‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 14 sur 155 · Mémoires de M"1' de Genlis (Ed. Barrière), page · texte numérisé non relu

Mémoires de M"1' de Genlis (Ed. Barrière), page

6. La Bibliothèque Nationale, son origine et ses accroissements, par T. Mortreuil, page 25 .

Fouquet, dont l'audace et la convoitise ne connaissaient point de bornes, Fouquet, prodigue au point de raser trois villages pour arrondir son parc et de dépenser neuf millions pour embellir son château, Fouquet regretté des artistes même longtemps après sa disgrâce, et pleuré par les écrivains de son temps, Fouquet, qui employa Le Nôtre à dessiner ses jardins, Le Brun à peindre ses appartements, Puget à meubler ses terrasses de statues et de vases, et créa, à Maincy, la fabrique de tapisseries qui devait donner naissance à celle des Gobelins, Fouquet, renversé, écrasé, était un exemple trop fertile en enseignements, pour que Colbert renouvelât, à ses dépens, une aussi dangereuse expérience. Mais tout en travaillant sous le couvert et pour le compte de son maître, ce grand ministre mérita de s'entendre qualifier de « Mécène des beaux-arts », même par les étrangers 1 et d'être considéré par la postérité comme le personnage « auquel l'art français, du temps de Louis XIV, est en grande partie redevable de son développement et de ses progrès» 2. On peut dire, en effet, que tout ce qui s'exécuta, en matière d'art, pendant son long ministère, lui passa sous les yeux et fut contrôlé par lui^.

Avec Louis XV, le ministère tomba en quenouille, mais l'art ne perdit rien, pour cela, de ses droits. Mme de Pompadour, ministre à tout faire de ce galant monarque, était une artiste de talent et une femme de goût. Elle dessinait assez joliment pour que Voltaire crut pouvoir lui adresser la fadeur suivante :

Pompadour, Ion crayon divin Devrait dessiner ton visage ; Jamais une plus belle main N'aurait fait un plus bel ouvrage.

1. Notamment par l'Italien Bellori clans ses Vite Ji piltori, scultoried architetii moderni, Rome, i£>7q.

2. Histoire des plus célèbres amateurs français, tome II, page 2.

3. On voit au Louvre deux dessins de Coypel assez insignifiants et qui sont relatifs à la décoration de l'oratoire de la reine. Ces deux dessins portent la mention : « Soumis à l'approbation de Monseigneur Colbert ». Ce simple exemple suffit à montrer que Colbert ne négligeait aucun de ces menus détails, que nos ministres jugent, aujourd'hui, être sans importance.

En outre, elle maniait la pointe d une main fort légère, et son œuvre gravé ne compte pas moins de 69 numéros'.

C'est à elle que revient l'ingénieuse idée d'avoir fait dessiner par Bouchardon et intailler par Gay les principaux événements du règne de Louis XV. Elle réussit encore à faire établir à Sèvres cette manufacture de porcelaine, qui allait devenir la première du monde, et quand le roi lui donna Bellevue, elle en dirigea elle-même la décoration. Coustou, Rousseau, Maurissan, la veuve Chevalier et Verbreck furent employés par elle à la sculpture. Oudry, Neilson, Gavau, Brunelli, travaillèrent sous ses ordres à la peinture. Caffleri se chargea des lambris et des corniches, Janson des ornements, La Martinière des émaux. L'impulsion qu'elle donna à tous ces artistes fut si personnelle, elle les pénétra si bien de son esprit et de son goût, que la décoration de ce temps prit son nom, le garda, et personne aujourd'hui n'ignore ce qu'est le « style pompadour ».

Comme amateur, elle ne fut guère moins célèbre que comme inspiratrice des artistes ses contemporains. Le catalogue de sa galerie de tableaux, dressé par le peintre Pierre Remy, ne compte pas moins de 32 pages. Sa bibliothèque comprenait 3,545 numéros, c'est-à-dire près de 5, 000 volumes magnifiquement reliés. Ses porcelaines anciennes étaient estimées i5o,ooo livres, ses vieux laques 1 1 1 ,945 fr. et ses boîtes en or, menus bijoux et colifichets à près d'un demi-million2.

Non seulement elle fut de son vivant l'arbitre du ton et de la mode, mais la réputation de son goût lui survécut si bien, qu'en mars 1782, c'est-à-dire dix-huit années après sa mort, quand on vendit les tableaux et objets d'art du marquis de Ménars, « comme la grande partie des morceaux précieux de cette collection, nous dit Bachaumont, provenoit de la succession de Mme de Pompadour, très connue pour son discernement et son goût pour les arts, la foule des amateurs s'empressa d'aller voir ces merveilles » 3.

1. Voir à la Bibliothèque nationale, cabinet des Estampes, portefeuille A. D. 7 a.

2. Histoire des plus célèbres amateurs français, tome 1, page 164.

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