‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 122 sur 155 · I. LK SALON · texte numérisé non relu

I. LK SALON

. , près avoir traversé l'antichambre, nous pénétrons §3* dans le salon. L'ordonnance et la décoration de cette pièce sont des plus importantes. C'est l'appartement de réception par excellence, celui où les étrangers en relations avec nous trouvent directement accès. C'est là, en outre, que nous réunissons nos amis. Visites, fêles, réjouissances ont le salon pour théâtre ou pour annexe. Il importe donc de le rendre digne, par son aspect, du rôle qu'il est appelé à jouer dans l'économie générale de notre existence mondaine.

Tous les hommes de science étant d'accord sur l'influence produite par les milieux, on serait assez mal venu à nier que la physionomie générale d'un salon exerce, à la longue, une action plus ou moins directe sur l'humeur, l'esprit et la conversation de ceux qui y sont réunis. Sombre et triste, il portera à la mélancolie. Clair et joyeux, il disposera à la gaîté. Trop étroit, des invités nombreux s'y trouveront gênés et craindront

l'asphyxie. Trop vaste, quelques amis réunis autour du foyer y seront mal à Taise, et sembleront perdus dans son excessive étendue. La convenance, cette grande qualité primordiale, que doit présenter, tout d'abord, chaque pièce de notre habitation, réside donc ici dans une question d'harmonie et surtout d'équilibre. Elle trouve sa satisfaction dans certaines proportions heureuses, répondant à la fois aux besoins de l'hygiène, aux commodités de l'esprit, et à l'agrément des yeux. Voilà pourquoi, dès le principe, il importe de ne point nous égarer dans des combinaisons chimériques, et de réduire le champ si vaste des exemples et des modèles dignes de nous inspirer.

La belle idée, en effet, que nous aurions d'aller, comme on le fit il y a quatre-vingts ans, demander à Rome antique ou à l'Etrurie, la décoration de nos appartements de réception.

Et d'abord les anciens ont-ils connu le salon tel. que nous le comprenons ? La chose est au moins douteuse. Cet asile de la causerie, ce sanctuaire de la conversation, ce temple de la politesse aimable et galante, vous le chercheriez vainement dans leurs habitations. A Herculanum, à Pompéi, à Ostia, le salon brille par son absence, et le Palatin, ce palais des palais, cette résidence somptueuse des Césars, renferme un nombre incalculable de chambres, mais ne contient pas un seul salon.

Après l'Antiquité, il nous faut sauter au Moyen Age. Douze siècles d'intervalle, le bond peut sembler prodigieux, et cependant le monde, au milieu duquel nous tombons, n'est guère plus pratique. Ses usages, nous l'avons déjà expliqué, non plus que son mobilier, ne sauraient nous convenir. En outre, pour la pièce qui spécialement nous occupe, nous serions aussi mal servis. Pas plus dans le manoir féodal, que dans la maison antique, on ne rencontre de salon. La mâitre-chambre en tenait lieu, chambre bonne à tout, excepté à causer ; et que serait venue faire, en effet, la conversation chez ces seigneurs illettrés, au milieu des préoccupations guerrières, qui dominaient au logis.

N'oublions jamais, que c'est seulement du règne de François Ier, c'est-à-dire, de la Renaissance, que date l'introduction

des femmes à la Cour, et que c'est seulement au siècle suivant que naquit la « sociabilité » française. Limitons, par conséquent, aux trois derniers siècles, la série de modèles et d'exemples, empruntés aux époques passées, et souvenons-nous que, pour nous sembler convenable, une pièce, quelle qu'elle soit, doit être avant tout à notre convenance.

Notre salon ne sera donc, ni trop grand, ni trop petit, — nous avons dit pourquoi. — Mais comme nous ne pouvons non plus lui demander d'être élastique, et que le nombre des invités et des amis, que nous sommes appelés à recevoir, est éminemment variable, le seul moyen de prévenir tout excès dans un sens ou dans l'autre, c'est d'avoir deux salons, un grand et un petit. Le petit pour les réunions intimes, le grand pour les réceptions d'apparat. Au besoin même, ces deux pièces mises en communication par deux portes rentrantes, dont nous expliquerons bientôt le mécanisme, pourront, dans le cas de fêtes exceptionnelles, fournir une salle de grandeur inusitée. De la sorte, nos visiteurs se trouveront toujours dans un milieu convenable et proportionné à leur nombre.

