‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 124 sur 155 · PORTE DE SALON ( STYLE LOUIS XV · texte numérisé non relu

PORTE DE SALON ( STYLE LOUIS XV

d'après Neissonnier.

conçu notre ameublement. Là, notre embarras ne saurait être long. Nous avons déjà expliqué que c'est seulement avec le règne de la femme, inauguré par la Régence, que les petits appartements ont fait chez nous leur apparition. C'est en ce temps, légèrement licencieux, que les salons intimes se sont substitués aux salons d'apparat, comme aussi c'est à lui qu'appartient la création de ces recoins élégants, de ces discrets réduits, cabi-

Fig. 208. Cheminée de petil salon, exécutée par M. Parfonry.

nets de toilette et boudoirs, dont, paraît-il, l'impérieux besoin ne s'était point encore fait sentir. Nous voilà donc condamnés à être franchement modernes.

Une autre raison vient encore s'ajouter à ces obligations en quelque sorte historiques. Dans une pièce d'importance réduite, une grande et vaste cheminée, avec son ordonnance monumentale et son attirail de gigantesques chenets, de crémaillères et de landiers, serait au moins déplacée. La petite cheminée de marbre s'impose donc à nous ; et elle s'impose non seulement parce que ses dimensions se trouvent mieux en harmonie avec la taille réduite de notre petit salon, mais encore parce qu'elle joue, dans l'économie générale de cette pièce, un rôle de tout premier ordre.

Elle ne se borne pas, en effet, avec sa grande glace, avec sa tablette de marbre ou de velours, chargée d'une coquette et brillante garniture, à égayer notre coquet réduit. Elle forme encore un centre naturel de sociabilité, autour duquel tout gravite. C'est autour de la cheminée, que vont se grouper, en bel ordre, les fauteuils, chaises, tables et guéridons formant le demi-cercle ; c'est autour de la cheminée, que parents et amis prennent place. Il importe, par conséquent, que notre foyer, pour qu'il n'abdique pas son caractère familier, se proportionne, par ses dimensions, à son entourage immédiat, et que sa taille réduite et ses formes modestes répudient toute apparence solennelle et toute fausse majesté.

Mais cette petite et gracieuse cheminée, qui s'impose ainsi à notre choix, était inconnue avant le règne de Louis XV ; nous voilà donc encore une fois ramenés à ce xvme siècle, qui, dès la première heure s'est de lui-même désigné à nous, comme la limite extrême de nos incursions dans le passé. Au reste, tout emprunt fait à un siècle plus lointain ne nous profiterait guère. Il nous mènerait, par des chemins bien connus, à un mobilier sévère ou pompeux, et la pompe comme la sévérité sont choses dont il faut, ici, nous garder par dessus tout.

Bien loin de vouloir augmenter la solennité de notre mobilier, nous chercherons au contraire à la diminuer, en substituant au bois doré, ou au bois noir relevé de bronzes ciselés, qui flamboient et sentent toujours, de près ou de loin, le mobilier d'apparat, un bois laqué de gris ou de blanc, rehaussé de légers lizerés d'une couleur délicate et tendre. Rien n'est frais et galant comme un meuble couvert de satin broché, quand il est encadré de la sorte ; — ou encore, si cet attirail nous paraît trop champêtre, trop coquet, trop féminin, nous conserverons à nos bois, chêne ou noyer, leur couleur naturelle, en la réchampissant de quelques légers traits d'or.

Voilà, n'est-il pas vrai ? qui semble marcher à souhait. Cela provient assurément des principes généraux dont nous sommes pénétrés, mais surtout de ce que nous avons conçu notre petit salon en dehors de toute préoccupation extérieure, sans

chercher à raccorder sa décoration à celle d'aucune autre partie de notre logis, sans tenter de résoudre d'autres problèmes, que ceux découlant naturellement des nécessités d'habitation, de commodité et de convenance. Il peut arriver, toutefois, que notre petit salon soit appelé à rendre encore d'autres services. Il se peut, et nous l'avons prévu, que nous nous croyions obligés de le disposer de telle façon qu'il devienne, à l'occasion, une précieuse annexe pour notre grand salon de réception. — L'idée en soi n'a rien de condamnable. Elle est fort sage au contraire. Cette combinaison nous offre même, pour les jours de réception nombreuse, des dégagements précieux, mais, en même temps, elle nous impose des préoccupations nouvelles.

