Historiettes, tome III, page
défunte combien cette couronne était ridicule pour qu'on pensât à la retirer. D'autres fois, au lieu de provoquer un sourire, la parure du mort provoquait un mouvement d'horreur. « MUe de Sens mourut, écrit Mme de Genlis1. M. Donnesan n'ayant jamais été de sa société particulière eut envie de l'aller voir sur son lit de parade. Il y fut un soir avec le chevalier de Chastelleix. Ils y arrivèrent tard, y trouvèrent une grande foule, et ne purent approcher du lit ; mais ils virent parfaitement, à la lueur d'une multitude de cierges, la princesse morte, assise sur son lit, appuyée sur des oreillers. Elle avoit du rouge et des gants blancs, elle étoit très parée 2. M. Donnesan la regardoit fixement lorsque, tout à coup, il la vit lever le
bras et passer la main sur son visage Etrangement surpris
de cette vision, il la regarda avec plus d'attention encore et vit distinctement la princesse, qui paraissoit tenir un mouchoir, le passer une seconde fois sur sa figure. Ce mouvement fait avec rapidité fut remarqué d'un grand nombre de personnes qui tressaillirent, en faisant diverses exclamations de surprises
et d'effroi Plusieurs femmes épouvantées se précipitèrent
même vers la porte pour s'enfuir. « Sortons, dit le chevalier, « je connois la première femme de chambre de la princesse ; « elle nous fera passer derrière le lit, nous pourrons examiner « de près ce prodige ». Ils sortirent, et, après avoir fait le tour de l'appartement, ils entrèrent dans un cabinet dont la petite porte dérobée donnoit dans l'alcôve de la princesse ; là, le mystère fut dévoilé. La princesse morte rendoit un abcès par le nez, et pour épargner au public le dégoût que devoit causer un tel objet, on avoit imaginé de placer, derrière l'oreiller de la princesse, une femme de garde-robe, dont on ne voyoit que les bras gantés, qui paroissoient être ceux de la princesse, parce qu'ils étoient passés sous son manteau de dentelles, et