‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 129 sur 155 · Saint-Simon, tome 1, page · texte numérisé non relu

Saint-Simon, tome 1, page

Planche XLI.

Papier pour salle a manger (imitant le cuir et repoussé)

massifs, dans le principe, majestueux cinquante ans plus tard, riches et capricieux ensuite, et qui finissent par être ciselés, comme de la pure orfèvrerie. Rien n'est plus réservé et plus discret que ces jolies boiseries Louis XIII, avec leurs colonnes annelées, leurs frises et leurs panneaux incrustés d'ébène. Rien n'a plus grand air que celles contemporaines de Louis XIV, surtout lorsqu'elles sont réchampies d'or. Les étranges rinceaux et les rocailles Louis XV ont une désinvolture qui séduit, alors

Fig. 219 et 220. L'hiver et l'été, vitraux de salle à manger, exécutés par M. Mikcl.

que la discrétion et la modestie n'ont pas d'expression plus délicate et plus chaste, que les boiseries Louis XVI. On n'aura donc, de ce côté, que l'embarras du choix.

Puis, en dehors des boiseries sculptées, nous avons encore à choisir entre ces beaux cuirs étampés, argentés et dorés, dont les chauds et généreux reflets habillent si vaillamment la muraille ; entre ces laques japonais ou chinois, dont les tons délicats ont une harmonie si vibrante; entre ces peintures décoratives, espaçant au milieu de montagnes un peu bizarres, des châteaux à terrasse, qui dominent un lac bleu, ou groupant, dans un harmonieux désordre, des amoncellements de fleurs et de fruits exotiques. Les fables de Lafontaine, celles de Florian, les aventures de Don Quichotte, sont autant de sujets charmants pour décorer une salle à manger.

Les murailles ainsi parées, prendront le soir, à l'éclat des

bougies, un aspect féerique. Nous disons à l'éclat des bougies, car il demeure bien entendu, que le gaz est sévèrement banni de notre salle à manger. Les lampes, elles aussi, devront n'y trouver qu'un accès limité, leur lumière trop uniforme et trop recueillie manque de brillant, de gaîté, d'entrain. Nous nous garderons surtout des suspensions qui fatiguent les yeux, accentuent les traits, et font uniformément paraître nos invitées plus vieilles. — Comme le remarque Mercier : « C'est à table, c'est à la clarté des bougies que les femmes aiment à se montrer » et c'est là aussi que nous aimons à les voir.

Et maintenant, complétez la décoration de votre salle à manger avec un beau cartel, une pendule de Boule ou en vernis Martin, posée sur son socle; occupez-en les angles par de jolis bustes en terre cuite ou en marbre, placés sur des piédouches, ou par des corbeilles fleuries ; enfin, achevez de la meubler avec les guéridons, consoles et servantes qui sont sa naturelle parure, en choisissant, suivant le style de la pièce, cette dernière série de meubles parmi ces larges ébénisteries, bravement sculptées, dorées, ou parmi ces meubles rehaussés de bronzes ciselés, à l'exécution desquels s'est immortalisé Gouthière ; — faites toutes ces choses, et vous aurez une salle à manger, non seulement agréable, mais qui décèlera un esprit logique, pratique, et une dose suffisante de bon goût.

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