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Cymaise affleurant à la tablette de la cheminée

que cette cymaise ne doit, en aucun cas, être posée, au hasard, et sans qu'on tienne compte du reste de la décoration. Bien loin de là, elle doit se rattacher, aux grandes lignes de la cheminée, à celles des fenêtres et des portes, et enfin se proportionner à la hauteur totale de la pièce.

Au siècle dernier, les décorateurs et les architectes estimaient que le lambris d'appui doit occuper le quart au plus, le cinquième au moins de la hauteur de la pièce, et cette estimation était raisonnable, une certaine harmonie devant toujours exister entre

la taille des meubles qui règle la hauteur du lambris, et les dimensions de la pièce qui doit les recevoir. Ils s'arrangeaient, en outre, pour que le placement de la cymaise concordât soit avec la hauteur de la tablette de la cheminée, soit avec la retombée de son chambranle, lorsque la cheminée était trop haute, et avec Tune des principales divisions de la porte. De là naissait cette concordance parfaite, cet aplomb, cet équilibre, cette continuité de lignes, qui sont un des charmes les plus grands des pièces anciennes.

Nous tâcherons de nous conformer à ces précieux exemples. Ajoutons qu'ils n'offrent rien que de réalisable, à condition toutefois de leur prêter une sérieuse attention et de s'enquérir,

Fig. 33. Cymaise se raccordant à la retombée.

au préalable, de la dimension des meubles, ce qu'on oublie malheureusement beaucoup trop souvent1.

Prenons un exemple: Dans un beau salon moderne, de 3m,2o de haut, une cheminée de im,io peut être considérée comme d'une taille très convenable, le chambranle de cette cheminée et sa retombée, mesurant trente centimètres, nous donnent pour notre cymaise om,8o de hauteur. Or, cette hauteur, qui est juste le quart de l'élévation totale, est aussi celle de la plupart des consoles et des guéridons appliqués contre la muraille ainsi que d'un grand nombre de fauteuils. On voit donc, que pour une hauteur qui est assez commune, le problème se trouve facilement et presque naturellement résolu. Supposons que le plafond s'élève ou s'abaisse légèrement, la cheminée variera dans des proportions à peu près identiques ou restera à cette taille convenable de im,io et nous pourrons toujours, en trichant légèrement, arriver à nous servir d'elle comme point de départ pour le placement de la cymaise, de façon à ce que celle-ci se trouve d'accord avec notre mobilier.

De nos jours, il arrive souvent que dans les antichambres et les salles à manger, les décorateurs rompent brusquement avec ces règles si sages et renversent les proportions qu'elles recommandent. Il est des pièces de ce genre, où le lambris atteint deux mètres de hauteur et où la tenture n'a plus que 80 centimètres seulement sous corniche. Ce principe décoratif, à la fois disgracieux et condamnable, a son point de départ dans une faute d'observation.

Lorsque, vers 1825, nos architectes et nos décorateurs ont fait, vers le moyen âge, ce retour si fâcheux, et qui devait aboutir à tant de restitutions défectueuses, ils ont été frappés par la hauteur considérable des lambris, qui garnissaient les antiques habitations ; mais ils n'ont pas remarqué, que ces lambris étaient simplement proportionnés à la taille gigantesque des pièces dont ils garantissaient les parties basses; et ils les ont transportés dans

1. Au siècle dernier, non seulement la cymaise se raccordait comme hauteur avec le mobilier, mais elle accompagnait la forme parfois très tourmentée des canapés et fauteuils et se chantournait comme eux (voir fig. 29).

nos appartements écrasés, sans se rendre compte qu'ils commettaient un déplorable contre-sens.

Nous admettrons volontiers que, dans les antichambres et les salles à manger, les lambris, n'étant plus réglés par les consoles et par la cheminée, mais bien par des buffets qui mesurent au moins un mètre, peuvent être tenus plus hauts que dans le salon; encore ne doivent-ils jamais l'emporter sur la seconde partie de la décoration, à laquelle il faut toujours conserver son caractère principal. Le cadre ne doit, en aucun cas, avoir plus d'ampleur que le tableau.

On jugera, peut-être, que nous avons beaucoup et longuement insisté sur cette question des lambris, c'est qu'à nos yeux elle est une des plus importantes, et en même temps une des moins connues et des moins étudiées de notre temps. On pousse actuellement la négligence et l'oubli de toutes convenances, jusqu'à construire des lambris au hasard, sans se préoccuper ni de la tenture qu'ils doivent supporter, ni de la hauteur des meubles auxquels ils doivent servir de repoussoir. Pis que cela, dans la plupart des habitations bourgeoises, on va jusqu'à simuler les lambris, en clouant des baguettes sur la muraille et en peignant le tout des couleurs les plus invraisemblables. C'est là un mensonge condamnable à tous égards. Ou le lambris est nécessaire, et dès lors il doit exister, ou il est inutile et dès lors il est maladroit de le simuler. Dans ce dernier cas la tenture doit descendre jusqu'à la plinthe.

Pour nous, il doit exister parce qu'il a une utilité incontestable, et parce qu'il ajoute à la beauté de la pièce. Il doit exister parce que sans lui on ne peut faire usage de tentures de prix qui seraient de suite usées, perdues, gâtées, dans leurs parties basses. Il doit exister parce que sa saillie, accentuée par la proéminence de sa cymaise, fait heureusement ressortir la tenture ou la tapisserie qu'il soutient et supporte.

Nous irons même plus loin. Parlant à des lecteurs intelligents et soigneux, nous dirons que pour une muraille décorée de tapisseries, d'étoffe, de papier, il est bon de conserver non pas les panneaux mais les bâtis du lambris de hauteur, de façon à ce que

ces tentures, papier, étoffes, tapisseries, non plus collées ou clouées sur la muraille, mais montées sur un léger châssis, puissent être mises en place et retirées, sans qu'on risque d'abîmer la décoration générale de la pièce.

Mille avantages ressortiront de cette sage précaution, dont la principale est qu'on pourra renouveler ses tentures au changement de saison, varier ainsi la physionomie de son appartement, avoir, à peu de frais, un mobilier d'été et un mobilier d'hiver — ce qui est logique et raisonnable — et ménager les tissus de prix qu'on emploie à tendre ses diverses pièces. En outre, la muraille ne se présentera plus unie et plate. Pour peu que les moulures des bâtis offrent quelque saillie, et surtout si le bâti lui-même s'accuse par quelques ressauts, on aura sous les yeux une surface mouvementée, qui produira des jeux de lumière, donnera à la tenture l'accent et la valeur que le cadre communique au tableau, et fera paraître la pièce un peu plus grande.

Enfin, si le genre de décoration adopté est de ceux dont on peut dire qu'ils «trouent la muraille», parce que, garnis de peintures ou de glaces, ils semblent ouvrir des perspectives sur des paysages, ou sur des chambres voisines ; nous vous dirons : Renforcez votre bâti aux angles de la pièce, aux alentours des portes et de la cheminée ; et même faites mieux, appliquez à ces mêmes endroits de légers pilastres qui semblent soutenir la corniche, de façon à ce que votre plafond ait l'air, non pas de planer au-dessus d'un vide effrayant, mais de reposer sur des points d'appui solides.

On voit, par ces simples aperçus, combien, étudiés avec soin et combinés avec goût, les lambris peuvent concourir heureusement à la décoration de notre demeure. Quand ils sont lambris de hauteur, ils en forment eux-mêmes la parure. Réduits à l'état de lambris d'appui, c'est encore en eux que réside la base et l'assiette de la décoration, et ils concourent puissamment à lui donner son équilibre.

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