XXXIX. Les glaces créant une illusion , et semblant
TROUER LA MURAILLE, IL IMPORTE, LORSQU'ON LES ENCHASSE DANS UN LAMBRIS, DE LES ENCADRER SOLIDEMENT, COMME ON FERAIT D'UNE FENÊTRE OU D UNE PORTE, ET SURTOUT DE NE PAS LES PLACER OU ELLES NE DOIVENT POINT ÊTRE, CAR ELLES SEMBLENT SUPPRIMER LA MURAILLE, ET ENLEVER AU PLAFOND TOUT POINT d' APPUI.
Nous avons constaté, dans une de nos précédentes propositions, que la décoration, comme la nature, a horreur du vide. Or, si cette horreur nous engage à encadrer solidement nos portes et nos fenêtres, comme si nous voulions établir autour de ces ouvertures une espèce de barrière ou de garde-fous, la glace qui, nous l'avons dit, simule une fenêtre, doit être l'objet de précautions identiques. De là, la nécessité d'un cadre suffisamment robuste, et qui tranche sur la décoration générale.
Pour ces mêmes raisons et par suite de l'illusion qu'elles fonl naître, on doit s'abstenir d'enchâsser des glaces dans les parties de la muraille, où les exigences de l'architecture imposent la présence d'un plein. Sans quoi le plafond semblant suspendu en l'air, sans aucun point d'appui sérieux pour le soutenir,
constituerait une sorte de^plancher de Damoclès, qui inquiéterait notre œil et laisserait notre esprit sans repos. Si donc, comme il arrive souvent, la glace qui surmonte notre cheminée se trouve
Fig. 1 8 1 . Enchâssement logique d'une glace dans un trumeau (d'après Meissonnier).
placée entre deux portes (ou entre deux fausses portes, ce qui, au point de vue décoratif, revient au même), nous aurons grand soin de conserver, entre cette glace et chacune de nos portes, un espace suffisant pour simuler un pilastre robuste. Pour la même raison, nous bannirons sévèrement les glaces des trumeaux qui séparent les fenêtres, ou si, pour la gaîté de la
pièce, la nécessité d'une glace se fait sentir à cet endroit, nous aurons grand soin de lui conserver le caractère de simple miroir, soit en l'inclinant légèrement, soit en la détachant du mur de tout autre façon, mais de manière, cependant, à ce que l'existence de celui-ci ne puisse être mise en doute.
On doit, au reste, apporter beaucoup de tact et de discrétion dans l'emploi des glaces. Au commencement de ce siècle, on en abusa, comme au xvne siècle on avait abusé de la muscade. Dans l'enivrement où l'on était, de pouvoir obtenir d'assez vastes surfaces à des prix relativement modérés, on en mit partout, même au ras de terre, dans la partie basse des consoles, ce qui produisait le plus ridicule effet. — Gardonsnous de ce fâcheux excès. Le cristal, sous toutes ses formes, demande à n'être employé qu'avec modération. Autant un lustre accusant franchement, à travers ses pendeloques de cristal, son armature de bronze doré, peut paraître léger, frêle, gracieux, et par conséquent élégant; autant un lustre tout en cristal est, le plus souvent, non seulement illogique, mais encore lourd et pesant. Or, le premier devoir de tout objet suspendu sur nos têtes, est évidemment de sembler svelte, léger et non pas massif et lourd.