Pour que notre petit salon puisse remplir commodément et convenablement son rôle d'annexé, il faut non seulement qu'il se trouve à proximité de notre grand salon, mais encore qu'il communique avec lui d'une façon commode et spacieuse. Cette communication pourra s'établir de deux manières différentes, soit par une très large porte centrale, dont les battants sont remplacés par des panneaux montés sur des coulisses, et rentrant dans la muraille, soit par deux portes à deux battants, laissant entre elles un vaste trumeau, plein ou crevé, avec une glace sans tain, qui permet de voir d'une pièce, ce qui se passe dans l'autre.

Le premier moyen, usité en Angleterre, très répandu en Hollande, où il est d'un emploi général, mais peu pratiqué chez nous, se prête à de jolis elfets décoratifs, surtout dans les appartements où le pittoresque domine. En outre, il établit, pour l'œil, une communication plus nette et plus franche. Avec lui, la réunion est plus complète, plus intime. Etant dans une pièce, on est moins étranger à ce qui se produit dans l'autre. 11 est donc préférable à beaucoup d'égards, surtout dans les habitations de médiocre étendue. Le second, plus généralement usité en France, laisse la démarcation plus tranchée, et réserve davantage à chaque pièce son caractère particulier. Mais, dans l'un comme dans l'autre cas, du moment que nos salons sont exposés à être réunis et à constituer un ensemble, encore doit-

on faire en sorte d'éviter tout disparate qui semblerait trop choquant.

Si notre grand salon de réception est agencé, décoré, meublé franchement à la moderne, notre embarras sera presque nul. Pour constituer cette ressemblance indispensable, pour donner à nos deux pièces cet air de famille auquel elles ont droit, il suffira de continuer, avec quelques ingénieuses variantes, la décoration du grand salon dans le petit. Mais si notre grand salon est conçu dans des données archaïques, et, par conséquent, plus austères, plus sérieuses, plus magistrales, plus grandioses, la solution du problème ne laisse pas que d'être parfois difficile, et réclame toute notre attention.

Toutefois, c'est moins le mobilier qui nous doit préoccuper ici, que la décoration des surfaces murales. Grâce à l'habileté des ta-

pissiers, les meubles se plient assez bien à leurs destinations multiples. Sans que le style en souffre trop, les proportions s'amoindrissent , les couleurs s'éclaircissent, les formes se tempèrent. Dans le g petit salon, le fau- §

teuil austère, asile |

où trône la mai- <s tresse du logis, sera remplacé avec avantage par la marquise, siège moins sévère, plus gracieux, moins solennel, et tout le

Fig. 209. Coin de petit salon.

Planche XXXVII.

l'art d

UTÉ POUR M. DUF... FILS M. Ternisien)

reste des sièges viendra se modeler sur ce nouveau chef hiérarchique. Mais pour la décoration fixe, la transformation est moins aisée.

L'harmonie, dans ce cas, résulte — nous l'avons longuement expliqué — d'une heureuse combinaison de lignes et de couleurs. Or, ces lignes, ces couleurs ont une signification, un langage. Ce langage dans nos deux pièces doit être presque semblable, pour qu'elles ne s'infligent pas un formel démenti, et cependant nos deux salons doivent exprimer des idées suffisamment différentes. Comment sortir de cet embarras ?

Un seul moyen, semble-t-il, s'offre à nous. Conserver, dans la décoration de notre petit salon, tous les niveaux de notre grand salon, c'est-à-dire continuer toutes les lignes horizontales, mais varier les verticales suivant nos besoins ; augmenter le nombre des panneaux, choisir pour les tentures, des sujets plus gais, des couleurs de même nuance, mais moins sombres et moins sévères ; multiplier les glaces, les appliques, et enlever à l'ensemble, son austérité, par la présence de ces petits meubles coquets, de ces mille bibelots, auxquels un réduit intime peut sans inconvénient servir de refuge et d'asile.

Grâce à ces atténuations, nous parviendrons à donner à notre petit salon, un caractère suffisamment avenant et familier, alors même que son grand frère, dont il lui faut s'inspirer, serait lambrissé de sombres boiseries, garni de tapisseries de haute lisse, et surmonté d'un plafond magistral divisé en robustes caissons.

Fig. 210. Bout de pied, exécuté par M. Tcrnisicn.

Fig. 211. Repas antique, bas-relief en marbre (Musée du Louvre).

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