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XLIV. Une des convenances qu'il ne faut jamais oublier

DANS LA CONSTITUTION DUN MOBILIER, C'EST LA SOLIDITÉ. APPA- RENTE, ELLE CONTENTE LES YEUX ET SATISFAIT L'ESPRIT ; REELLE, ELLE ASSURE LA DUREE DES OBJETS, ET LEGITIME LA DEPENSE QUE

leur confection réclame. — Dans ses rapports intimes avec notre personne, le mobilier a besoin d'affirmer sa solidité par des formes suffisamment robustes, et son aplomb, par une base bien assise, de façon à ce que nous puissions lui confier notre corps, sans éprouver la crainte de le voir s'écrouler sous notre propre poids. Ajouterons-nous que cette solidité doit encore être réelle, et s'étendre jusqu'aux matières en apparence les moins résistantes, c'est-à-dire les plus souples, les plus moelleuses. La solidité, en effet, peut seule assurer la durée. Or, sans la durée, il n'est pas de beau mobilier possible, car la nécessité d'un renouvellement à prompte échéance, rendrait trop lourds les sacrifices qu'on est tenu de s'imposer pour l'acquisition première. On devra donc rechercher non seulement un mobilier qui séduise l'œil, mais aussi un mobilier dont la durée soit assurée par sa bonne exécution et 'par l'excellence des matériaux employés.

XLV. Dans la décoration d'un meuble, il faut exiger que l'ornement ne se substitue, en aucun cas, a la forme et qu'il garde son caractère de parure, auquel il ne doit jamais renoncer. — « Combien de fois, s'écrient Percier et Fontaine ', n'a-t-on pas vu l'ornement appliqué sur un membre, prendre la place de ce membre même, des rinceaux substitués au corps dont ils étaient l'accessoire, supporter, contre toute sorte de vraisemblance, ce qui devoit l'être par des parties solides ». Rien de plus juste que cette observation. Tant au nom du bon goût et de la saine logique, qu'au point de vue de la solidité apparente et réelle, il ne faut pas tolérer que l'ornement se substitue à la forme, qu'il doit seulement parer, habiller, embellir, mais qu'il ne saurait remplacer. De même que le peintre instruit nous montre le corps sous l'habit, de même, dans le mobilier,

i . Loc. cit., page 1 4.

la forme doit constamment transparaître sous l'ornement, et celui-ci ne doit, sous aucun prétexte, abdiquer son caractère de parure.

XLVI. Toutes les formes et toutes les dimensions, qui composent un ensemble décoratif, étant relatives, il importe que l'échelle, qui doit donner la mesure des autres dimensions, soit convenablement choisie et placée de façon a être bien en vue. — Ainsi que nous l'avons déjà expliqué plus haut, nos jugements procèdent presque toujours d'une comparaison. Lorsque nous disons d'une chose qu'elle est grande, qu'elle est belle, c'est que, par la pensée, nous la comparons à une autre chose de même nature, dont nous portons l'image ou la mesure en nous-même, et qui nous sert en quelque sorte de critérium. C'est ce qu'ont admirablement compris les architectes du Moyen Age. Dans toutes leurs constructions, même dans les plus belles, ils ont eu soin d'introduire, auprès de chaque membre important, un détail, une porte, une fenêtre, une balustrade, qui rappelant à propos la grandeur exacte de la taille humaine, souligne l'immensité de leur ouvrage. On doit agir d'une façon identique dans la décoration. Une des habiletés du décorateur consiste à fixer lui-même la mesure qui doit servir d'échelle pour juger son travail, à la choisir assez habilement, pour qu'elle s'offre tout d'abord à l'esprit de celui qui considère sa décoration, et en même temps pour qu'elle fasse valoir, autant qu'il est possible, le caractère dominant qu"il a voulu imprimer à son œuvre.

XLVII. Lorsque la figure humaine apparaît dans une décoration, c'est elle généralement que l'œil prend pour échelle. Il importe donc de ne l'y introduire qu'avec précaution, et dans la mesure où elle peut profiter a l'ensemble et le faire valoir. — Par une disposition toute naturelle, de notre esprit, c'est nous-mêmes, que nous sommes généralement amenés à prendre comme échelle des habitations, des mobiliers ou des décorations, sur lesquels nous avons un jugement à porter ; et

c'est là une tendance fort logique puisque, somme toute, c'est

par nous-mêmes ou par nos semblables, que l'habitation doit être habitée. Mais / la comparaison entre un être vivant,

mobile, qu'on est forcé de considérer tantôt assis, tantôt debout, c'est-à-dire, avec des dimensions variables, et une chose fixe, immobile, inerte, réclame un certain effort intellectuel, et présente par ^Sw?Sf8u conséquent certaines difficultés. C'est pourquoi, dès que la figure humaine apparaît dans une décoration, par une sorte de compromis fort explicable, nous nous en emparons, et elle devient immédiatement notre point de repère, notre échelle, notre critérium. Voilà pourquoi il faut n'introduire la figure humaine dans la décoration, qu'à bon esicent, c'est-à-dire dans la mesure où elle est utile pour faire valoir le reste.

Une cariatide, de proportions trop considérables, transformée en torchère peut réduire à presque rien les proportions apparentes d'un escalier. Il suffit d'un portrait en pied, introduit dans une pièce de grandeur moyenne, pour tout écraser, et faire paraître cette pièce ridicule par son peu d'élévation. En général, on fera donc bien, dans la décoration d'une habitation de dimensions ordinaires, de n'user qu'avec prudence de la figure humaine, soit fixe, soit mobile, et si l'on est contraint de l'y introduire, on agira sagement en tenant cette figure au-dessous de la grandeur natu-

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