‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 136 sur 155 · Ibid., page · texte numérisé non relu

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calice, sa corolle, ses étamines et ses pistils, à côté de sa couleur dominante, toute une suite de nuances parmi lesquelles vous n'aurez qu'à choisir.

Evitez, en outre, que votre tenture présente des dispositions trop marquées, et qui se répètent d'une façon trop régulière. Les alternements prononcés préoccupent involontairement nos regards. Répudiez les fleurs, les vases, les bouquets également distancés sur le fond , ou disposés en losange, qui finissent par imposer à notre esprit flottant , le travail sans cesse renaissant d'une numération fastidieuse. Choisissez, s'il est possible, un fond uni, ou, en tout cas, un motif suffisamment confus, dans des tons suffisamment éteints, pour que rien ne vienne arrêter le cours de nos idées, et les forcer à tourner dans un cercle unique et monotone.

Par contre, ne redoutant plus ici les regards indiscrets ni les allusions malveillantes, meublez votre chambre et couvrez ses murailles d'aimables souvenirs. « Les murs de ma chambre sont garnis d'estampes et de tableaux qui l'embellissent singulièrement », écrit X. de Maistre.

Imitez son exemple. Que les portraits de vos parents les plus chers, de vos amis les plus aimés, s'alignent au-dessus des lambris, se groupent autour de votre lit, et l'encadrent en quelque sorte. Que les armes, les œuvres d'art, les gravures et les photographies rapportées de lointains pays par vous-même ou par quelque compagnon fidèle, prennent place ici. Rien n'est meilleur, plus moral, ni plus sain que de vivre au milieu de ces cadeaux intimes, témoins de notre passé , qui marquent les étapes de notre vie, et nous sont surtout précieux, par la main qui nous les a donnés.

Mais tous les souvenirs ne se peuvent étaler aux yeux. Il en est qui doivent demeurer cachés, ou, tout au moins, qui ne doivent sortir de leurs cachettes qu'à certaines heures. Pour ceux-là, toute une série de meubles élégants, variés de destination et de forme, nous offrent un asile sûr et discret. La chambre à coucher, en effet, est la place naturelle des armoires, des coffres, des bahuts, des cabinets. — En nombre limité s'entend,

car nulle pièce de notre logis ne doit se laisser encombrer, ni présenter un amoncellement de meubles d'aucunes sortes. Mais autant un coffre, qui ferme à clef, et qui, derrière ses panneaux pleins, semble vouloir dérober aux regards des visiteurs les trésors renfermés dans ses cavités mystérieuses, est déplacé

Fig. 225. Petite commode époque du Directoire (Mobilier national).

dans un grand ou dans un petit salon, autant sa présence se trouve justifiée dans une chambre.

Donc, armoires à un ou deux corps, cabinets, bahuts, crédences, sont la parure en quelque sorte rationnelle, indispensable de notre chambre, surtout si celle-ci est haute de plafond, vaste, un peu austère, et si son ameublement archaïque s'inspire des formes magistrales du lit à colonnes. Tandis que, bonheurs-du-jour, chiffonniers, secrétaires, commodes, petits bureaux coquets, forment le complément logique d'une chambre à coucher, d'un goût plus moderne, d'une tonalité plus gaie, d'une tenue et d'un esprit moins sévères.

Enfin, il est encore un genre de meuble à bâtis et panneaux, qu'il ne nous est pas permis d'oublier dans cette chambre moderne — meuble contemporain en quelque sorte, mais qui a si bien pris droit de cité chez nous, qu'il nous est devenu en quelques années absolument indispensable. — Je veux parler de

Fig. 226. Petit bureau style Louis XVI, en marqueterie (Mobilier national).

l'armoire à glace. C'est, en fait, un meuble assez peu plastique, que ce grand coffre planté debout au milieu d'un panneau ou à l'angle d'une pièce. Droit, rigide, il présente sa masse tout d'une venue, sans que ses façades plates, dépourvues de saillies, offrent rien qui arrête le regard et l'occupe. Mais son utilité est si grande, il est si bien passé dans nos mœurs, qu'il y aurait injustice à le bannir de notre présence.

Toutefois, dans ces derniers temps, par un compromis des plus heureux, d'ingénieux artistes ont adapté à l'armoire à glace, la disposition et l'aspect de cette belle armoire normande, émi-

nemment française, en quelque sorte classique, et qui sans prétention à une architecture bien compliquée, n'affectant point d'autres lignes que celles nécessitées par sa construction même, offre avec une forme sinon gracieuse, du moins vaillante et robuste, une énorme cavité fort appréciée des maîtresses de maison.