Commençons par nous occuper du grand salon. Il ne suffit pas que ce grand salon soit d'une taille convenable, il faut encore qu'il soit bien proportionné. J'entends par là, que ses diverses dimensions doivent se combiner pour former un beau cube, qui satisfasse l'esprit et contente les yeux. Pour cela, il est indispensable que, ni sa longueur, ni sa largeur n'affectent un développement excessif, et que la hauteur soit en harmonie avec le reste.

Afin de nous faire bien comprendre, poussons tout de suite les choses à l'extrême. Supposons un plafond trop bas, il écrasera la pièce, et notre salon prendra l'aspect de l'entrepont d'un steamer. Imaginons-le trop haut, il nous semblera que nous sommes au fond d'un puits, et la situation ne sera guère plus agréable. D'un autre côté, si nous développons avec excès l'une de nos dimensions, longueur ou largeur, notre pièce paraîtra une galerie, un corridor, une allée ; elle perdra son caractère de salon. Tout salon, heureusement compris, doit

avoir un centre bien visible, autour duquel tout gravite, invités, amis, mobilier et décoration. Si le parallélogramme s'allonge trop, il manifeste, comme l'ellipse, dans laquelle il pourrait s'inscrire, une tendance à avoir deux foyers. Dès lors, il perd son unité, qui est une de ses qualités plastiques les plus indispensables, en même temps qu'un de ses charmes.

Est-ce à dire que le carré parfait soit, par excellence, le plan du salon, et le cube régulier sa forme idéale ? — Assurément non. Nos lecteurs n'ont pas perdu le souvenir de ce que nous avons dit plus haut des surfaces concordantes. La parfaite régularité, qu'elles présentent, entraîne à sa suite l'uniformité, qui engendre l'ennui. Voilà pourquoi un salon parfaitement carré est insupportable. Un salon rond est dans le même cas. Il semble que la conversation doive y tourner toujours dans le même cercle. Je vous défie de concevoir idéalement, un salon rond sans éprouver le besoin de le cribler de fenêtres et de portes. Or, ces baies multiples, que dans votre pensée vous percez de toutes parts, en ouvrant des perspectives sur les pièces ou sur les terrains adjacents, ont justement pour effet de détruire la parfaite régularité de votre forme première. De bonnes proportions, pour ce genre de pièces, consistent dans une longueur supérieure d'un quart environ à la largeur, et dans une hauteur légèrement inférieure à la plus petite de ces deux dimensions.

Grâce à ces dispositions préliminaires, voici la monotonie bannie de notre salon. Nous sommes sûrs qu'il ne sera point ennuyeux, certes, c'est quelque chose, mais il nous faut maintenant essayer de le rendre gai. Cette gaîté si précieuse, dépend presqu'exclusivement delà quantité de lumière qu'on laisse pénétrer, et du nombre d'ouvertures qui donnent accès, soit au jour, soit même aux visiteurs. Si une pièce brutalement éclairée, est parfois fatigante et indiscrète, une pièce sombre par contre est presque toujours triste. — Mais rien n'est plus facile que d'augmenter ou de diminuer, dans une très large proportion, la quantité de lumière qui pénètre du dehors. Outre le jeu des stores et des rideaux, nous avons la couleur de nos tentures qui peut à volonté refléter ou absorber la clarté du jour, et

Fauteuil époque Louis xvi, en tapisserie des Gobelins

(Mobilier national)

augmenter ou diminuer l'éclairage de la pièce. C'est ainsi que pour tendre un salon largement éclairé, il faut choisir une couleur chaude et profonde, rouge, grenat, ponceau, marron ou vert sombre, et éviter un plafond blanc qui réfléchit toujours brutalement les rayons de la lumière. Pour un salon faiblement éclairé, prenez de préférence une nuance fine et froide, vert

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Fig. 201. Console de salon en marqueterie de Coule (galerie d'Apollon).

clair, bleu tendre, gris ou jaune, détachez le plafond en clair et rattachez les boiseries à la tonalité dominante.

Quant au nombre des ouvertures, portes et fenêtres,, reportons-nous à la xxve proposition développée dans notre Grammaire. — Une seule fenêtre et une seule porte donneraient à notre salon un air de recueillement, un aspect retiré, difficilement accessible. Ouvrez deux fenêtres et quatre portes, la pièce, devenant abordable de toutes parts, prendra une ligure hospitalière, animée, gaie, joyeuse; et si nous sommes forcés de

compter avec les murailles, de respecter la construction, nous simulerons les portes qui nous manquent. Pour les fenêtres, nous y suppléerons, dans une large mesure, avec des glaces habilement disposées.

