffit donc, pour augmenter l'intensité apparente de la lumière, de souligner l'effet des saillies, qui mouvementent le plafond et la paroi principalement exposée aux rayons lumineux, par l'application de quelques traits sombres, venant renforcer les ombres portées. Mais, si l'on use de ce moyen, il faut, dès le principe, prendre un parti résolu, et se baser sur un mode d'éclairage unique et invariable; car, tout rayon lumineux, venant en sens inverse, dévoilerait immédiatement le stratagème, renverserait les termes du problème résolu, et transformerait, en un déplorable contresens, cette accentuation simulée.
XXXVII. L'ÉCLAIRAGE DE NOS PIÈCES MODERNES, SE PRODUISANT DANS DES CONDITIONS ABSOLUMENT NOUVELLES, IL EST IMPRUDENT, POUR EN RÉGLER LA DISTRIBUTION, DE s'iNSPIRER DES USAGES ANCIENS, ET DE VOULOIR EMPLOYER DES PROCÉDÉS QUI N'ONT PLUS
leur raison d'être. — Nous n'avons guère idée aujourd'hui de la difficulté que nos malheureux ancêtres éprouvaient à se procurer un peu de jour dans leurs habitations, même les plus riches et les plus magnifiques. Non seulement pendant tout le Moyen Age, la nécessité de la défense les obligea de tenir les ouvertures extérieures, étroites et rares, mais encore l'absence de vitres interdisait, aux architectes de ce temps, d'ouvrir sur les cours intérieures des baies trop vastes et des fenêtres trop développées. Au Louvre même, sous le règne de Charles V, par conséquent dans le troisième quart du xive siècle, la plupart des fenêtres n'étaient pas closes; et lorsque le roi ordonna, à son valet de chambre Mallet, de transporter, dans la Tour de la Fauconnerie, la bibliothèque royale, qui, jusque-là, était demeurée dans le Palais de la Cité, on dut garnir de fils de fer les fenêtres des trois étages « pour deffense des oyseaux et austres bêtes», qui, sans cette sage précaution, seraient venus s'établir au milieu des précieux manuscrits du roi '.
Les simples particuliers, comme bien l'on pense, étaient encore plus mal protégés que leur maître et seigneur. Dans le Ménagier de Paris, qui ne remonte cependant pas au delà du xve siècle, il n'est pas encore question de carreaux, et l'auteur recommande d'avoir ses fenêtres closes de « toile cirée, ou de parchemin, ou autre chose » 2. Jusqu'à la fin du xvi° siècle, les fenêtres vitrées furent inconnues de la plus grande partie des parisiens. « Il n'y a guère plus de deux cents ans, qu'on s'est avisé en Europe de mettre des carreaux de vitres » écrit un auteur du siècle dernier 3 . Au commencement du xvnc siècle,
1. T. Mortreuil, La 'Bibliothèque Nationale de 'Paris, son origine et ses accroissements, Paris, 1 878, page 6.
2. Voir le Ménagier de cParis, réimprimé en 1857 par la Société des bibliophiles français, voir également, dans les Archives de l'Art français (numéro de mai 1857), les curieux documents communiqués par M. Leroux de Lincy sur les toiles taillées en losanges et terpentinées, c'est-à-dire térébenthinées, employées au xve siècle pour garnir les châssis des fenêtres.
3. .Voir Anecdotes des Beaux-Arts, Paris, 1776, tome I, page 58.
les vitres en toile cirée et en papier huilé, étaient encore si bien en usage, en France, môme chez les plus hauts personnages, que Tallemant des Réaux, parlant d'un certain M. Borstel, lequel était demeuré plusieurs années sans sortir de sa chambre, raconte avec complaisance, que l'on disait de ce diplomate, « qu'il avoit été dix-huit ans sans voir le jour, qu'à travers des châssis, et qu'il fut longtemps pour décider s'ils étoient moins sains de verre que de papier » '.
Mais l'application même des carreaux de verre, à la clôture des fenêtres, était loin de permettre à nos ancêtres, de donner à leurs diverses pièces un éclairage aussi intense qu'ils le pouvaient désirer. Pour éclairer leurs appartements infiniment plus vastes que les nôtres, ils n'avaient pas (le fer leur manquant) la possibilité d'ouvrir des baies d'une étendue en quelque sorte illimitée. Ces baies, en outre, se trouvaient forcément obscurcies, dans le principe, par les menaux qui les coupaient en croix, plus tard, par la mauvaise transparence des vitres et par les croisées de menuiserie, que nécessitait la faible étendue des carreaux, fabriqués en ces temps encore primitifs. Ainsi, tandis que nos ancêtres cherchaient la lumière et la sollicitaient, lui ouvrant sans obstacle portes et fenêtres , nous en sommes presque réduits, nous autres modernes qui lui offrons un beaucoup plus large accès, à nous garantir contre elle.