Pour la commode, nous n'avons pas à revendiquer les mêmes

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Fig. 227. Commode de style Louis XVI (Mobilier national).

perfectionnements que pour l'armoire à glace. En dépit de ce joyeux humoriste, ami de Lycanthrope Borel, qui écrivit une amusante dissertation sur Y Incommodité des commodes, nous avons hérité de peu de meubles méritant mieLix leur nom, et il n'en est pas dont la place soit mieux indiquée dans la chambre à coucher. La commode, en effet, tient à la fois de l'armoire et de la console. Elle remplace la table à dessus de marbre sur laquelle on peut tout poser, tout placer, sans craindre les rayures et les taches, et l'ancien coffre, l'ancien bahut, l'antique huche dans laquelle on serrait ses habits, avec cette supériorité toutefois, que ses tiroirs superposés facilitent singulièrement le classement, l'inspection et le maniement des effets qu'elle recelle en ses flancs. En outre, comme variété de formes, comme élé-

gance, comme puissance de contours, comme richesse de décor, il semble que le xvme siècle ait épuisé en sa faveur, et son ingéniosité et son bonheur d'invention. Rien de plus curieux et de plus magnifique à la fois, que ces meubles rebondis, marquetés, rehaussés de cuivres et de bronzes ; rien de plus confortable, de plus meublant, de plus accueillant surtout, que leurs formes arrondies, qui n'offrent au toucher aucun angle aigu, et ne présentent aucune aspérité qui blesse.

Quant aux chiffonniers, tables, bureaux, secrétaires et bonheursdu-jour, leurs formes sont trop connues pour que nous ayons beaucoup à nous appesantir sur elles. Tous ces meubles, appartiennent, d'ailleurs, comme conception et comme confection, à une époque trop voisine de la nôtre, pour ne pas présenter un air de famille avec le « lit d'anges » ou le lit à la romaine, dont ils sont les compagnons naturels. Nous les choisirons, toutefois, de façon à ce qu'ils se raccordent, aussi bien que possible, au style particulier de la pièce, qui est, on s'en souvient, réglé lui-même par le lit. Mais, tout en évitant les disparates trop choquants, nous n'oublierons pas que c'est dans la chambre à coucher moderne, que l'éclectisme est surtout de mise.

Revenant à la chambre vaste et austère, archaïque d'esprit et de décor — où la note dominante est fournie, avons-nous dit, par le litàcolonnes — avec lescrédences, les bahuts, les armoires en bois sombre, à un ou deux corps, et les gracieux cabinets qui en sont la parure naturelle, nous pourrons, sans grand effort, composer un magistral ensemble.

Enfin, pour ce qui est des sièges, leur première qualité sera d'être confortables. N'oublions pas que notre chambre est pardessus tout un lieu de repos, et que le devoir de ses meubles, qui ont un rapport direct avec notre corps, est de se plier à nos besoins et d'être façonnés selon nos habitudes. Donc, à bois voyant ou sans bois voyant, tous les sièges par nous choisis seront larges, écrasés, abondamment rembourrés et suffisamment élastiques. Ils seront, de plus, non pas collectifs, mais individuels, c'est-à-dire construits pour une seule personne. Nous

admettrons la chaise longue; mais le canapé sera banni.

Peut-être remarquera-t-on qu'entre tous ces meubles par nous énumérés, il ne se rencontre pas de toilette. Cette omission est volontaire, et la raison en est que les ablutions, telles que les exigent la propreté et l'hygiène et telles, au reste, que nos mœurs les commandent, sont incompatibles avec la décoration, avec l'ornementation, avec la bonne tenue d'une chambre à coucher. Le soin intime de nos personnes entraîne, en effet, l'exhibition et la mise en œuvre d'une foule d'ustensiles dont la forme, obéissant exclusivement à des préoccupations utilitaires, n'a que fort peu de-chose à démêler avec l'art. A notre avis, tout cet attirail de brocs, de cuvettes, de bols, de serviettes, de brosses et d'épongés doit être relégué dans un local spécial, et le cabinet de toilette, dont nous aurons bientôt à nous occuper, est leur asile naturel, le seul qui leur convienne.

Nous irons même plus loin. Nous nous souviendrons de la répulsion si marquée qu'éprouvaient les précieuses pour tout ce qui sentait le bonnet de nuit. Mme de Rambouillet disait qu'elle ne savait rien de plus ridicule que cet ornement ; Mme de Montausier et M"e d'Arquenay étaient encore plus déchaînées contre ces malencontreuses parures1. Nous prendrons pied sur cet exemple, pour bannir sévèrement de notre chambre tout désordre qui, pendant le jour, pourrait rappeler trop brutalement notre toilette et nos habitudes nocturnes.

Partant de ce même principe, il est un genre de siège que nous exilerons sévèrement de notre présence, quoiqu'il ait tenu une large place dans les chambres à coucher du dernier siècle. C'est cette chaise à laquelle sa forme, évidée au centre, avait fait jadis donner le nom de chaise percée. Nos ancêtres avaient pour elle une estime toute particulière. C'est, perché sur un trône de cette forme, que Louis XIV reçut Milord Portland, ambassadeur d'Angleterre « ce qui était une distinction fort grande » dit Saint Simon2. C'est, dans la même posture et sur

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