Le cadre convenablement agencé, il s'agit maintenant de bien le remplir; c'est-à-dire de compléter par une décoration de bon goût, une pièce distribuée d'après les conseils du bon sens. La décoration de notre salon, nous le savons, peut reposer sur l'un des deux principes suivants : Nous pouvons la concevoir fixe, c'est-à-dire résultant de l'architecture même de la pièce, ou mobile, c'est-à-dire, résultant des meubles et des objets d'art qui la garnissent.

Etudions d'abord la parure de notre salon au point de vue de la décoration fixe. Nous choisissons naturellement, pour champ de nos expériences, une pièce de proportions normales, où la lumière est abondante, où les portes et les fenêtres sont en nombre satisfaisant, et disposées de façon à laisser entre elles des trumeaux de taille suffisante pour recevoir une décoration de convenable étendue. Les points dont, après cela, il nous faut tenir compte, c'est notre âge, notre position, notre tournure d'esprit, nos convenances en un mot, car nous devons surtout éviter les disparates, et créer une harmonie aimable et rationnelle, entre notre personne et le cadre où elle est appelée à se mouvoir.

Si donc une gravité de bon aloi est notre fait. Si nous sommes revenus de ces rêves ensoleillés, où l'avenir joyeux, bruyant et tapageur, apparaît sans nuages, où la vie se montre encore fardée de lys et de roses, les nuances vives doivent être bannies, les lignes ondoyantes doivent être proscrites. Partout des teintes sobres, discrètes, assoupies, reposant nos yeux, absorbant la lumière, partout des lignes droites et calmes, n'engageant point l'esprit dans des méandres de combinaisons difficiles à suivre, mettront la décoration de la pièce à l'unisson de nos besoins et de nos goûts. Cette décoration pourra trouver, dans une belle tapisserie représentant une action héroïque, une chasse, un bocage, ou dans un damas de Lyon à large dessin, encadré

dans une boiserie noblement sculptée, son premier élément d'ornementation. Une corniche également sculptée, ornée de festons et de denticules, relevés par quelques traits d'or, viendra raccorder la muraille au plafond divisé en caissons colorés dans un ton neutre, et voisin, comme valeur, de celui de la boiserie.

Au milieu de la pièce, un grand lustre en bronze ou en cris-

Fig. 202. Table de salon en bois sculpte et doré (Mobilier national).

tal, de forme sévère ; aux fenêtres des rideaux de velours frappé, de lampas ou de damas ; des portes en bois brun, sculptées et relevées d'un peu d'or, compléteront la toilette de notre salon, dont une cheminée un peu vaste achèvera la parure. Cette cheminée en marbre de couleur devra, comme dimensions et comme formes, se rassortir au style général de la pièce. Elle sera surmontée d'une peinture décorative, et s'il se peut d'un portrait. — Une glace placée aussi haut serait inutile, et par conséquent ridicule.

Si cet appareil vous semble un peu sévère, substituez une brocatelle à votre damas ; abaissez d'un ton la couleur de la boiserie; peignez-là en un gris un peu monté, largement relevé d'or; agrémentez les portes de quelques attributs, fleurs, armoiries, emblèmes, vivement enlevés par un leste pinceau; dorez les denticules de la corniche, et aux caissons du plafond, subs-

tituez une peinture dans le goût de Le Brun, de Restout, de Coypel. Vous récupérez ainsi, en magnificence, ce que vous aurez perdu en discrétion.

Si vous êtes jeune, aimable, galant, amoureux des plaisirs et dans l'âge des fêtes, empruntez au xvme siècle ses beaux lambris dorés. Que les boiseries sculptées, peintes en vert clair ou en gris, ton sur ton, et réchampies d'or, garnissent les murailles du sommet à la base ; que Cupidon dirige cette fête des yeux, en y prodiguant ses attributs charmants; que le petit dieu malin se niche aux angles de vos corniches; que son arc, son carquois, son flambeau couronnent les cintres gracieux qui terminent vos panneaux, et que ses tourterelles viennent animer les élégants rinceaux qui s'enlacent sur la muraille. Multipliez les glaces ; que partout les cristaux étincellent et que la cheminée, réduite à ses modernes proportions, devienne le centre des galants propos, la tribune aux harangues aimables.