Voilà pourquoi les rideaux, que nous jugeons aujourd'hui indispensables, et que nous additionnons les uns sur les autres, comme autant d'obstacles protecteurs, n'étaient pas seulement rares au xvne siècle, mais brillaient encore le plus souvent par une absence complète. Et ici, nous ne parlons pas seulement des rideaux de vitrage et des stores transparents, qui sont d'une invention toute moderne et d'une application presque contemporaine ; nous parlons aussi des grands rideaux opaques. Chcr-
1. Historiettes, tome III, page 2 ). Ajoutons que notre pays, sous ce rapport, était singulièrement privilégié, car Mm0 cTAulnoy raconte clans ses (Mémoires d'Espagne, qu'en 1679, les vitres étaient si rares dans toute la Péninsule, que pour donner la plus haute idée d'une maison, on disait 0 elle est vitrée ». Enfin, si nous en croyons La Lande, c'est seulement aux environs de 1700 qu'on prit à Florence l'habitude de mettre des vitres aux fenêtres. [Voyage d'Italie, tome [I, page I-17.)
chez dans Abraham Bosse, ce portraitiste, si consciencieux, si loyal, du règne de Louis XIII, vous n'en trouverez pas trace. De petits volets intérieurs ont seuls pour mission de tempérer l'excès de la lumière. Le premier inventaire, où il soit fait mention de grands rideaux, est celui de Mazarin, et voici dans quels termes : « Deux laiz de taffetas verd aux coins des fenestres de la chambre de l'alcôve ; de trois aunes et demi quart de haut». A la fin même du siècle dernier, l'agencement des rideaux était plutôt considéré comme un ornement que comme une précaution contre le jour (planche xxvm). On voit, par ce rapide aperçu, combien il serait imprudent, de vouloir se régler exclusivement sur un passé si étrangement différent de notre temps.
Etant admis, que nous pouvons, grâce au fer, pratiquer dans nos murailles des baies aussi vastes que nous le souhaitons, et donner à nos points d'appui, aussi peu d'épaisseur qu'il nous convient, nous aurons donc, chaque fois que cela sera nécessaire, recours à des jeux multiples de rideaux pour tamiser et adoucir la lumière. Ces rideaux, nous en proportionnerons le nombre, la nature et l'opacité à la quantité de jour qu'il nous plaira de laisser pénétrer dans la pièce, et aux jeux de clair-obscur utiles à notre décoration. Nous nous garderons surtout de nous rendre esclaves de certaines formes purement conventionnelles, qu'on nous donne pour archaïques, et qu'on nous dit être de style pur. Nous nous méfierons de ces draperies, de ces lambrequins, que leur aspect séduisant recommande, mais dont la situation à poste fixe gêne l'aération de l'appartement, et dont l'abus peut aider à la formation de couches d'air confiné, nuisibles à la santé.
Par contre, nous ferons bon accueil au vitrail que le xvne siècle avait pris en horreur, et que le xvnf siècle a injustement proscrit. Certes, la grande glace nette, claire, franche, limpide, qui nous laisse voir, sans déformation et sans coupure, le paysage qui s'étend au dehors, a sa valeur et mérite qu'on la respecte. Mais il se présente nombre d'occasions, où le spectacle, qu'elle laisse transparaître, n'est pas de ceux qu'on aime à avoir constamment sous les yeux. Le vitrail alors intervient avec
Planche XXVII
DonArlaue de E M TemDle
Ed Rouveypt et C Blond . là'.