Mais ces teintes claires et cet or offusquent vos regards, sans cesser d'être accueillant, vous voulez paraître plus modeste et plus sage. Cupidon vous déplaît ainsi niché partout — C'est dit. — Redressons vite ces courbes molles et lascives. Remplaçons ces méandres par des lignes plus austères. Que le goût fin et charmant des contemporains de Louis XVI vienne inspirer notre décoration. Un pinceau délicat va meubler, de gracieuses arabesques, ces panneaux encadrés de moulures classiques, à moins qu'une tapisserie fleurie, ou un lampas broché, de couleur tendre, n'en vienne varier l'aspect de ses reflets nacrés. Ainsi compris, ie salon, sans abdiquer sa coquetterie, va gagner, en grâce et en modestie, tout ce qu'il perdra en splendeur et en faste.

Le style général de notre pièce fixé, le reste découle de soi. Sans nous montrer étroitement exclusifs, ce qui serait une maladresse, et en nous conformant à ces principes éclectiques, adoptés par nous comme une nécessité de notre temps, nous devons faire en sorte que l'harmonie règne entre le cadre que nous venons d'achever, et les meubles meublants qui vont en former la parure. Pour le principal du mobilier, la dépendance

doit être clairement écrite. Nos meubles de fond s'accorderont donc avec la décoration murale, et notre fantaisie s'exercera seulement sur les petits meubles secondaires.

Si, au contraire, nous accordons nos préférences à la décoration mobile, les choses changent d'aspect. Avec elle, nous l'avons

dit, l'ornementation du salon ressort avant tout et surtout du mobilier lui-même. C'est donc au mobilier que le reste doit être subordonné. Toutefois, pour que cette décoration réponde aux exigences du goût et des convenances, pour qu'elle présente une correction plaisante à l'œil et agréable à l'esprit, ^ nZJF^^^iSk ^ faut qu'elle revête, elle aussi, un - \ . . caractère suffisant

d'unité, et qu'elle répudie les discordances trop visibles, et, pour cela, il est indispensable, que tout entière elle découle d'une source unique, c'est-à-dire qu'elle ait pour origine un seul et

Fig. 203. Fauteuil style Louis XIV, à grand dossier, en bois même point de désculptc, couvert d'un « velours ù parterre ».

part.

Pour bien établir cette dérivation, nous allons donc choisir, dans notre salon, un meuble dont l'importance nous paraîtra capitale, et ce meuble nous fournira notre base de décoration. Le procédé, du reste, n'est pas pour nous absolument nouveau. Nous l'avons déjà employé pour l'escalier, où la forme de la volée nous a fourni le style de la rampe, qui, à son tour, a décidé de toute la décoration intérieure.

Donc, quel est dans un salon le meuble capital, le « meuble de style » ? — Assurément c'est le fauteuil. Ce n'est pas sans raison que les précieuses, dans leur langage alambiqué, l'ont appelé le «véhicule de la conversation». Sans fauteuil, point de récits bien contés, point de propos aimables, de réparties délicates, de concetti, en un mot, point de conversation possible. Or, la conversation est l'âme même du salon, c'est sa parure, son attrait, son charme et sa raison d'être. Voilà pourquoi on peut à la rigueur concevoir un salon sans glaces, sans tables, sans lustre, sans piano, sans tableaux, mais non pas sans fauteuils. Enlevez les fauteuils d'un salon, et la pièce semblera toute dégarnie. C'est un crâne sans cerveau; c'est une salle, ce n'est plus un salon.

Ajoutez encore que le fauteuil n'est pas seulement un meuble indispensable. 11 est le siège par excellence, et dans la hiérarchie des sièges, il occupe le premier rang. Il règne, domine, commande, et les autres, qui semblent ses sujets, se plient et se modèlent sur son enveloppe et ses formes. Enfin il est le siège honorable entre tous, celui que la maîtresse de maison assigne, comme une faveur spéciale, aux personnages importants. Les coussins sont pour les marmots, les tabourets pour les enfants, les chaises pour les jeunes gens, le canapé pour les amis, le pouf pour les intimes, le fauteuil est réservé à la personne qu'on respecte, qu'on vénère, que l'on fête et que l'on choie. Place d'honneur pour les étrangers, il devient, pour la maîtresse de maison, le poste autoritaire, où trône, dans l'appareil de sa toute-puissance, la reine du logis. Pour en déterminer la taille et les allures, c'est donc sur le caractère, l'âge, la position et les goûts de la maîtresse de maison, qu'il va falloir nous régler.

Les années, chère lectrice, ont-elles argenté votre longue chevelure ? La neige des ans vous a-t-elle poudrée à frimas ? Vos pensées ont-elles pris cette tournure calme, cette teinte grise, dont l'âge estompe nos passions ? Dédaignez la bergère dont le nom prétentieux est toujours ridicule ; méprisez la ganache qui ne saurait vous convenir; repoussez le voltaire dont les allures philosophiques ne sont point de votre sexe ; choi-

sissez le grand fauteuil Louis XIV, lui seul est votre fait. Son luxe un peu massif, son élégance solide et cossue, ses formes amples et généreuses, indiquent une situation qui désormais échappe aux caprices du sort. Son gigantesque dossier, pareil à un abri, semble personnifier la barrière discrète, dont l'homme, revenu de ces douces erreurs, qui sont, à franc parler, le meilleur bagage de la vie, aime à s'entourer. C'est le siège qui convient le mieux à l'âge mûr.

C'est, au milieu de la famille , au coin de la grande cheminée, le port béni, auquel aboutit une existence honnête et bien remplie.

Mais , comme la vieillesse est toujours et partout une exception, il faut bien vous garder d'assigner à " tous vos autres sièges, ce caractère un peu trop spécial. Sans

Créer de disparate, ^'S- 20-l- Fauteuil Louis XIV, à dossier bas, couvert

en tapisserie, exécuté par M. Legriel.

en restant dans ces

mêmes données, sans renoncer à ce style sévère, à ces formes amples et robustes , vous pouvez abaisser les dossiers, et donner à vos fauteuils, une allure plus dégagée, une forme plus moderne. Pour les autres sièges, chaises et tabourets, la dimension en est réglée par le choix du type principal ; nous n'avons donc rien à en dire.

Au contraire, les années, chère lectrice, vous sont légères, les fils d'argent ne se faufilent pas encore parmi vos noirs cheveux; comme la pompe et l'appareil majestueux cadrent mal avec la jeunesse, à moins que l'étendue de votre salon ne vous

contraigne à l'emplir de meubles aux larges proportions, le mobilier du grand roi ne saurait être votre affaire.

Le style Louis XV non plus ne vous convient pas ; il est trop tourmenté, point assez sérieux, et, son extravagance contournée commande trop impérativement à la décoration murale. Mais le style Louis XVI, dans sa modestie coquette, avec ses

bois marquetés ou peints, grâce surtout à la dorure qu'il emploie, aux étoffes claires et brillantes qu'il déploie, ouvre un large champ à votre fantaisie.

Toutefois, le fauteuil continuera de conserver son importance hiérarchique.

S'il devient moins majestueux, son empire, par contre, semble s'étendre sur une foule de nouveaux sujets aimables et familiers.

Mille petits meubles douillets , pimpants , coquets , sveltes , gracieux , légers , attestent, par leur variété, l'intervention d'une imagination féminine jeune et active. Le tête-à-tête, la marquise, l'S, le vis-à-vis, la causeuse, la chaise volante, le bout-de-pied, viennent grossir l'armée des sièges de fantaisie. Constatons, en outre, que ce ne sont pas seulement des formes nouvelles qui s'accusent, c'est aussi l'habit qui change et offre plus de variété. Les soieries brochées, damassées, moirées, pailletées, brodées de mille façons, nuancées de mille couleurs, composent un bouquet charmant, et communiquent à tout l'ameublement une fraîcheur délicieuse.

Enfin, pour compléter le mobilier de notre salon, et pour en

Fig. 205.

Grand vase en faïence décoré au grand feu, exécuté par M. Haviland.

bien marquer le milieu, installons à son centre une table, une jardinière, un grand vase ou une borne, largement capitonnée, et servant de base à une corbeille fleurie, dont les gerbes audacieuses s'élancent vers notre lustre. Disposons avec goût les guéridons, consoles, etc., qui ont leur place marquée dans les coins et contre les trumeaux; mais refusons rigoureusement l'accès de la pièce aux tables de travail, aux paniers à ouvrage; point d'encrier, non plus, point de papiers, point de livres ni de journaux traînant sur les meubles. Le grand salon, ne l'oublions jamais, est par excellence un lieu de réception, d'entretiens un peu cérémonieux et de causerie. Il ne doit être qu'accidentellement un des refuges de la famille. Les réunions amicales ont pour théâtre exclusif le petit salon.

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