A. Fond Cluny . B. Fond Gothique. ('.Fond Renaissance. D. Fond Croix S <■ André
Mikel del MODE LES DE VITRAUX
avantage. Ses couleurs vives, ses combinaisons harmonieuses peuvent donner une gaîté de bon aloi à une prise de jour qui sans lui, aurait paru déplaisante ou lugubre. Plus lumineux qu'une fenêtre garnie de vitrages de mousseline ou de guipure, il dissimule, mieux qu'un léger rideau, les choses de l'extérieur que l'on ne doit pas voir. Choisi dans ses combinaisons les plus simples, en cluny ou en ruban renaissance, il revient rapidement moins cher, que ce même rideau de vitrage, car il ne s'use pas comme lui. Employé sobrement dans une pièce de réception, il peut se rattacher au caractère de cette pièce, et, par quelque motif heureux, en accentuer même la destination. Dans un couloir, dans un vestibule, il peut assombrir légèrement les parois, et, tout en enlevant au jour sa crudité, « accommoder » encore l'œil, et le préparer de façon à ce que la pièce dans laquelle on va pénétrer, paraisse plus claire, et par conséquent plus gaie. Adapté comme bordure à une large fenêtre, il limite sagement l'étendue de la partie purement transparente, et peut encadrer heureusement le paysage qu'elle laisse voir. Dans la salle à manger, dans le fumoir, d'où les tentures compliquées, doivent être, autant que possible, sévèrement bannies, parce qu'elles absorbent le fumet des plats ou se pénètrent des acres parfums du tabac, il peut remplacer avec avantage les petits et les grands rideaux. Enfin, dans toutes les parties de l'habitation exposées aux courants d'air et à un vent intense, il supprime les mouvements et les ondulations dangereuses, auxquels sont soumis les légers
Fig. 180.
Bordure de fenCtre en vitrail de couleur, exécutée par M. Mikel.
rideaux de vitrage. A ces divers titres, le vitrail a donc sa place marquée dans notre habitation, à condition, toutefois, qu'on sache l'employer avec goût, et qu'on le raccorde sagement au décor général de la pièce.
XXXVIII. Dans une certaine mesure, les glaces peuvent suppléer aux fenêtres, et concourir a l'éclairage de la pièce. Elles en augmentent en outre la gaîté, car celle-ci est toujours en rapport direct avec le nombre d'ouvertures,
apparentes ou réelles, qui donnent accès au dehors. les
fenêtres n'ont pas seulement pour effet de concourir à l'éclairage de nos appartements. Elles aident encore à la gaîté des pièces, d'abord par les torrents de lumière auxquels elles donnent accès, en second lieu par les communications qu'elles ouvrent avec le dehors. Les portes, dans une très large mesure, concourent au même résultat, et cela se comprend. Qu'est-ce que le mur? — Un rempart entre soi et le monde. Si ce mur nous enveloppe de toutes parts, nous voici plongés dans l'isolement, dans la solitude, qui sont des éléments d'austérité dans la vie. Chaque fenêtre, chaque porte, au contraire, nous est une facilité pour entrer en relation avec le dehors, avec la société qui nous entoure. Voilà pourquoi la gaîté des pièces se proportionne toujours au nombre des ouvertures et à leurs dimensions. — Prenons un exemple : Une seule fenêtre et une seule porte donnent, à un salon un peu vaste, un air de recueillement, un aspect retiré, difficilement accessible, qui lui convient mal. Ouvrez deux fenêtres et quatre portes, la pièce, devenant abordable de toutes parts, prend aussitôt une figure hospitalière, animée, gaie, joyeuse.
Mais il peut arriver que nous soyons forcés de compter avec les murailles, de respecter la construction, de n'en point ébranler la solidité par des baies disproportionnées, mal situées ou trop nombreuses. Dans ce cas, nous aurons recours à une adroite simulation. Pour les portes, il est toujours facile, quand elles font défaut, de les simuler. Pour les fenêtres la chose est moins commode, mais on peut y suppléer, dans
une très large mesure, par des glaces habilement disposées.
Rien n'est plus propre à égayer une pièce, à l'éclairer quand elle est trop sombre, à la faire paraître plus grande, quand elle est trop petite, qu'une glace, et surtout que deux glaces posées en face l'une de l'autre, et ouvrant à l'œil d'infinies perspectives. Au milieu d'une muraille qui enferme notre esprit, la glace simule une fenêtre donnant sur une pièce voisine. En reflétant la lumière, en répétant les mille objets qui nous entourent, elle double l'intérêt et la valeur de ce qui frappe nos yeux.
Toutefois, c'est surtout en ces matières que l'excès est condamnable. Il faut donc bien se garder, comme le font, par un besoin excessif de symétrie, certains architectes novices, de simuler trop de portes ou trop de fenêtres dans un salon. On arrive de la sorte à le rendre inhabitable; car il ne reste plus une encoignure de libre, et l'on n'a plus la place suffisante pour appuyer les sièges, et pour loger les meubles indispensables.